La génétique, l'épigénétique, le climat, la culture locale, l'Histoire... soit des centaines de milliers (millions ? milliards ? billions ? trillons ?) de déterminants dans des proportions différentes d'un individu à l'autre, avant même la naissance.
Bref, chacun est unique dans sa perception du monde, ses valeurs, ses préoccupations pour la survie de lui-même, de son groupe, de ses croyances... 8 milliards de Mondes différents sur une seule Terre. Et cette unicité s'étend à tout dans l'univers régi par les mêmes lois partout.
Voyez ces topiaires cisaillées le même jour. Par la suite, certaines tiges poussent et "sortent du rang", sans libre arbitre, juste du fait de déterminants dont on est bien incapable d'en connaître le détail (chaos déterministe => voir "Fatalisme ? Fatal error !). Des tiges folles ? Des chefs qui "veulent" se distinguer de la masse ? Des...
Comme l'exprime dans cette vidéo le psychologue et Prix Nobel d'économie qui vient de nous quitter Daniel Kahneman (mars 2024), nous sommes en tant qu'humains littéralement farcis de biais divers, préjugés trop souvent insurmontables, partis pris menant à l'injustice, la domination etc.
Et pourtant, il nous faut trouver un terrain commun acceptable pour tous... Nous ne pouvons pas continuer à nous affronter périodiquement ("guerre de territoire et/ou de civilisation"), à accepter la domination des tous par quelques-uns, à attendre que les autres fassent des efforts sur les émissions de CO2 avant de s'y mettre nous-mêmes etc.
Une utopie ou une question de vie et de mort ?
Mais la démocratie, l'abolition de l'esclavage, les droits de
l'Humain - dont ceux des femmes - étaient des utopies il n'y a pas si longtemps, même si leur généralisation n'est pas totalement acquise pour l'instant. La coopération est en marche - malgré quelques soubresauts de trahisons ici ou là - car la survie est à ce prix comme le montre notamment le jeu du dilemme du prisonnier (https://illusionlibrearbitre.blogspot.com/2024/05/un-sacre-dilemme-pour-la-morale.html) et l'utopie serait de croire que l'on peut continuer comme ça sans remettre en cause nos croyances par défaut.
Tout semble se passer comme si chacun vivait dans son bunker culturel identitaire (religion / rituels / morale / valeurs du lieu et du moment...) avec quelques sorties punitives erratiques contre le bunker voisin.
En poussant la métaphore, tous ces bunkers encerclent une place commune (agora ?) formée des besoins humains - et plus généralement du vivant -, d'une nécessaire coopération, d'une plus grande tolérance (sans tout tolérer)... soit le plus Grand Commun Diviseur (PGCD) des bunkers.D'après une étude des plus sérieuses (la mienne), 99,32 % des discussions dans les médias et les foyers concernant la "communauté humaine" (politique / économique etc.) sont du même niveau que les discussions sur les goûts et les couleurs : des opinions diverses.
Parlant de couleurs, prenons l'exemple de la "préférence nationale" (priorité nationale), concept théorisé et
promu par certains groupes politiques, notamment d’extrême droite ; soit une politique visant à donner la priorité aux nationaux d'un
pays dans l'attribution de certains droits, prestations ou services, par
opposition aux non-ressortissants. Cette politique peut s'appliquer à
différents domaines tels que l'emploi, le logement, l'accès aux soins ou encore
l'allocation de ressources financières afin de protéger - selon la droite - la cohésion sociale et la stabilité politique du
pays, lutter contre le dumping social et la concurrence déloyale en limitant
l'immigration économique, en freinant la course au moins-disant salarial
et social et en incitant les employeurs à embaucher en priorité des travailleurs
locaux...
Soit. Mais en accordant des traitements différenciés selon la
nationalité, la préférence nationale crée des discrimination illégales, injustifiables
et contraires aux principes garantis par les conventions internationales et les
constitutions nationales. Du point de vue économique cette fois, certaines études* montrent que la restriction de
l'immigration et la limitation de l'accès aux marchés du travail et du logement
peuvent entraîner des pertes de productivité et de croissance économique, ainsi
qu'une augmentation des prix et une baisse de la qualité des biens et des
services proposés. En opposant les nationaux aux étrangers, la préférence
nationale contribue à creuser les clivages identitaires et à alimenter
les discours xénophobes et racistes, minant ainsi le vivre ensemble et la
solidarité entre les citoyens.
Toujours cette question de la place du curseur entre d'un côté le "moi d'abord" (America first) et ma survie personnelle, et de l'autre l'égalité des droits humains et la survie du groupe : dilemme entre trahison et coopération si l'on se réfère au dilemme du prisonnier sus-cité.
Et tout ceci est histoire d'idéologie car s'il existe 8 milliards de Mondes, il n'existe en fait que deux visions concurrentes possibles : la vision spiritualiste (idéaliste) et la vision matérialiste (naturaliste scientifique), chacune se déclarant légitime pour réguler l'agora commune (justice / économie / politique etc.).
Ce qui revient à poser un question princeps à toute discussion : d'où parle-t-on quand on émet un avis, une conviction, une injonction normative ? Avez-vous souvenir d'un débat de fond sur le sujet ? Une émission ? Un article ?
C'est tout l'objet de la vidéo ci-dessous... avec une décision / responsabilité personnelle à prendre si l'on souhaite gommer en partie le défaut... de penser par défaut, ce qui engage parfois à devoir penser "contre son cerveau" ( voir https://illusionlibrearbitre.blogspot.com/2024_06_23_archive.html).
P.S : quand je dis qu'il y a 8 milliards de Mondes, cette petite histoire glanée sur le site QUORA et proposée par Alain Possible est assez remarquable de ce point de vue...
La scène : un
poulet est au bord d'une route ; Il la traverse. Pourquoi le poulet a-t-il
traversé la route ?
RENÉ DESCARTES
: Pour aller de l'autre côté.
PLATON : Pour
son bien. De l'autre côté est le Vrai.
ARISTOTE :
C'est la nature du poulet que de traverser les routes.
KARL MARX :
C'était historiquement et socialement inévitable.
HIPPOCRATE :
c’est en raison d'un excès de sécrétion de son pancréas.
MARTIN LUTHER
KING JR. : J'ai la vision d'un monde où tous les poulets seraient libres de
traverser la route sans avoir à justifier leur acte.
MOISE : Et
Dieu descendit du paradis et Il dit au poulet : " Tu dois traverser la
route". Et le poulet traversa la route et Dieu vit que cela était bon.
TRUMP : Le
poulet n'a pas traversé la route, je répète, le poulet n'a JAMAIS traversé la
route.
SIGMUND FREUD
: Le fait que vous vous préoccupiez du fait que le poulet ait traversé la route
révèle votre fort sentiment d'insécurité sexuelle latente.
BILL GATES :
Nous venons justement de mettre au point le nouveau Poulet Office 2020",
qui ne se contentera pas seulement de faire traverser les routes à vos poulets,
mais couvera aussi leurs œufs, les classera par taille, etc...
GALILEE : Et
pourtant, il traverse.
ERIC CANTONA :
Le poulet, il est libre le poulet. Les routes, quand il veut, il les traverse.
L'EGLISE DE
SCIENTOLOGIE : La raison pour laquelle le poulet traverse est en vous, mais
vous ne le savez pas encore. Moyennant la modique somme de 1000 € par séance,
une analyse psychologique vous permettra de la découvrir.
EINSTEIN : Le
fait que ce soit le poulet qui traverse la route ou que ce soit la route qui se
meuve sous le poulet dépend uniquement du référentiel dans lequel vous vous
placez.
ZEN : Le
poulet peut traverser la route, seul le Maître connaît le bruit de son ombre
derrière le mur.
NELSON
MONTFORT : J'ai à côté de moi l'extraordinaire poulet qui a réussi le
formidable exploit de traverser cette superbe route:
" Why did
you cross the road ? "
" Cot cot
!"
eh bien il dit
qu'il est extrêmement fier d'avoir réussi ce challenge, ce défi, cet exploit.
C'était une traversée très dure, mais il s'est accroché, et..."
RICHARD
VIRENQUE : C'était pas un lapin ?
JEAN-CLAUDE
VANDAMME : Le poulet la road il la traverse parce qu'il sait qu'il la traverse,
tu vois la route c'est sa vie et sa mort, la route c'est Dieu c'est tout le
potentiel de sa vie, et moi Jean Claude Super Star quand le truck arrive sur
moi, je pense à la poule et à Dieu et je fusionne avec tout le potentiel de la
life de la road ! Et ça c'est beau !
FOREST GUMP :
Cours poulet cours !!!
STALINE : le
poulet devra être fusillé sur le champ, ainsi que tous les témoins de la scène
et 10 autres personnes prises au hasard, pour n'avoir pas empêché cet acte
subversif"
EMMANUEL
MACRON : "C’est parce que le poulet a trouvé du travail".
Et quand on voit - tous les jours - que certains veulent imposer
par la force leur vision toute personnelle du monde...
Le professeur de philosophie Saul Smilansky, qui se déclare athée laïc, est partisan d’un
nouveau « dualisme
fondamental » impliquant à la fois compatibilisme (lois naturelles et libre arbitre sont compatibles) et déterminisme dur (tout est déterminé par les lois naturelles), ce qui semble pour le moins contradictoire, tout en insistant sur le rôle primordial et positif de l'illusion du Libre
Arbitre sans laquelle l’enfer social s’ouvrirait sous
nos pieds.
Il ose écrire :
« Nous ne
pouvons pas nous permettre que les gens intériorisent la vérité sur le libre
arbitre ».
Les humains sont sans doute trop débiles pour comprendre ces
subtilités. Smilansky va jusqu’à prôner la duperie de soi-même en
légitimant le fait de croire quelque chose parce qu'on a simplement envie d’y
croire, et ce en dépit de fortes preuves contraires.
Selon lui, la croyance en
un libre arbitre doit être maintenue même si ces « croyants » ont
connaissance du paradigme déterministe en science et des découvertes sur le
cerveau démontrant que nos processus cognitifs sont totalement influencés par
des facteurs génétiques et environnementaux en constante interaction.
L’illusion du libre arbitre est ainsi considérée par Smilansky comme une
instance de duperie de soi nécessaire pour sauvegarder la morale et la
justice[1]. Sic. Et il donne des exemples :
« Imaginez
que je me demande si je dois faire mon devoir, comme sauter en parachute en
territoire ennemi, ou quelque chose de plus banal, comme risquer mon
travail en signalant un acte répréhensible. Si tout le monde accepte qu'il n'y
a pas de libre arbitre, alors je saurai que les gens se diront : « Quoi qu'il ait fait, il n'avait pas
le choix, nous ne pouvons pas le blâmer. Je sais donc que je ne serai pas
condamné pour avoir choisi l'option égoïste. »Ceci est très dangereux pour la société ; et plus les
gens accepteront le paradigme déterministe, plus les choses vont empirer ».[2]
Une belle question de fond à poser aux soldats russes qui
désertent pour ne pas servir de « chair à canons » avec des raisons assez bien "déterminées" mais incompréhensibles pour Smilansky (qui n'a pas fait le Vietnam). Faut-il les fusiller ceux-là, « car c’est très dangereux pour la société »
russe ? Les "bons russes" montent au front Ukrainiens bourrés d’un patriotisme décérébrant accompagné d'une solde conséquente dit-on, et sont prêts à se faire tuer pour obéir aux « ordres » façon
expérience de Milgram : c’est bien pour Smilansky ?
Pour lui le libre
arbitre est donc une illusion dont « il
faudrait essayer de selibérer dans une
certaine mesure » (quelle mesure ??)... mais que la société doit
défendre à tout prix ! C’est tout de même assez fort de café pour un
intellectuel, un philosophe, d’affirmer qu’il faut se détourner de la vérité.
J’avais cru naïvement que la recherche de la vérité était la première
préoccupation d’un intellectuel : on m’aurait menti ?
Mais je crois que le
plus naïf des deux est Smilansky : croire qu’on pourra éternellement
berner ses semblables est un comportement aussi méprisant qu’immature.
Si l'on en croit ce philosophe des "Pénombres", il existerait des illusions nécessaires ? Voyons cela :
L’illusion de contrôle est la tendance à surestimer notre capacité à
influencer des événements, même lorsque ceux-ci sont aléatoires ou hors de
notre portée. Par exemple, une personne peut croire qu’elle peut influencer un
lancer de dés en le lançant d’une certaine manière. Cette illusion, étudiée par Ellen Langer dans son
article de 1975 permet de réduire
l’anxiété face à l’incertitude. Elle donne un sentiment d’autonomie et motive
les individus à agir, même dans des situations où l’issue est incertaine. Par
exemple, croire qu’on peut influencer un résultat médical encourage les
patients à suivre un traitement, mais cette illusion peut mener à des
comportements risqués, comme le jeu compulsif, où les individus surestiment
leur capacité à gagner.
L’illusion d’optimisme (biais
d’optimisme) conduit les individus à surestimer la probabilité
d’événements positifs pour eux-mêmes (ex. : croire qu’on est moins susceptible
d’avoir un accident) tout en sous-estimant les risques. Tali Sharot, dans une revue de 2011 montre
que ce biais protège contre la
dépression, renforce la résilience face aux échecs, et motive les individus à
poursuivre leurs objectifs. Par exemple, un entrepreneur qui surestime ses
chances de succès est plus susceptible de persévérer... mais un optimisme excessif peut conduire à une sous-estimation des
risques réels, comme ignorer des signaux d’alerte médicaux ou financiers.
L’illusion de permanence est la croyance que notre identité, nos relations
et notre environnement sont plus stables qu’ils ne le sont en réalité. Par
exemple, nous percevons notre personnalité comme fixe, alors qu’elle évolue
avec le temps. Une étude montre que cette illusion procure un sentiment de sécurité et de continuité afin de structurer notre vie et nos relations. Elle nous aide à
planifier l’avenir en nous donnant une base stable, même illusoire, sur
laquelle nous appuyer... mais cette illusion peut rendre difficile l’acceptation du
changement, comme lors d’une rupture ou d’un deuil, où la réalité de
la non permanence devient évidente.
L’illusion de justice (croyance en un
monde juste) est l’idée que les gens reçoivent ce qu’ils
méritent, que les bonnes actions sont récompensées et les mauvaises punies. Melvin Lerner, dans son ouvrage The Belief in aJust World (1980), montre que cette croyance réduit l’anxiété face aux
injustices du monde. Elle motive des comportements prosociaux, car les
individus agissent de manière éthique en espérant un retour juste. Par exemple,
elle encourage les dons aux œuvres caritatives en supposant que l’aide sera
justement distribuée... Tôt ou tard, les méchants sont punis et les bons récompensés. Même instruits et sans convictions religieuses, les humains cultivent cette croyance en dépit du spectacle du monde. Mais cette illusion peut mener à blâmer les victimes (ex. : penser
qu’une personne pauvre l’a mérité), ce qui renforce les inégalités et
l’insensibilité sociale. Le monde n'est pas "juste" : il est même complètement indifférent (tremblements de terre / famine / maladies etc.). Seul l'humain peut le rendre plus juste.
Sur cette pente des croyances et illusions "nécessaires" (pour le bien du peuple), pourquoi ne pas imposer à tous n'importe quelle religion puisque la majorité des humains croit en un dieu quelconque ? Mais quelle religion choisir : celle qui promet l'enfer aux homosexuels ? Celle qui préconise la charia ? Celle qui affirme qu'on est "pêcheur" (coupable) par définition avant même d'avoir "pêché" ou qui justifie la persécution par "amour" (Augustin) ?
Certes, ces
illusions, bien qu’elles déforment la réalité, jouent un rôle important dans la
psychologie humaine. Elles nous protègent contre des vérités anxiogènes
(la non permanence, l’injustice, l’impuissance...) et nous motivent à agir, à
persévérer et à interagir socialement. Cependant, un équilibre est nécessaire :
une dépendance excessive à ces illusions peut mener à des décisions
irrationnelles ou à une déconnexion de la réalité quand il s'agit de prendre des décisions personnelles ou sociales importantes.
C'est ce qui se passe avec la sensationde libre arbitre qui nous aide à vivre (au sens large) et qui est pratiquement indéracinable de la psychologie humaine. Mais le libre arbitre comme entité réelle (métaphysique / ontologique) qui surplomberait les lois naturelles est une illusion qui fait bien des dégâts (voir "Le obscur du libre arbitre"). Il s'agirait d'y penser avant de punir, de haïr, de décapiter...
Et les neurosciences montrent qu'il l n’est point besoin de duperie ou de mensonge comme voudrait nous y inciter Smilansky : une étude montre que les
neurones du cortex cingulaire antérieur et du précunéus se chargent de nous
faire croire à la liberté de nos choix et nous donnent le sentiment d’en être l’agent. Et c’est très bien ainsi - en tout cas c’est un
constat - dans le cadre de l’adaptation évolutionniste. De là à ériger ce
sentiment en fausse vérité concernant un LA « réel » ontologique avec ses
conséquences pour réglementer la vie humaine commune comprenant à la fois des sceptiques comme des croyants dans le libre arbitre, il y a un grand pas que tout ce que l’on connait
scientifiquement du monde (déterminisme et indéterminisme stochastique ou
quantique) interdit de franchir.
Ne pas croire dans un LA « réel »
n’implique pas le reniement des règles sociales en constante évolution. En
revanche, la croyance dans ce LA « réel » ontologique justifie la violence, la guerre, la vengeance et la haine toxique, comme on peut le voir tous les jours
chez des individus persuadés de l’existence de cette chimère. En suivant
Smilansky et sa pente obscurantiste, on pourrait également
« protéger » le profane en revenant à la Terre plate, située au
centre de l’univers, supprimer la théorie de l’évolution des programmes
scolaires et mettre l’inconscient à l’index.
Certains juristes criminologues commeFranck Czerner
reprennent à leur compte les inepties de Smilansky :
« Même si
des expérimentations avaient montré le caractère déterminé des décisions
humaines, elles ne devraient pas forcément opérer un changement conceptuel de
paradigme du concept normatif de culpabilité, car du fait de
l'auto-attribution, de l'expérience intra- et inter-subjective de la liberté de
la volonté, ces éléments rendent la simple « illusion de liberté »
suffisante pour attribuer à un individu le sens approprié des responsabilités,
qui est également accepté par lui. »[3]
Ceci ne sera accepté qu’autant que la simple
« illusion de liberté » soit elle-même acceptée. Mais suffirait-il
que tout le monde soit persuadé que la terre est plate pour qu’elle le soit
réellement ? Ou bien faut-il accepter misérablement - dans un "souci d'apaisement", une sorte de "juste milieu" inepte - de convenir qu'elle est ovale, cette Terre ? Soit une défaite conjointe en rase campagne de la raison et de la science comme l'acceptent sans sourciller les compatibilistes assurant (se rassurant) que déterminisme et liberté de la volonté font bon ménage...
Encore et toujours la confusion entre, d’une part,
l'auto-attribution et l'expérience intra- et inter-subjective de la sensation
de LA, et d’autre part la réalité « normative » d’un concept
métaphysique de LA « réel » surplombant nos décisions. Le sentiment
amoureux sélectionné par l’évolution pour permettre la reproduction[4]
n’implique pas l’existence « métaphysique » d’un Cupidon
« réel » avec son arc et ses flèches, même si c'est tellement "chou".
Petite traduction du texte précédent de Franck Czerner
appliquée aux relations femmes / hommes :
« Même si
la société considère actuellement que les hommes et les femmes sont égaux en
droit, il ne faudrait pas forcément opérer un changement conceptuel de
paradigme du concept normatif de la supériorité des hommes sur les femmes, car
du fait de l'auto-attribution, l'expérience intra- et inter-subjective de cette
différence rend la simple « illusion de supériorité » suffisante pour
attribuer à un homme le sens approprié de sa supériorité, qui est également
accepté par lui »
Ben voyons. Accepté par l’homme, certes ; et par les femmes ?
Cela peut « marcher » jusqu’à ce que celles-ci remettent justement
en cause cette illusoire « supériorité de l’homme » ! Un changement
de paradigme est en cours du côté de l'illusion de l’inégalité des sexes, comme cela se
produira un jour du côté de l’illusion d’un libre arbitre « réel » ontologique.
Pour la psychiatre et psychanalyste Anne Loncan :
« L’illusion
du libre arbitre correspond au fait que je ne peux pas haïr autrui si je ne
le crois pas libre : comprendre que son comportement est déterminé par «
les lois de la nature » dépassionne mon rapport à lui. Le fantasme du libre
arbitre d’autrui est nécessaire pour qu’il soit objet de haine ; la haine
tomberait d’un ou plusieurs crans si la liberté qu’on a supposée à son objet
n’était qu’illusion. »[5]
Anne Loncan a fondamentalementraison : perdre la foi dans un pseudo Libre Arbitre « réel »
pulvérise la haine, sans pour autant devoir tout tolérer.
on croit pouvoir faire intervenir un Libre Arbitre
« réel » au moment de choisir, de décider de choses d’importance
comme divorcer ou non, changer de travail ou non, acheter une maison etc. C’est
ici que la délibération est la plus difficile, la plus longue, la plus risquée
dans ses conséquences. C’est dans ce contexte de tension du fait des
enjeux de survie au sens large que la notion de volonté prend tout son sens
comme le souligne le professeur de neurosciences et de psychologie Antonio
Damasio[1] :
« La volonté
n'est qu'un autre nom pour l'idée de choisir en fonction des résultats à long
terme plutôt qu'à court terme ».
La volonté existe ! Peut-elle être libre de
toute détermination ?
Une idée qui « mérite » quelques réflexions : on ne peut pas penser quelque chose avant d'y penser.
Combien de fois a-t-on pu se dire : « mais pourquoi n’y ai-je pas
pensé plus tôt » ? Tout simplement parce qu’on ne choisit pas
librement les idées qui nous viennent à l’esprit. Nous ne faisons que constater
leur irruption. Si les idées font irruption sans contrôle, si ce matériau
idéique avec lequel nous pesons le pour et le contre dans la délibération
décisionnelle est d’origine inconsciente, non libre, comment peut-on affirmer
que la pondération finale devrait être elle-même « libre » ?
Et il ne faudrait pas oublier dans cet inventaire de déterminants à la Prévert tout
ce qui est désirs, pulsions, affects, peurs, passions plus ou moins
répressibles. La balance mentale se fait alors entre les « pour » et
les « contre » telle décision, tel comportement.
Sans prendre pour
exemple le choix majeur lors de la dernière guerre entre résistance, neutralité[2] et collaboration, prenons
une situation plus récente non dénuée de conséquences importantes - suite à la
COVID notamment - comme celle d’une alternative possible entre garder son
emploi urbain ou partir vivre à la campagne, loin des virus...
Dans les
arguments « pour la campagne » : vie plus saine, plus
authentique, contact avec la Nature etc. Mais pari risqué du point de vue professionnel,
éloignement des repères familiaux, amicaux... On pèse d’un côté et de l’autre,
en donnant à chaque critère un certain poids qui fluctue au cours de la
réflexion qui dure d’autant plus longtemps que la décision est perçue comme
grave : on ne veut rien oublier d’important qui pourrait fausser à terme
notre jugement. Le calcul final est censé donner la décision la plus
« rationnelle », bien que l’affect ne soit jamais très loin : le
désir de campagne peut être en rapport étroit avec le souvenir des merveilleuses
vacances estivales passées chez papy et mamie ! Mais au fait, suis-je
vraiment libre de ce qui ne me vient pas à l’esprit comme argument pour ou
contre à mettre dans la balance ? Combien de fois a-t-on pu se dire qu’on
aurait fait un autre choix si telle pensée était parvenue à la
conscience au moment crucial ? Est-on « coupable » de ne pas
avoir pensé à tel critère de jugement ? Quel est le poids, dans mes
décisions, des « variables cachées » comme on dirait en
physique quantique ? Et serait-on « coupable » de notre
« non conscient » ?
L’attribution du « poids » de ces
différents critères - en tout cas ceux qui viennent à l’esprit (plus
précisément le cortex orbitofrontal, support de notre système de valeurs) - est
intimement liée au passé de chacun ; passé unique, singulier. Je peux donner un poids positif de 5 au critère « vie plus saine pour élever mes
enfants » loin des virus citadins et de la pollution, mais 12 en
négatif au critère « je vais devoir
changer de métier »... ou seulement 2 à ce même critère si je peux
travailler en visioconférence ! Et lorsque nous ne savons pas
encore ce que nous voulons, c’est parce que nous ne voyons pas vers où nous
penchons le plus ; au point de jouer
(rarement) la décision à pile ou face, en désespoir de cause. Une pincée
d’indéterminable (hasard) pour déterminer l’indéterminable.
Plus généralement, lors de la prise de décision
parmi plusieurs alternatives possibles, il semble bien que le cerveau utilise
des modèles statistiques de type bayésien comme le montre le
neuroscientifique Stanislas Dehaene[3] pour évaluer les
conséquences potentielles de chaque action, en fonction des informations
disponibles et des objectifs à atteindre. Par exemple, si on doit choisir entre
deux restaurants, le cerveau va estimer la probabilité que chacun soit
satisfaisant, en tenant compte de ses préférences, de ses souvenirs, des avis
d’autres personnes, etc. Il va aussi prendre en compte les coûts et les
bénéfices associés à chaque option, tels que le prix, la distance, le temps
d’attente... Le cerveau va ensuite pondérer, comparer ces estimations et
sélectionner l’action qui maximise son utilité espérée. Un « simple »
calcul, plus ou moins urgent selon les situations, à partir des déterminants
connus, sans LA « réel ».Quand nous délibérons, c’est sur ce que l’on va faire, pas
sur ce que l’on va vouloir !
Et la plupart du temps, nous n’avons évidemment pas en
tête la totalité des déterminants à l’œuvre dans nos décisions, quitte à bidouiller notre propre logique. Pour Freud :
« Une formation
intellectuelle nous est inhérente, qui exige de tous les matériaux qui se présentent à
notre pensée un minimum d’unité, de cohérence et d’intelligibilité; et elle ne craint pas
d’affirmer des rapports inexacts, lorsque, pour certaines raisons, elle est incapable de saisir
les rapports corrects » (Totem et tabou 3 , 1913, p. 111).
On ne connaît
pas l’avenir comme le rappelle Petit Gibus de la « Guerre des
boutons » : « si j’aurais
su, j’aurais pas v’nu »... Œdipe tue son père, épouse sa mère, en
toute méconnaissance de cause. Mais le « destin » et le « fatalisme » n’existent pas
pour autant dans un monde déterministe imprévisible puisque chaotique. Et rien
n’est écrit dans un grand livre englobant passé, présent et avenir.
Comme conclut fort chrétiennement le philosophe Cyrille
Michon :
« Si le
choix est libre, il doit être inexplicable ».[4]
On ne peut être plus clair sur la nécessité d’un « acte
de foi » pour croire au Libre Arbitre ; mais on est plus proche ici
d’une apologie aporétique que d’un argument apodictique* ! Je plaisante. Si l’on
trouve quelques explications, quelques déterminants de nos choix, c’est bien
que ce choix n’est pas si « libre » que ça. Et si l’on ne trouve pas
d’explication, ceci ne prouve pas pour autant la liberté du choix : notre
méconnaissance (provisoire ?) des mécanismes d’un phénomène naturel n’est en rien
la porte ouverte au surnaturel. Et que dire lorsqu’on vient de faire quelque
chose sans comprendre pourquoi on l’a faite, ce qui arrive un jour ou l’autre,
souvent avec l’âge qui avance...
Quand le docteur en neuropsychologie Philippe Allain aborde la
« mécanique » de nos choix et prises de décisions, il en précise
plusieurs formes dont la prise de décision « sous risque » et la
prise de décision « sous ambiguïté », sans jamais faire intervenir un
quelconque LA « réel »[5].
Le neuroscientifique Mathias Pessiglione résume ainsi le
processus de motivation/décision, sans faire appel à une « volonté
libre » : notre expérience subjective du libre arbitre est souvent biaisée
par notre incapacité à percevoir les processus cognitifs inconscients qui ont
précédé notre prise de décision. Notre cerveau génère une « illusion
rétrospective » dans laquelle nous avons l'impression d'avoir choisi
consciemment une option parmi plusieurs, alors que notre décision a déjà été
influencée par des facteurs préexistants[6].
Le concept de prise de décision semble plus accessible d’un point de vue
expérimental en neuroscience plutôt qu’un Libre Arbitre qui ressemble à une
entité fantomatique. Selon les neuroscientifiques spécialistes de la décision
Abbas Khani et Gregor Rainer[7],
la prise de décision...
« est un
comportement adaptatif qui prend en compte plusieurs variables d’entrée
internes et externes et conduit au choix d’un plan d’action plutôt que
d’autres alternatives disponibles et souvent concurrentes ».
On retrouve l’idée d’inférence statistique Bayésienne
précédemment évoquée concernant le « calcul » algorithmique cérébral
de la prise de décision.
Notons que nos idées ont quelque chose à voir avec nos sens et nos expériences passées. Ces idées apparaissent et s’associent en formant un chapelet
pratiquement ininterrompu le jour, et jusque dans nos rêves la nuit. Ainsi,
dans le cas d'une personne aveugle de naissance, les images dans les rêves ne
sont pas basées sur des souvenirs visuels qu’elle ne peut avoir, mais plutôt sur
des sensations, des émotions et des concepts abstraits. Une personne aveugle de
naissance peut rêver de se déplacer dans un environnement, mais ses sensations
seront basées sur des sens comme le toucher, l'ouïe ou l'odorat, c’est-à-dire
ce qu’il connait ; il ne peut « inventer » des images dans ses
rêves inconscients du fait qu’il ne sait pas ce que c’est de « voir »
d’un point de vue phénoménal. Où l’on voit bien, ici comme partout, le continuum
de déterminants auquel rien ne peut échapper.
Pour finir, deux spécialistes en neurosciences nous parlent des interactions entre raison et émotions dans nos prises de décision, sans aucune trace de libre arbitre ontologique.
Cliquer sur le carré en bas à droite des vidéos pour agrandir l'écran.
[2]Le philosophe Vladimir Jankélévitch a fustigé
l’inaction durant la seconde guerre mondiale de ses collègues Sartre et Merleau-Ponty
(« Merleau-Ponty, ce n'est vraiment
rien du tout ! Un petit caractère »)
[6]
« Subliminal Instrumental Conditioning Demonstrated in the Human Brain » -
2008 -https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2572733/et
“Les Vacances de Momo Sapiens : notre cerveau entre raison et déraison» - 2021 - Odile Jacob
Tout d'abord, un hommage "mérité" au grand intellectuel et mathématicien John Conway pour, notamment, son travail concernant le "Jeu de la vie". Et pour aller plus loin : "L'émergence de LENIA".
Les mathématiciens John
Conway et Simon Kochen ont publié en 2006 (actualisé en 2009) « le
théorème du libre arbitre » (« The Free Will Theorem ») qui
s’appuie sur trois axiomes liés à la mécanique quantique et à la relativité. Sur
la base de ces axiomes, les auteurs démontrent que si un expérimentateur
dispose du libre arbitre (LA), alors toutes les particules de l’Univers disposent
également d’un libre arbitre[1].
C’est la loi du tout ou rien : ou un LA « réel » ne peut pas
exister, ou chaque parcelle de l’Univers en dispose...
Ce libre arbitre étant le fondement même de la culpabilité (car on aurait pu faire autrement que ce qu'on fait) et de la punition, reste à savoir comment
traîner en justice des photons coupables d’un mélanome, un volcan irascible, un chien renversant un cycliste... Une sorte de
démonstration par l’absurde que la volonté libre, propriété
« exclusive » de l’Humain, est une totale ineptie.
Certains ont remis en cause les résultats de Conway et
Kochen :
« Dans la
manière dont le théorème du libre arbitre est formulé et démontré, il ne
concerne que les modèles déterministes (...) et non les
modèles stochastiques (càd calcul des
probabilités) »[2]
Ce à quoi les auteurs du théorème font cette réponse cinglante :
« Certains
pensent que la seule alternative au déterminisme est l’aléatoire de la
théorie des probabilités et ajoutent pourtant qu’autoriser l’aléatoire dans le
monde n’aide pas vraiment à comprendre le libre arbitre. »
Pour en revenir à notre théorème du LA, les particules, les rochers, les bactéries, les fourmis, les lions, les humains... auraient un libre arbitre entier, ou n’en auraient pas du tout ! De quoi en rabattre quelque peu concernant notre arrogance d’Homo Sapiens envers la fourmi.
En résumé, 3 possibilités :
1) univers déterministe : le cerveau animal - comme celui de l'humain - est constitué de neurones, neuromédiateurs, flux électriques le long des axones etc., le tout obéissant aux lois déterministes (causes => conséquences) de la nature, et le libre arbitre "réel", ontologique ne peut exister. La volonté elle-même est le résultat d'événements antérieurs remontant... au Big Bang (ou tout autre commencement, si commencement il y a eu...).
2) univers indéterministe, soumis aux aléas, au hasard "pur" : pour le cerveau animal - comme pour celui de l'humain - certaines molécules impliquées dans la transmission des signaux nerveux, comme les neurotransmetteurs, pourraient exister dans des superpositions quantiques de plusieurs états simultanément jusqu'à ce qu'elles soient mesurées (c'est-à-dire jusqu'à ce qu'une synapse soit activée ?). Cela permettrait aux neurones de traiter plusieurs informations en parallèle plutôt que séquentiellement, offrant ainsi un potentiel d'accélération du traitement de l'information et de résolution de problèmes complexes. Malheureusement, une idée peu viable du fait que les systèmes quantiques ont tendance à se désintégrer rapidement lorsqu'ils interagissent avec leur environnement (décohérence quantique). Il serait très difficile de maintenir des états quantiques cohérents dans le cerveau, compte tenu de sa complexité et de son interaction constante avec l'environnement, sans compter la chaleur (37°C) peu propice au phénomènes quantiques. Par ailleurs, il n'existe pas de cadre théorique solide permettant d'expliquer comment les processus quantiques pourraient avoir un impact significatif sur le fonctionnement global du cerveau ; sans oublier le vide absolu côté preuve expérimentale. Des études suggèrent plutôt que les propriétés statistiques des réseaux de neurones peuvent s'expliquer entièrement par des modèles classiques sans recourir à la mécanique quantique. In fine, quel rapport entre un libre arbitre permettant théoriquement de décider en conscience et un processus de hasard pur ne donnant plus aucun sens à une délibération du sujet ?
3) univers mixte mélangeant déterminisme et indéterminisme : mais dans quelles proportions ?
Un mixte fixe (30 % de détermination + 70 % de hasard "pur"... ou l'inverse) ?
Ou bien en fonction de la situation avec des proportions changeantes, aléatoires, selon que l'on choisit de se reposer ou de tuer son voisin ? Ce qui ressemble fort à la position philosophique "compatibiliste" qui fait se côtoyer déterminants et hasard dans des proportions jamais précisées ; pour cause. Cette position compatibiliste est dominante dans notre société et s'exerce tous les jours notamment dans le domaine de la justice. Ce qui n'est pas sans poser des problèmes éthiques insolubles : ce dealer de banlieue, combien d'années de prison en proportion de sa "quantité" / "qualité" de LA (culpabilité), desquelles il faudrait retrancher ses déterminants éducatifs délétères d'origine ? Ce qui donne finalement... l'âge du capitaine, ou de son second ou ... (voir Les expertises psychiatriques).
Sur le fond :si le déterminisme strict n’autorise pas le LA, pas plus que l’indéterminisme strict (alea) ou même le mélange des deux, que reste-t-il pour croire à un libre arbitre « réel » à part une obsession axiomatique d’entités surnaturelles agissantes ? Ne reste que la première hypothèse - pas de libre arbitre "réel" possible - si l'on souhaite garder un peu de cohérence.
Au passage, remarquons qu’un certain
indéterminisme peut être réfuté dans des cas précis, par exemple chaque fois
que la science découvre un déterminisme inconnu auparavant. Les tempêtes, les ouragans et autres phénomènes météorologiques violents étaient généralement attribués à l'intervention directe des dieux , mais les sciences de l'atmosphère ont progressivement démystifié ces phénomènes en termes de pressions, vents et courants marins. Mais
l’expérience montre que, pour des raisons psychologiques ou idéologiques, dès
qu’une forme de déterminisme a été mise à jour par la science, on fait resurgir dès que possible l’indéterminisme ailleurs, dans l’un quelconque des
« asiles de notre ignorance » où résident probablement les dieux. Comme l’écrit le médecin, biologiste
et philosophe Henri Atlan[3] :
« Tant qu’il
reste un “trou” dans le déterminisme, on s’y accroche en y voyant le fondement
métaphysique de notre liberté humaine. »
Mais en fait, de l’indétermination apparente, on ne peut
jamais conclure à l’indétermination réelle car il faudrait pour cela pouvoir
exclure la possibilité de variables explicatives encore inconnues, cachées, ce qui est
impossible. Et plus on explique par la méthode scientifique des
phénomènes jusqu'alors inexpliqués, plus le spiritualisme (conscient ou non)
déplace ses exigences de « preuves » matérialistes / naturalistes sur
des phénomènes non encore expliqués, repoussant toujours un peu plus la
frontière entre connu et inconnu, et ce probablement à l’infini puisque, très
probablement, nous ne saurons jamais « tout ».
Soit une objection bien
pratique des spiritualistes... mais irrecevable.
Autre exemple : Alain Aspect dans une expérience de physique
quantique a bien mis en évidence le phénomène d’intrication qui consiste à ce
que deux particules (électrons) partagent un état quantique commun, même si elles sont
séparées par une grande distance. Cette expérience démontrant la non
séparabilité quantique a eu des conséquences philosophiques importantes :
elle a remis en question certaines notions classiques de la physique, comme la
causalité, la localité et le réalisme puisque deux particules intriquées
peuvent influencer instantanément leur état respectif, sans qu’il y ait de
signal ou de mécanisme qui les relie... Ce qui violerait, si l'action était réellement instantanée la notion de localité car il y aurait une action à distance qui dépasserait la vitesse de la lumière, ce qui paraît impossible dans l'état des connaissances actuelles en physique. Enfin, cette instantanéité violerait également le « réalisme », car il n’y aurait pas de réalité préexistante à l’observation.Certains ont vu dans l'influence "instantanée" entre les particules une preuve de l’existence d’une réalité cachée ou d’une dimension supplémentaire ; d’autres une manifestation de la conscience ou du libre arbitre ; d’autres encore, une limite de la science ou une invitation à la métaphysique !
MAIS tout ceci a été remis en cause récemment : la connexion entre deux électrons semble bien se réaliser très rapidement, certes, mais progressivement=> voir "L’intrication quantique n’est pas instantanée" et l'article qui montre que des phénomènes quantiques complexes, comme
l'intrication et la cohérence interélectronique, sont des propriétés objectives
du système, mesurables par des techniques physiques sans implication de la
conscience. La mesure de la vitesse de l’intrication quantique à
l’échelle de l’attoseconde est bien un résultat confirmé et discuté dans la
littérature récente.
Patatras. Cette "observation / conscience humaine" qui serait nécessaire à "fabriquer" la "réalité" tombe à l'eau. Les expériences testant les inégalités de Bell montrent que
les corrélations quantiques ne dépendent pas de la conscience humaine, mais
sont des propriétés intrinsèques des systèmes quantiques. De plus, des
expériences récentes, comme celles explorant le paradoxe de l'ami de Wigner,
soutiennent l'idée que la réalité quantique est objective et non influencée par
l'observateur humain. Les tests de Bell démontrent que les
corrélations entre particules intriquées sont indépendantes de l'observateur et
suivent les prédictions de la mécanique quantique, sans nécessiter une
conscience. Une expérience publiée en 2019, a testé une version
étendue du paradoxe de l'ami de Wigner, montrant que deux observateurs peuvent
enregistrer des résultats différents sans que cela implique un rôle spécial
pour la conscience humaine (article 1 / article 2).
Bref : certains débats philosophiques ont suggéré que la conscience
humaine pourrait « effondrer » la fonction d’onde. Mais les expériences de Bell
réfutent cette idée : les corrélations apparaissent même dans des systèmes
entièrement automatisés, sans intervention humaine directe. Quand les mesures sont
effectuées par des détecteurs physiques, les résultats restent conformes aux
prédictions quantiques. Les corrélations quantiques sont donc objectives et
reproductibles, indépendantes de l’état mental ou de la présence d’un
observateur.
Tout ceci ressemble (pour l'observateur que je suis !!) à un test de Rorschach[4]
qui parle plus de celui qui interprète que du dessin lui-même.
Il serait
peut-être urgent d’attendre d’en savoir un peu plus avant de rétablir Dieu dans tous
ses attributs, dont la physique quantique !
Alain
Aspect lui-même semble circonspect concernant ces extrapolations.
Pour le plaisir : quelques lumières sur le merveilleux monde quantique :
[4] Test
psychologique qui consiste à présenter au sujet une série de planches
comportant des taches d’encre symétriques et ambiguës, en lui demandant ce
qu’il y voit. Le but est d’analyser les associations d’idées, les sentiments,
les fantasmes, les conflits ou les mécanismes de défense du sujet, en fonction
de ses réponses.
______________________________________________
Et pour aller plus loin, le livre "La dernière
blessure" centré sur la notion du libre arbitre (illusoire)... en
cliquant sur l'image ci-dessous