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Découvrez le sommaire des articles :

👉 Naturalisme Scientifique: ARTICLES (cliquer sur les titres ci-dessous)

  1. Présentation générale (1 et 2)
  2. Libre arbitre : KEZAKO ?
  3. Quelques citations de sceptiques concernant le Libre Arbitre
  4. Philosophie : des questions sans réponses ?
  5. Un Libre Arbitre... nécessaire ?
  6. Peut-on faire... autrement ?
  7. Les hypothèses au fil du Rasoir d'Ockham
  8. Libre Arbitre : une propriété émergente compatible avec la science ?
  9. Penser contre son cerveau
  10. Théorème du Libre Arbitre
  11. Délibération, décision... des preuves de Libre Arbitre ?
  12. Punir, sinon...
  13. Mais alors, sans culpabilité ni punition... que faire ?
  14. Les expertises psychiatriques en justice pénale : un scandale permanent
  15. Limite entre "santé" mentale et "pathologie" mentale
  16. Moi, moi, moi... Ayn Rand, la libertarienne adorée de Trump
  17. La sociologie, poil à gratter politique
  18. L'argument de la conséquence : conséquent ?
  19. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis... nous affirme "librement" Sartre
  20. Blog de Blob
  21. L'émergence de LENIA
  22. Sam Harris, un naturaliste spécialiste des neurosciences
  23. La science peut-elle aider à comprendre - voire infléchir - la moralité humaine ?
  24. Le côté obscur du Libre Arbitre
  25. Si un neuroscientifique nie le libre arbitre, comment peut-il rédiger un texte de consentement éclairé volontaire et proposer de le faire signer ?
  26. Le cerveau humain : normal... mais déficient
  27. Un sacré dilemme pour la "Morale"
  28. Fatalisme ? Fatal eror !
  29. Cellule de Mauthner, mouche... et Libre Arbitre
  30. Religions et enfants
  31. Un psychiatre sceptique du Libre Arbitre... à raison
  32. Steven Pinker nous explique le Libre Arbitre... mais mal
  33. Art, créativité, esthétique et naturalisme
  34. Combien de Mondes ? 8 milliards !
  35. Esthétique, éthique et toc (TikTok ?)
  36. Le peuple a-t-il toujours raison en démocratie ?
  37. Injustice, inégalité. Un traitement simple : les probiotiques !
  38. Immigration ? Emigration ? Remigration ?
  39. Sémantique, affects... politiques
  40. Violence, biais de négativité et extrême droite
  41. Changer les mots ou changer la réalité ?
  42. Banalité du mal
  43. Histoire : ni fierté, ni honte
  44. Chaos, entropie, origine de la vie.... et Dieu
  45. Bon Dieu, mais c'est bien sûr !
  46. Séparer l'Homme de l'Œuvre ?
  47. Du pain et des jeux
  48. Wokisme et cancel culture
  49. Ame : la controverse
  50. Corrélation ou causalité : l'embrouille !
  51. Dennet et le compatibilisme
  52. Economistes fous
  53. Autain contre Fourest : me too
  54. Le cas Kane
  55. Rapport XZTF22
  56. Searle, arc en ciel et... Libre Arbitre
  57. Saucisse de Frankfurt et courant alternatif
  58. Peter van Inwagen ne sait pas ce qu’est le Libre Arbitre... mais il y croit ! 
  59. Au royaume des fous furieux 
  60. Dignité humaine
  61. L'humain : un "robot" biologique ?
  62. Libre arbitre et intention
  63. Une Liberté à géométrie variable
  64. Philosophie "expérimentale"
  65. Experts, compétence et idéologie
  66. Dieu est mort... mais le cadavre convulse
  67. Nationalisme versus mondialisme
  68. Neuro... politique
  69. Le corbeau croasse et l'Homme croit
  70. Phénoménologie : une arnaque phénoménale ?
  71. Libet et la liberté (de la volonté) : encore une contrariété !
  72. La démocratie "travaillée" à la tronçonneuse façon Milei !
  73. MISTRAL souffle sur le libre arbitre ontologique... et le fait disparaître !
  74. Vous ne trouvez pas qu'il commence à faire un peu chaud ?
  75. Sophisme, quand tu nous tiens !
  76. Mais comment peut-on être de droite ? 
  77. La République des juges ?
  78. Alors, les religions : bon ou pas bon ?
  79. Pourquoi l’IA est-elle haïe ?
  80. Eliminons ?
  81. Qualia : voilà une question qu'elle est bonne !
  82. Qui mérite quoi ?
  83. Liberté d'expression
  84. Lucrèce : qui dit mieux ? Marc Aurèle ? Spinoza ?
  85. Coopération versus Trahison
  86. La Boussole de la Raison !
  87. Daniel Andler et la tentative de "dissolution" du libre arbitre !
  88. Matérialisme versus naturalisme 
  89. Sapolsky ! Enfin !!!!!!!!!!!!! 
  90. En avoir ou pas... des enfants
  91. Déterminisme ou superdéterminisme ?
  92. Manifeste déterministe et proposition de loi
  93. Sarko en prison ?
  94. Les patrons créent l'emploi ?
  95. Du chaos déterministe au hasard quantique : que reste-t-il du libre arbitre ?
  96. Conception actuelle de la Justice : incohérence à tous les étages !
  97. Morale / géopolitique : une confrontation inévitable ?
  98. Syndrome du hérisson et libre arbitre
  99. Peuple(s) "élu(s)" ?  
  100. Elon Musk : matérialiste ?
  101. Animal et animal... humain 
  102. Je résiste à tout... sauf au Chamallow 
  103. Humanité immature ?
  104. Intelligence collective et libre arbitre individuel
  105. La tentation techno-fasciste
  106. Hubris Urbi et Orbi
  107. Leçon de morale par Dominique de Villepin
  108. Misère de la métaphysique 
  109. Vie personnelle et naturalisme
  110. Entre chèvre et chou 
  111. Refondation de la responsabilité morale et du droit
  112. Toujours plus !
  113. Esclavage économique et Code noir
  114. Audiovisuel public dans le viseur de l’extrême droite ? 
  115. THÉORÈME DE NOETHER et libre arbitre
  116. Terre plate et libre arbitre
  117. Miracles ! Miracles ?
  118. La manipulation dans tous ses états... ou presque
  119. Gerard 't Hooft, un prix Nobel de physique, ne croit pas au libre arbitre !
  120. Le Monopoly, c'est la vie !
  121. Quand l’État est sourd, la rue finit par faire du bruit
  122. L'acrasie : une faiblesse de la volonté lourde de conséquences ?

Présentation générale (1)

L'idéologie - terme bien trop souvent considéré négativement - est à nouveau l'éléphant au milieu de la pièce, notamment dans le contexte géopolitique actuel. 


De fait, entre spiritualisme (idéalisme) et naturalisme (matérialisme), il faut nécessairement "choisir" !
Que ce choix soit pleinement conscient ou non... (voir "MATÉRIALISME ou IDÉALISME" ?)

C'est ce que nous dit d'ailleurs Blaise Pascal, à raison : 

« Le juste est de ne point parier. Mais il faut parier. 
Cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. »

Le naturalisme scientifique, également appelé physicalisme ou matérialisme scientifique, est une démarche philosophique - que l'on doit notamment au philosophe David Hume ("Traité de la nature humaine" - 1739*) - qui postule que tous les phénomènes observables dans l'univers, incluant les objets physiques, les propriétés mentales, les processus cognitifs et les expériences subjectives, les interactions sociales etc. peuvent être en principe expliqués exclusivement par des lois naturelles et des processus physico-chimiques (voir l'ouvrage de Daniel Martin).
N.B : le matérialisme du point de vue philosophique n'a rien à voir avec le matérialisme en tant que consumérisme !

Pour le philosophe Miguel Espinoza : 

« Concernant le naturalisme réaliste universel, la nature est un réseau compact de causes multiples et variées »

Autrement dit, rien n'existe hors du cadre de la nature et de la physique (déterministe et indéterminisme quantique), soit une position opposée au spiritualisme ou à l'idéalisme. 

Comme le souligne Miguel Espinoza, les "concepts" idéalistes (spiritualistes) sont pures folies philosophiques qui avancent des idées aussi absurdes que : 
"Le mouvement n'existe pas ; le monde est un rêve ; le monde est ma sensation ; l'idée de l'homme est plus réel que l'homme concret de chair et d'os ; les objets n'existent que tant que quelqu'un les perçoit ; l'espace et le temps sont des formes pures a priori de la sensibilité ; l'esprit peut exister sans le cerveau ; notre esprit est immortel ; les animaux sont des machines ; notre cerveau-esprit est un ordinateur ; les symboles permettent de construire des mondes ; le Moi Absolu Infini... etc. Quiconque connaît ne serait-ce qu'une partie de l'histoire de la philosophie idéaliste pourra facilement allonger cette liste d'absurdités. Il n'est pas nécessaire d'être Sancho Pança, il suffit d'être raisonnable pour être perplexe. Comment affirmer que le mouvement n'existe pas si pour penser cette proposition il faut une activité neuronale, si, pour l'exprimer à haute voix, il faut bouger la langue ? Si le monde dépend de ma sensation, comment expliquer que les choses existaient avant ma naissance et existaient après ma mort ? Comment croire que l'espace serait une forme pure a priori de ma sensibilité alors même qu'il est la demeure des choses, des animaux et des étoiles ? D'ailleurs, avec des symboles on construit des œuvres d'art, des théories, pas des mondes. Ce qui est paradoxal dans cette situation, c'est que de telles affirmations ont été faites par des personnes intelligentes et cultivées.
La folie philosophique serait-elle essentielle à la condition humaine ?" (Réf.)
Ce qui n'implique pas pour autant une "sacralisation" de la science qui se voudrait la nouvelle religion "positiviste" : la recherche des lois naturelles est laborieuse, exigeante, évolutive... à l'inverse des textes "sacrés" "révélés", datés, contradictoires et figés pour l'éternité... mais riches d'exégèses diverses destinées notamment à atténuer  - à l'aune de notre morale actuelle - les horreurs "divines" des textes fondateurs.

Donc dans la conception philosophique naturaliste (matérialiste), toute action, pensée, intention, sensation etc. est le fruit des déterminations et indéterminations diverses (internes et externes à l'individu), en interactions permanente dans le cadre de la survie (théorie de l'évolution). Ce qui exclut toute possibilité de libre arbitre humain "réel" (ontologique), l'un des sujets les plus prégnants de l'humanité (voir "Libre arbitre : QUEZACO ?")

Et l'on ne peut pas faire l'économie de cette question de fond. Dans la vie quotidienne, il est indispensable de prendre des décisions et d'adopter des positions, même face à des questions complexes. L'hypothèse - de loin la plus crédible - est celle où la sensation de libre arbitre est une émergence de processus déterministes du cerveau, façonnée par l'évolution pour améliorer notre survie et notre capacité à naviguer dans des environnements sociaux complexes. Cette conception matérialiste philosophique et scientifique permet d'expliquer comment nous percevons notre capacité à faire des choix tout en reconnaissant que ces choix sont déterminés par des facteurs génétiques et environnementaux. Cela suggère que, bien que nous ressentions une forme de liberté, celle-ci est en fait encadrée par des déterminismes sous-jacents, connus ou inconnus.

Le "cogito ergo sum" cartésien s'inverse et devient "sum ergo cogito" dans une vision naturaliste scientifique où l'existence est "première" et la pensée un "produit" - une propriété émergente - de l'existence ; non l'inverse. Descartes a séparé l'esprit du corps dans une dualité que scientifiquement plus personne ne reconnaît mais qui reste au cœur du concept de libre arbitre ontologique, alors que pour le Naturalisme Scientifique, tout provient du corps - esprit compris - en interaction avec l'environnement.

Quelle réponse avez-vous à cette question cruciale : comment se fait-il que des spécialistes de tous domaines (philosophie, justice, économie, politique, sciences sociales...), bardés pourtant des mêmes diplômes, en viennent à prononcer des avis contraires, des convictions différentes si un libre arbitre survolait les déterminants de toutes sortes et avait le dernier mot d'un spécialiste à l'autre, indépendamment des diverses déterminations non choisies librement ? Tout le monde devrait être d'accord sur tout si ce libre arbitre était équitablement partagé et tout puissant chez les humains (à l'exceptions des malades mentaux qui n'en auraient plus ?). Et comme personne (ou presque) n'est d'accord avec son voisin, cela reviendrait à penser qu'il existerait autant de "libres arbitres" (LA) que d'individus ? Certains en auraient "beaucoup", d'autres moins... Ce qui, de fait, ressemble fort à un... déterminant ; soit l'inverse du LA qui devrait être la chose la mieux partagée chez l'humain pour les tenants de cette chimère ! 
Un peu comme " l'Esprit SAINT" - censé guider les cardinaux pour le meilleur choix de Pape - et qui leur souffle à l'oreille des noms différents. D'où des fumées noires pendant quelque jours voire semaines... Joueur cet Esprit SAINT ! A moins que ce ne soient les déterminations cardinales différentes qui s'affrontent ? En fait, pas plus que les malades mentaux, les humains "normaux" et les cardinaux n'ont une faculté proprement surnaturelle, Libre Arbitre ou Esprit SAINT, en contradiction frontale avec les lois naturelles qui gouvernent toute matière ; cerveau compris. 

Cette perspective n'élimine pas pour autant l'importance de la responsabilité et de l'éthique dans nos actions. Au contraire, elle nous pousse à être plus compassionnels et compréhensifs envers les circonstances déterminantes des autres (humains comme animaux), tout en cherchant des moyens d'améliorer l'équité et la justice dans la société.

Au moment historique où se développent des concepts aussi aberrants que celui des vérités alternatives, des post-vérités où chacun s'enferme dans sa bulle de convictions irrationnelles ("grâce" aux réseaux sociaux notamment), la recherche d'un socle commun des réalités semble une nécessité urgente et absolue dans le cadre d'une laïcité étendue et d'un contrat social acceptable par tous. La science s'est construite contre le "sens commun", contre les vérités et idées reçues, mais on n'a toujours pas actualisé le corpus psychologique et intellectuel correspondant. On continue de penser et de parler comme Aristote ! (voir https://www.youtube.com/watch?v=oKUOFUlUTsY).

Soit l'importance d'un universalisme inclusif - qui ne nie pas les identités - mais qui abandonne les énoncés métaphysiques (transcendance / ontologie / qu'est-ce que l'être ? / quelle est la nature de la réalité ? / dieu existe-t-il ? / l'âme est-elle immortelle ? etc.), soit autant d'entités contradictoires, non vérifiables empiriquement dans le cadre de notre vie commune.

Pourrait-on enfin focaliser notre réflexion sur ce que l'on sait plutôt que sur ce que l'on ne sait pas ? Car le choix entre spiritualisme et matérialisme est tout sauf une discussion de salon en fin de soirée. Les conséquences sont "déterminantes" pour l'humanité et son écosystème à l'heure de la bombe nucléaire, des massacres en tous genres, du "moi d'abord" contre tous les autres.

Nos pires erreurs ne découlent pas de ce que nous ne savons pas, mais de ce que nous sommes persuadés de savoir. Sans omettre le fait qu'une théorie scientifique puisse avoir des conséquences qui choquent nos convictions ou qui contredisent nos valeurs, mais ce n'est pas pour autant une raison suffisante de la rejeter.

"La science n'est pas une illusion... et ce serait une illusion de croire que nous puissions trouver ailleurs ce qu'elle ne peut pas nous donner" (S. Freud)

Ci-dessous un vidéo de Présentation générale (1) suivie  d'une seconde partie (Présentation générale 2) concernant les conséquences sociales, économiques, politiques, judiciaires etc. de cette approche philosophique et scientifique permise par le naturalisme scientifique.

Autre possibilité : voir la chaîne Youtube présentant 9 vidéos.

Bonne lecture !

Cliquer sur le carré en bas à droite de l'écran vidéo 
pour la voir en plein écran



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"Présentation générale 2"
Dans cette vidéo, il sera question des conséquences du Naturalisme Scientifique. 


Si vous souhaitez avoir - en 2 heures - une vision d'ensemble sur ce problème de fond philosophique et scientifique concernant le libre arbitre, voici une vidéo anglophone (traduction française possible). Notons que le terme de responsabilité humaine énoncé dans cette vidéo ne fait pas la distinction, pourtant absolument nécessaire, entre la culpabilité (l'individu pourrait faire "autrement" que ce qu'il fait) et la responsabilité interindividuelle et sociale qui doit être conservée, sans punition (voir Naturalisme Scientifique: Mais alors, sans culpabilité ni punition possible... que faire ?).


Terminons sur une petite note d'humour avec cette vidéo du trop méconnu Didier Bénureau et ses 400.000 francs : une ode à la survie au sens large. 
Survie qui passe ici par l'accumulation de pâtes en vue de pénuries possibles (guerre etc.) ; rivalités et "distinction" afin de s'extraire de la "masse" en montrant sa supériorité... 
Au delà du sketch, cette survie à tout prix est omniprésente dans les concepts humains de moralité, de justice, de droit, de solidarité, des sciences (biologie et psychologie évolutionnaires, médecine...), des religions (vie éternelle) etc. 
Toute vie humaine (et animale) est peu ou prou centrée sur cette recherche permanente de la survie. 
C'est globalement ce que ce blog tente humblement d'explorer 😇


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Et pour aller plus loin, le livre "La dernière blessure" 
centré sur la notion du libre arbitre (illusoire)... 
en cliquant sur l'image ci-dessous


L'acrasie : une faiblesse de la volonté lourde de conséquences ?

Savoir sans faire : de l’acrasie individuelle à l’acrasie collective face à la crise climatique... ou comment foncer vers le mur en sifflotant.

Il existe une phrase d’Ovide qui semble avoir été écrite pour notre époque :

Video meliora proboque, deteriora sequor.

On la traduit généralement ainsi : « Je vois le meilleur, je l’approuve, et pourtant je suis le pire chemin » ou plus simplement : « Je vois le bien, je l’approuve, et je fais le mal. »

Plus de 2000 ans plus tard, la situation nous est toujours familière. Nous savons qu'il faudrait arrêter de fumer. Nous savons qu'il faudrait économiser davantage. Nous savons qu'il faudrait rédiger aujourd'hui ce rapport que nous repoussons depuis trois semaines. 

Pourtant nous faisons autre chose.

Les Grecs avaient un mot pour désigner cette étrange fracture intérieure : l’akrasia. Le terme est habituellement traduit par « faiblesse de la volonté », même si cette traduction est imparfaite. Car le problème n'est pas seulement celui d'une volonté insuffisante. Il est plus troublant puisqu'il consiste à agir contre un jugement que l'on reconnaît pourtant comme meilleur. Folie ?

Si ce phénomène paraît appartenir a priori à la psychologie individuelle, il devient difficile d'ignorer sa présence dans la vie collective. Depuis plus de trente ans, les États reconnaissent officiellement la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les rapports du GIEC se succèdent et les sommets internationaux produisent des déclarations souvent très ambitieuses. Les objectifs sont connus ; les trajectoires nécessaires sont quantifiées. Les technologies permettant d'agir existent pour une grande part. Mais pschitt : les émissions mondiales continuent à rester très éloignées des trajectoires compatibles avec les objectifs affichés. Comment décrire une situation où nous affirmons publiquement ce qu'il faudrait faire tout en organisant pratiquement le contraire ?

L'idée d'une acrasie collective est tentante mais il faut s'en méfier. Car toutes les formes d'inaction ne sont pas des formes de faiblesse. Il arrive que nous cédions à une tentation. Il arrive aussi que nous ne croyions pas vraiment ce que nous prétendons savoir. Il arrive enfin que certains acteurs aient parfaitement compris le problème tout en ayant intérêt à retarder son traitement. Confondre ces situations revient à prescrire le mauvais remède.

Aristote contre Socrate

L'acrasie pose un problème philosophique d'une redoutable simplicité. Comment peut-on faire volontairement ce que l'on juge moins bon ?

Pour Socrate, la question est mal posée. Dans le Protagoras, il soutient qu'un individu qui sait réellement ce qui est bien ne peut agir autrement. Quand quelqu'un paraît agir contre son intérêt véritable, cela signifie simplement qu'il ne comprend pas correctement la situation. L'ivrogne qui reprend un verre de trop ne serait donc pas vaincu par le désir. Il commettrait une erreur de calcul. Si cette position possède une élégance intellectuelle remarquable, elle présente un défaut majeur : elle contredit l'expérience ordinaire. Nous faisons constamment ce que nous avions décidé de ne pas faire.

C'est précisément ce qu'Aristote refuse d'ignorer. Le livre VII de l’Éthique à Nicomaque part de cette évidence : le phénomène existe. La tâche du philosophe n'est pas de le dissoudre dans une théorie de la connaissance mais de l'expliquer. Sa solution reste aujourd'hui étonnamment moderne.
L'incontinent, explique-t-il, possède bien un certain savoir. Toutefois ce savoir n'est pas pleinement actif au moment de l'action. Aristote compare cet état à celui d'un homme ivre récitant des vers. Les mots sont présents ; leur maîtrise ne l'est pas.

L'individu acratique n'est pas ignorant. Il n'est pas davantage fou. Il ressemble plutôt à quelqu'un dont la compréhension cesse momentanément d'exercer son pouvoir directeur.

Plus importante encore est la distinction qu'Aristote introduit entre deux formes d'échec. Dans certains cas, nous avons délibéré correctement puis nous n'exécutons pas notre décision. Dans d'autres, nous cédons avant même d'avoir véritablement réfléchi. Cette différence paraît technique. Elle est pourtant décisive.

Le fumeur qui craque après plusieurs semaines d'abstinence ne ressemble pas à l'automobiliste qui prend machinalement sa voiture sans même envisager une alternative. Dans un cas, la délibération a eu lieu ; dans l'autre, elle a été court-circuitée. Toutes les formes d'acrasie ne sont pas identiques.

Cette idée ancienne deviendra particulièrement importante lorsqu'on essaiera d'appliquer le concept aux institutions et aux politiques climatiques. Car une société peut échouer à mettre en œuvre une décision qu'elle a prise. Elle peut aussi échouer à se donner les moyens de réfléchir sérieusement à ce qu'elle fait. Ce ne sont pas les mêmes pathologies.

Pourquoi savons-nous sans agir en conséquence ?

Longtemps, les philosophes ont abordé l'acrasie comme un problème moral : pourquoi la volonté trahit-elle parfois le jugement ?

Depuis quelques décennies, économistes et psychologues ont déplacé la question. Ils ont cessé de demander pourquoi nous étions "faibles". Ils ont commencé à demander pourquoi le temps lui-même semblait déformer nos décisions. Si l'on propose à quelqu'un de recevoir une petite somme aujourd'hui ou une somme plus importante dans un an, il choisira souvent la seconde option. Mais si ces deux options deviennent imminentes (contexte d'urgence), le calcul peut soudain s'inverser. La récompense immédiate acquiert un pouvoir disproportionné.

George Ainslie a montré que ce phénomène n'avait rien d'accidentel. Nous n'évaluons pas l'avenir comme une machine rationnelle calculerait une trajectoire optimale. Nous accordons au présent une prime excessive. La survie à court terme l'emporte sur celle à plus long terme. La fin du mois contre la fin du monde... Cette préférence pour l'immédiat crée des retournements constants de décision.

La personne qui souhaite arrêter de fumer demain est sincère. Le fumeur qui accepte une cigarette aujourd'hui est tout aussi sincère. Ces deux individus sont la même personne. D'une certaine manière, l'acrasie n'oppose pas simplement la raison au désir. Elle oppose plusieurs versions de nous-mêmes. Le moi qui planifie et le moi qui agit n'habitent pas le temps de la même manière. Cette idée éclaire une immense partie de nos comportements ordinaires.

La procrastination en fournit probablement la manifestation la plus pure. Chaque matin, remettre une tâche au lendemain paraît presque raisonnable. Le coût du report semble minime. Après tout, 24 heures de plus ne changeront pas grand-chose. Puis les reports s'accumulent, et à la fin, l'individu se retrouve très exactement dans la situation qu'il voulait éviter. Ce qui est frappant ici, c'est que personne n'a jamais décidé de produire ce résultat. Il est émergé de centaines de décisions locales qui semblaient chacune légitimes.

La question climatique possède une structure étonnamment proche de ces exemples.

Aucun gouvernement ne décide explicitement de compromettre l'avenir de sa population. Aucun responsable politique ne se présente devant les électeurs en expliquant que les risques climatiques doivent être aggravés. Au contraire, presque tous proclament qu'il faut agir. Et pourtant les reports se succèdent.

Une nouvelle infrastructure énergétique est autorisée parce qu'elle est jugée nécessaire aujourd'hui. Une réforme est repoussée parce que le contexte économique paraît défavorable. Une échéance est déplacée parce qu'une autre crise occupe momentanément l'espace politique. Chaque décision prise isolément paraît souvent défendable. Mais leur accumulation produit un résultat collectif que personne ne revendique explicitement.

L'acrasie n'est peut-être rien d'autre que cela : la fabrication progressive d'un avenir que personne n'avait véritablement choisi.

Ulysse et le problème du futur

Pour comprendre comment sortir de cette situation, il faut revenir à un épisode plus ancien encore que les analyses contemporaines. L'histoire est bien connue. Prévenu du danger des Sirènes, Ulysse sait qu'il succombera à leur chant. Il ne compte donc pas sur sa force morale future. Il ne se promet pas d'être héroïque et ne s'engage pas dans un exercice de volonté "volontariste". Il fait quelque chose de beaucoup plus intelligent : il modifie par avance les conditions de son choix. 

Il se fait attacher au mât ! 

Le geste semble trivial mais il contient une vraie leçon politique. La plupart des discours moraux reposent sur l'idée qu'il faudrait être plus vertueux. Ulysse raisonne autrement. Il admet d'abord sa vulnérabilité, puis il construit une situation dans laquelle cette vulnérabilité devient moins dangereuse.

Jon Elster a fait de cet épisode le symbole de ce qu'il appelle le « préengagement ». Une décision présente est utilisée pour limiter les options futures. Cette stratégie est partout autour de nous. Lorsqu'un individu met en place un prélèvement automatique vers un compte d'épargne, il pratique une forme de préengagement. Lorsqu'un ancien alcoolique évite certains lieux ou certaines fréquentations, il pratique un préengagement. Lorsqu'un étudiant coupe son téléphone avant de travailler, il pratique un préengagement etc.

Dans tous ces cas, la liberté n'est pas renforcée par l'absence de contraintes. Elle est renforcée par des contraintes choisies. Cette idée heurte souvent nos intuitions modernes car nous associons spontanément la liberté à l'ouverture maximale des possibles. Pourtant l'expérience montre régulièrement le contraire. Nous sommes en fait plus libres lorsque nous avons organisé à l'avance certaines limites. Le véritable héritage d'Ulysse n'est peut-être pas tant le courage mais l'art de se méfier de soi-même (voir aussi Penser contre son cerveau).

Mais peut-on attacher une société à son mât ?

Ce qui fonctionne pour un individu peut-il fonctionner pour un collectif ? Peut-on imaginer des équivalents institutionnels de la corde d'Ulysse ? Cette interrogation traverse discrètement toute la politique climatique contemporaine. Lorsqu'un État adopte une loi fixant des objectifs de réduction des émissions, il tente de créer un engagement durable. Lorsqu'il met en place des budgets carbone, il cherche à restreindre son champ d'action futur. Lorsqu'il confie l'évaluation des politiques publiques à une autorité relativement indépendante, il tente de rendre plus coûteux le reniement de ses propres promesses.

L'idée générale est toujours la même. Créer aujourd'hui les contraintes qui empêcheront demain de céder à la facilité. Vue sous cet angle, une grande partie du débat climatique cesse d'être un débat sur la vertu. Il devient un débat sur l'architecture institutionnelle. Comment construire des institutions capables de résister au court terme ? Comment maintenir des engagements à travers les alternances politiques ? Comment faire exister les intérêts des générations absentes dans des systèmes où seules les générations présentes votent ?

Ces questions sont beaucoup plus difficiles que celles que rencontre Ulysse car lui sait précisément qui doit être attaché. Une démocratie, elle, doit décider qui a le droit d'attacher qui... Et c'est là que commencent les difficultés véritables.

Tout ramener à l'acrasie serait une erreur. Certaines formes d'inaction relèvent effectivement d'un conflit entre jugement et comportement, d'autres non. Une personne est convaincue de la nécessité de réduire les émissions et souhaite sincèrement modifier certaines habitudes. Pourtant elle continue à adopter des comportements qu'elle désapprouve elle-même. Nous sommes alors relativement proches du schéma classique de l'acrasie. Mais ce n'est pas le seul type de situation.

Il existe aussi ce que Jean-Pierre Dupuy a décrit comme une incapacité à croire ce que l'on sait. L'individu peut accepter intellectuellement la réalité d'un danger sans parvenir à l'intégrer psychologiquement. Il répète les faits mais ceux-ci demeurent abstraits. Ils n'ont pas encore acquis la consistance émotionnelle nécessaire pour devenir réels. Dans ce cas, le problème n'est pas une volonté défaillante mais une représentation défaillante.

Il existe une troisième situation, plus troublante encore. Certains acteurs comprennent parfaitement les enjeux tout en ayant intérêt à ralentir l'action collective. Parler alors de faiblesse de volonté devient inapproprié. La faiblesse suppose une défaite. Or il s'agit ici d'une stratégie. Cette distinction est politiquement importante. Car qualifier de faiblesse ce qui relève d'un calcul d'intérêt revient souvent à excuser ce que l'on devrait au contraire analyser comme un rapport de pouvoir.

Pourquoi les institutions comptent davantage que les sermons

Une idée revient sans cesse dans les débats publics sur le climat. Elle est généralement formulée sous des formes différentes, mais son noyau est toujours le même : si chacun faisait un effort, le problème serait en grande partie résolu. Cette intuition contient une part de vérité. Elle contient aussi une illusion qui consiste à croire qu'un problème produit par des systèmes complexes pourrait être résolu principalement par une augmentation de la vertu individuelle. Or l'histoire de l'acrasie suggère exactement l'inverse.

Autrement dit, le maillon faible n'est généralement pas le jugement moral. C'est la structure de l'action et cette constatation vaut à plus forte raison pour les sociétés. Supposons qu'une ville souhaite réduire sa dépendance à l'automobile. Il est parfaitement possible de multiplier les campagnes de communication, d'encourager les comportements vertueux, d'appeler les habitants à la responsabilité. 
Mais tant que les transports collectifs restent insuffisants, tant que les aménagements cyclables demeurent dangereux, tant que l'organisation du territoire impose de longs déplacements quotidiens, les appels moraux produiront peu d'effets.

Le problème n'est pas que les individus refusent systématiquement de faire ce qu'ils jugent souhaitable. Le problème est qu'ils agissent à l'intérieur d'un environnement qui rend certaines décisions faciles et d'autres coûteuses. C'est précisément pourquoi les chercheurs en économie comportementale se sont progressivement intéressés moins aux défauts des individus qu'aux architectures de choix.

Une société n'est pas seulement un ensemble de citoyens. C'est aussi un ensemble de rails invisibles qui orientent continuellement les comportements. La question politique essentielle cesse alors d'être : « Comment convaincre les gens d'agir ? » et devient : « Dans quel monde leurs décisions prennent-elles place ? »

La tentation permanente du court terme

Le climat possède une caractéristique qui le distingue de presque toutes les autres questions politiques. Une grande partie des bénéfices de l'action apparaîtra longtemps après ceux qui ont pris les décisions. Chaque gouvernement hérite des bénéfices du développement passé, tandis qu'une partie importante des coûts de l'inaction n'apparaîtra que plus tard.

Stephen Gardiner a proposé pour cela une expression devenue célèbre : une « tempête morale parfaite ». La formule est juste parce qu'elle décrit une convergence exceptionnelle de difficultés. Les responsables politiques doivent agir à l'intérieur de cycles électoraux courts. Les marchés fonctionnent largement selon des horizons temporels limités et les médias privilégient naturellement l'événement immédiat.

Les citoyens eux-mêmes vivent dans l'urgence de leurs contraintes quotidiennes. Tout pousse vers le présent et presque rien ni personne, ne parle au nom du futur. Dans ces conditions, il ne suffit pas de constater l'existence d'un intérêt collectif à long terme ; encore faut-il construire des mécanismes capables de lui donner un poids réel dans les décisions du présent.

Le paradoxe est alors frappant. Nos sociétés sont probablement les plus informées de toute l'histoire humaine. Jamais nous n'avons disposé d'autant de modèles, de mesures, de données, de capacités de prévision... et cette accumulation de connaissances ne suffit pas. Le problème semble se situer désormais moins dans la production du savoir que dans son incorporation institutionnelle.

Les générations futures n'ont pas de siège à la table

Autre manière de formuler le problème. Imaginons une assemblée où toutes les personnes concernées par une décision seraient représentées. Pourtant quelque chose d'essentiel manque à cette table imaginaire : les générations futures. Les personnes qui vivront à la fin du siècle n'ont aucun représentant naturel. Elles ne votent pas, ne manifestent pas, ne financent aucune campagne électorale. Elles n'appartiennent à aucun groupe de pression.

Dès lors, la difficulté climatique n'est pas seulement environnementale. Elle touche au cœur même de la représentation politique. Comment prendre en compte les intérêts de personnes qui ne peuvent participer aux procédures de décision ? Cette question explique le développement d'institutions particulières. Commissaires aux générations futures, conseils indépendants, budgets carbone, objectifs juridiquement contraignants, évaluations périodiques. Toutes ces innovations répondent à la même intuition : créer artificiellement une présence du futur dans les délibérations du présent.

Leur existence témoigne de quelque chose d'important : nous commençons à comprendre que certains problèmes ne peuvent être résolus par la seule bonne volonté des acteurs. Ils exigent des structures capables de soutenir cette volonté lorsqu'elle faiblit.

Il serait cependant dangereux d'en conclure que les institutions suffisent. L'erreur inverse guette immédiatement. Une société n'est pas une machine que l'on reprogramme depuis un centre de contrôle. Les règles n'agissent jamais dans le vide mais reposent sur des représentations, des habitudes, des valeurs, des récits partagés.

L'une des découvertes les plus importantes des dernières décennies est sans doute que l'information seule modifie rarement les comportements. Les faits comptent, mais leur signification compte davantage encore. On peut connaître les chiffres du réchauffement climatique sans parvenir à se représenter concrètement ce qu'ils impliquent. On peut comprendre les mécanismes physiques du phénomène tout en continuant à le percevoir comme une abstraction lointaine.

C'est ici que les analyses de Jean-Pierre Dupuy gardent toute leur pertinence. La difficulté n'est pas toujours l'ignorance. Parfois, nous savons sans croire véritablement. Nous admettons intellectuellement une possibilité sans parvenir à l'habiter psychologiquement.

Le danger devient alors une information parmi d'autres au lieu de devenir une réalité agissante. Cette dimension explique pourquoi les récits, les images, les expériences vécues et les imaginaires collectifs jouent un rôle décisif.
Une transition écologique ne dépend pas seulement de réglementations.
Elle dépend aussi de la manière dont une société raconte son avenir.

La leçon d'Ulysse

L'épisode des Sirènes est souvent présenté comme une ruse ingénieuse. Il révèle en fait quelque chose d'essentiel sur la condition humaine. L'intelligence pratique consiste parfois moins à renforcer sa volonté qu'à reconnaître honnêtement ses limites. Ulysse ne triomphe pas parce qu'il est invulnérable à la tentation mais parce qu'il sait qu'il y sera vulnérable.

Une grande partie de la pensée politique moderne repose encore sur une image héroïque de l'individu rationnel, parfaitement maître de lui-même, capable d'agir conformément à ses principes quelles que soient les circonstances. L'acrasie rappelle constamment que cette image est fausse. Nous sommes des êtres dépendants des contextes dans lesquels nous choisissons. Nos certitudes peuvent vaciller. Cette fragilité constitue une dimension normale de la vie humaine. La sagesse politique ne consiste donc pas à bâtir des institutions pour des citoyens imaginaires dotés d'une volonté parfaite. Elle consiste à bâtir des institutions pour les êtres réels que nous sommes.

Finalement, le concept d'acrasie n'explique évidemment pas toute l'inaction climatique. Il ne rend pas compte à lui seul des conflits d'intérêts, des stratégies industrielles, des rapports de pouvoir, des désinformations organisées ou des logiques économiques. Mais il éclaire une dimension fondamentale du problème. Nous avons tendance à interpréter l'écart entre nos engagements et nos actes comme une simple question morale. Nous parlons alors de courage, de responsabilité, de culpabilité, de vertu ou de manque de volonté.
L'acrasie invite à regarder ailleurs : la "liberté" de la volonté (libre arbitre) de l'individu comme celle du collectif n'est pas en cause. Elle suggère plutôt que les difficultés les plus profondes apparaissent souvent lorsque des agents sincères, informés et raisonnables se trouvent enfermés dans des structures qui favorisent systématiquement le court terme.

Entre la connaissance et l'action s'interposent le temps, les institutions, les intérêts, les habitudes, les affects, les croyances et les circonstances. C'est dans cet espace, bien davantage que dans les consciences individuelles, que se joue l'essentiel. Et c'est peut-être là que la vieille leçon d'Ulysse rejoint l'un des plus grands défis de notre siècle : une société lucide n'est pas celle qui compte sur sa volonté future.  C'est celle qui organise dès aujourd'hui les conditions qui lui permettront, demain, de rester fidèle à ce qu'elle sait déjà.

P.S : Petite vidéo mettant le doigt sur la complexité de la "solution".


La "solution" n'est sans doute pas simple. 
Il faudrait déjà prendre conscience de nos mécanismes psychiques de décisions... 
Mais on ne pas dire que l'acrasie soit l'un sujet des plus médiatiques, pas plus d'ailleurs que la notion plus générale de libre arbitre. 
Sans un peu de culture concernant ces sujets de fond, point d'espoir ! _______________________________________________________________________________________________

Références

Aristote, Éthique à Nicomaque, livre VII.

Platon, Protagoras, 352b-358d.

Ovide, Métamorphoses, VII, 20-21.

Ainslie, G. (2001). Breakdown of Will. Cambridge University Press.

Laibson, D. (1997). « Golden Eggs and Hyperbolic Discounting ». Quarterly Journal of Economics, 112(2), 443-477.

Elster, J. (1979). Ulysses and the Sirens: Studies in Rationality and Irrationality. Cambridge University Press.

Holton, R. (1999). « Intention and Weakness of Will ». Journal of Philosophy, 96(5), 241-262.

Holton, R. (2009). Willing, Wanting, Waiting. Oxford University Press.

Thaler, R. H., & Sunstein, C. R. (2008). Nudge: Improving Decisions About Health, Wealth, and Happiness. Yale University Press.

Mischel, W., Ebbesen, E. B., & Zeiss, A. R. (1972). « Cognitive and Attentional Mechanisms in Delay of Gratification ». Journal of Personality and Social Psychology, 21(2), 204-218.

Watts, T. W., Duncan, G. J., & Quan, H. (2018). « Revisiting the Marshmallow Test: A Conceptual Replication Investigating Links Between Early Delay of Gratification and Later Outcomes ». Psychological Science, 29(7), 1159-1177.

Gardiner, S. M. (2011). A Perfect Moral Storm: The Ethical Tragedy of Climate Change. Oxford University Press.

Giddens, A. (2009). The Politics of Climate Change. Polity Press.

Dupuy, J.-P. (2002). Pour un catastrophisme éclairé. Seuil.

Norgaard, K. M. (2011). Living in Denial: Climate Change, Emotions, and Everyday Life. MIT Press.

Oreskes, N., & Conway, E. M. (2010). Merchants of Doubt. Bloomsbury.

Ostrom, E. (1990). Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action. Cambridge University Press.

Ostrom, E. (2010). « Polycentric Systems for Coping with Collective Action and Global Environmental Change ». Global Environmental Change, 20(4), 550-557.

IPCC. (2023). Climate Change 2023: Synthesis Report. Intergovernmental Panel on Climate Change.

Gifford, R. (2011). « The Dragons of Inaction: Psychological Barriers that Limit Climate Change Mitigation and Adaptation ». American Psychologist, 66(4), 290-302.

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Quand l’État est sourd, la rue finit par faire du bruit

Les manifestations du 17 octobre 2026 ont marqué un tournant. 

Entre 550 000 et 800 000 personnes selon les sources ont défilé contre la vie chère, dans un contexte de convergence des luttes entre lycéens, étudiants, anciens Gilets jaunes et autres colères sociales. 

En marge de ces manifestations, des scènes de casse, de pillage et d’affrontements ont éclaté dans plusieurs villes. Ces images ne sont pas nées du néant. Elles s’inscrivent dans une séquence plus longue : celle d’un mouvement lycéen démarré mi-septembre, centré sur l’état dégradé des établissements, les absences non remplacées et le fonctionnement opaque de Parcoursup.

Soit des revendications anciennes... mais des réponses plus que "diluées".

Car les problèmes soulevés par les lycéens ne datent pas de la rentrée 2026. 

  • Parcoursup, mis en place en 2018, cristallise des années de critiques sur son manque de transparence, le stress généré et le nombre de jeunes laissés sans affectation. 
  • Les bâtiments scolaires souffrent d’un sous-investissement chronique. 
  • Les remplacements d’enseignants manquants restent insuffisants dans une part significative des établissements. 

Ces questions ont été soulevées à plusieurs reprises, sans jamais recevoir de réponse à la hauteur des besoins.

Face à la mobilisation, le gouvernement a multiplié les réunions avec les organisations lycéennes. Trois rencontres ont notamment eu lieu avec le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray. La troisième, le 15 octobre, s’est terminée par le départ anticipé des représentants lycéens, qui ont déclaré n’avoir pas été écoutés et ont refusé le rendez-vous suivant, estimant que « ça ne servait à rien ». 

Les annonces concrètes se sont limitées à des mesures partielles : le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants - dans des matières qu'ils ne connaissent pas pour certains (où étaient donc cachés ces profs ???) - permettrait théoriquement de réduire le nombre d’établissements en grande difficulté. Plus une plateforme de consultation jugée insuffisante par les organisations, et des engagements sur Parcoursup renvoyés à fin octobre. Aucun plan d’ampleur concernant le bâti scolaire ni remise en cause structurelle du système d’orientation n’a été acté.

Ce calendrier (prière de se référer aux calendes grecques), les réformes insuffisantes et les montants proposés idoines ont envoyé un signal clair : le temps des lycéens n’est pas celui de l’exécutif. Sans être grand devin, il semble bien que les annonces étaient calibrées pour tenir jusqu’aux vacances de la Toussaint, dans l’espoir d’un essoufflement du mouvement.

Cette séquence s’inscrit dans une histoire plus longue. Les Gilets jaunes avaient déjà mis en lumière, dès 2018, un sentiment de déconnexion entre les décisions prises à Paris et le vécu quotidien d’une partie de la population. La pandémie de Covid a interrompu brutalement ce mouvement, sans qu’un vrai travail de résolution des causes profondes (pouvoir d’achat, services publics, fiscalité) ne soit mené ensuite. Les revendications lycéennes et étudiantes se sont ajoutées à ce stock de colères non traitées. Quand plusieurs générations et catégories sociales se retrouvent avec le même diagnostic - l’État n’écoute que sous la pression de la rue - le dialogue institutionnel perd de sa crédibilité.

La violence qui a émaillé certaines journées n’est pas la revendication elle-même. La majorité des participants aux mobilisations lycéennes et à la journée du 17 octobre n’a rien cassé. Mais le sentiment d’impasse crée les conditions dans lesquelles une minorité peut passer à l’acte et se sentir légitimée à casser en visant les devantures "capitalistes" et les sièges du pouvoir en place, dont la police et sa doctrine du maintien de l'ordre (voir les critiques en fin d'article). 

Les fameux black blocs (« groupe d’individus cagoulés et vêtus de noir qui recourt, à la faveur de manifestations sur la voie publique, à des actions violentes concertées », selon le Journal officiel) semblent vouloir créer le chaos pour le chaos. Rien ne tombe du ciel et les déterminants de ces comportements apparemment "gratuits" ne le sont pas : ils ont, comme le reste des comportements individuels et sociaux, une histoire. Un gouvernement qui traite pendant des années les demandes par des demi-mesures et des reports finit par transformer la rue en seul canal audible. Cela n’absout pas les auteurs d’exactions. Cela explique pourquoi le terrain était favorable.

Quelle est la responsabilité première ?

Politiquement, la responsabilité première incombe à ceux qui détiennent le pouvoir de décision et de budget. Ce n’est pas le gouvernement qui a ordonné la casse. Mais c’est lui qui a eu des années pour investir dans les établissements, réformer en profondeur l’orientation post-bac et répondre aux alertes répétées sur les moyens de l’Éducation nationale. En choisissant de traiter le symptôme plutôt que le fond, il a contribué à rendre la confrontation presque inévitable. Qui sème le vent...

Cette absence de moyens financiers et de volonté politique n’est pas une fatalité. Elle découle de choix. Parmi ceux-ci figure le refus répété d’une fiscalité plus équitable concernant les très hauts patrimoines. La taxe dite « Zucman » - un impôt minimum de 2 % sur le patrimoine net des foyers dépassant 100 millions d’euros, soit environ 1 800 contribuables - a été débattue à plusieurs reprises, votée une première fois à l’Assemblée avant d’être rejetée, puis écartée des budgets successifs, y compris dans les discussions d’octobre 2026. Ses défenseurs estiment qu’elle pourrait rapporter entre 15 et 25 milliards d’euros par an. Ces sommes permettraient notamment de financer massivement la rénovation du bâti scolaire, le recrutement d’enseignants et l’amélioration des conditions d’étude, sans alourdir la charge des classes moyennes et populaires.

Refuser cette piste, année après année, tout en invoquant les contraintes budgétaires pour justifier l’immobilisme sur l’école, constitue une erreur historique. Elle confirme aux yeux d’une partie de la jeunesse - la France de demain - que les priorités de l’État ne sont pas les siennes. Tant que ce décalage ne sera pas comblé par des choix fiscaux et budgétaires cohérents, les conditions d’une nouvelle flambée resteront réunies. 

La casse n’est jamais une solution. Mais le silence prolongé face à des revendications légitimes en est souvent la cause première.

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Les critiques internationales sur le maintien de l’ordre français ne sont pas nouvelles, mais elles se sont nettement intensifiées en octobre 2026 avec le mouvement lycéen. Elles portent principalement sur l’usage disproportionné de la force, l’emploi d’armes dites « intermédiaires » considérées comme particulièrement dangereuses, le traitement des mineurs et le nombre massif d’interpellations.

Human Rights Watch a publié le 14 octobre un texte très critique. L’organisation dénonce le déploiement de forces anti-émeutes lourdement équipées face à des adolescents, l’usage de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes, de matraques et de balles en caoutchouc. Elle cite notamment le cas d’un garçon de 15 ans qui a perdu une main à cause d’une grenade explosive et d’un autre de 14 ans dont la mâchoire a été fracturée par une grenade lacrymogène tirée à bout portant. Human Rights Watch souligne que la grande majorité des manifestations était pacifique et que plus de 6 800 personnes ont été interpellées, dont environ 86 % de mineurs.

Amnesty International a appelé les autorités à « désamorcer les tensions », à protéger le droit de manifester pacifiquement et à cesser le recours disproportionné à la force. Elle a dénoncé des tirs de grenades lacrymogènes jugés imprudents, des balles en caoutchouc ayant causé des blessures graves et des techniques de contrainte brutales à l’encontre de mineurs.

Les Nations unies se sont également exprimées :

- Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a indiqué suivre « avec inquiétude » les incidents et a demandé aux forces de l’ordre de ne pas faire un usage disproportionné de la force tout en respectant le droit de manifester pacifiquement.

- La Rapporteure spéciale sur la liberté d’association et de réunion pacifique a rappelé aux autorités françaises l’obligation de respecter l’intégrité physique de tous les manifestants.

- Des alertes antérieures (Comité des droits de l’homme de l’ONU en 2024, Comité contre la torture en 2025) avaient déjà demandé à la France de réexaminer l’usage des armes intermédiaires, en particulier les grenades explosives et les lanceurs de balles de défense (LBD).

Les points qui reviennent le plus souvent concernant la gestion du maintien de l'ordre en France :

1. L’arsenal « intermédiaire » français est jugé atypique en Europe 

La France est l’un des rares pays d’Europe occidentale à utiliser massivement les LBD (lanceurs de balles de défense, souvent appelés flash-balls) et certaines grenades explosives ou assourdissantes lors de manifestations politiques. Plusieurs chercheurs et organisations soulignent que ces armes sont rarement ou jamais employées dans le maintien de l’ordre au Royaume-Uni, en Italie ou en Allemagne (sauf cas très limités). En Espagne, elles sont autorisées mais ont causé nettement moins de blessures graves. La doctrine française est souvent opposée aux approches de « désescalade » privilégiées en Suède, aux Pays-Bas ou en Allemagne (officiers de dialogue, séparation précoce des groupes violents, recours minimal à la force).

2. Le volume des interpellations

Plus de 6 800 gardes à vue en quelques semaines, dont une très large majorité de mineurs, est jugé excessif. Beaucoup d’organisations y voient une logique de dissuasion plutôt que de poursuite d’infractions individuelles caractérisées.

3. La continuité des critiques

 Ces observations s’inscrivent dans une série d’alertes plus anciennes : Gilets jaunes (2018-2019), Sainte-Soline (2023), émeutes de 2023, etc. La Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe avait déjà recommandé en 2019 de suspendre l’usage du LBD. Le Comité des droits de l’homme de l’ONU a réitéré des préoccupations en 2024.

En résumé, les critiques étrangères convergent sur un diagnostic : la doctrine française de maintien de l’ordre, avec son recours fréquent à des armes potentiellement mutilantes et une approche peu orientée vers la désescalade, produit un niveau de blessures graves (surtout chez les jeunes) que l’on ne retrouve pas à la même échelle dans les autres démocraties européennes. 

Ces critiques sont portées par des organisations de défense des droits humains, des experts de l’ONU et une partie de la presse internationale, et elles se sont particulièrement cristallisées autour du traitement des lycéens en octobre 2026.

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