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👉 Naturalisme Scientifique: ARTICLES (cliquer sur les titres ci-dessous)

  1. Présentation générale (1 et 2)
  2. Libre arbitre : KEZAKO ?
  3. Quelques citations de sceptiques concernant le Libre Arbitre
  4. Philosophie : des questions sans réponses ?
  5. Un Libre Arbitre... nécessaire ?
  6. Peut-on faire... autrement ?
  7. Les hypothèses au fil du Rasoir d'Ockham
  8. Libre Arbitre : une propriété émergente compatible avec la science ?
  9. Penser contre son cerveau
  10. Théorème du Libre Arbitre
  11. Délibération, décision... des preuves de Libre Arbitre ?
  12. Punir, sinon...
  13. Mais alors, sans culpabilité ni punition... que faire ?
  14. Les expertises psychiatriques en justice pénale : un scandale permanent
  15. Limite entre "santé" mentale et "pathologie" mentale
  16. Moi, moi, moi... Ayn Rand, la libertarienne adorée de Trump
  17. La sociologie, poil à gratter politique
  18. L'argument de la conséquence : conséquent ?
  19. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis... nous affirme "librement" Sartre
  20. Blog de Blob
  21. L'émergence de LENIA
  22. Sam Harris, un naturaliste spécialiste des neurosciences
  23. La science peut-elle aider à comprendre - voire infléchir - la moralité humaine ?
  24. Le côté obscur du Libre Arbitre
  25. Si un neuroscientifique nie le libre arbitre, comment peut-il rédiger un texte de consentement éclairé volontaire et proposer de le faire signer ?
  26. Le cerveau humain : normal... mais déficient
  27. Un sacré dilemme pour la "Morale"
  28. Fatalisme ? Fatal eror !
  29. Cellule de Mauthner, mouche... et Libre Arbitre
  30. Religions et enfants
  31. Un psychiatre sceptique du Libre Arbitre... à raison
  32. Steven Pinker nous explique le Libre Arbitre... mais mal
  33. Art, créativité, esthétique et naturalisme
  34. Combien de Mondes ? 8 milliards !
  35. Esthétique, éthique et toc (TikTok ?)
  36. Le peuple a-t-il toujours raison en démocratie ?
  37. Injustice, inégalité. Un traitement simple : les probiotiques !
  38. Immigration ? Emigration ? Remigration ?
  39. Sémantique, affects... politiques
  40. Violence, biais de négativité et extrême droite
  41. Changer les mots ou changer la réalité ?
  42. Banalité du mal
  43. Histoire : ni fierté, ni honte
  44. Chaos, entropie, origine de la vie.... et Dieu
  45. Bon Dieu, mais c'est bien sûr !
  46. Séparer l'Homme de l'Œuvre ?
  47. Du pain et des jeux
  48. Wokisme et cancel culture
  49. Ame : la controverse
  50. Corrélation ou causalité : l'embrouille !
  51. Dennet et le compatibilisme
  52. Economistes fous
  53. Autain contre Fourest : me too
  54. Le cas Kane
  55. Rapport XZTF22
  56. Searle, arc en ciel et... Libre Arbitre
  57. Saucisse de Frankfurt et courant alternatif
  58. Peter van Inwagen ne sait pas ce qu’est le Libre Arbitre... mais il y croit ! 
  59. Au royaume des fous furieux 
  60. Dignité humaine
  61. L'humain : un "robot" biologique ?
  62. Libre arbitre et intention
  63. Une Liberté à géométrie variable
  64. Philosophie "expérimentale"
  65. Experts, compétence et idéologie
  66. Dieu est mort... mais le cadavre convulse
  67. Nationalisme versus mondialisme
  68. Neuro... politique
  69. Le corbeau croasse et l'Homme croit
  70. Phénoménologie : une arnaque phénoménale ?
  71. Libet et la liberté (de la volonté) : encore une contrariété !
  72. La démocratie "travaillée" à la tronçonneuse façon Milei !
  73. MISTRAL souffle sur le libre arbitre ontologique... et le fait disparaître !
  74. Vous ne trouvez pas qu'il commence à faire un peu chaud ?
  75. Sophisme, quand tu nous tiens !
  76. Mais comment peut-on être de droite ? 
  77. La République des juges ?
  78. Alors, les religions : bon ou pas bon ?
  79. Pourquoi l’IA est-elle haïe ?
  80. Eliminons ?
  81. Qualia : voilà une question qu'elle est bonne !
  82. Qui mérite quoi ?
  83. Liberté d'expression
  84. Lucrèce : qui dit mieux ? Marc Aurèle ? Spinoza ?
  85. Coopération versus Trahison
  86. La Boussole de la Raison !
  87. Daniel Andler et la tentative de "dissolution" du libre arbitre !
  88. Matérialisme versus naturalisme 
  89. Sapolsky ! Enfin !!!!!!!!!!!!! 
  90. En avoir ou pas... des enfants
  91. Déterminisme ou superdéterminisme ?
  92. Manifeste déterministe et proposition de loi
  93. Sarko en prison ?
  94. Les patrons créent l'emploi ?
  95. Du chaos déterministe au hasard quantique : que reste-t-il du libre arbitre ?
  96. Conception actuelle de la Justice : incohérence à tous les étages !
  97. Morale / géopolitique : une confrontation inévitable ?
  98. Syndrome du hérisson et libre arbitre
  99. Peuple(s) "élu(s)" ?  
  100. Elon Musk : matérialiste ?
  101. Animal et animal... humain 
  102. Je résiste à tout... sauf au Chamallow 
  103. Humanité immature ?
  104. Intelligence collective et libre arbitre individuel
  105. La tentation techno-fasciste
  106. Hubris Urbi et Orbi
  107. Leçon de morale par Dominique de Villepin
  108. Misère de la métaphysique 
  109. Vie personnelle et naturalisme
  110. Entre chèvre et choux 
  111. Refondation de la responsabilité morale et du droit

Présentation générale (1)

L'idéologie - terme bien trop souvent considéré négativement - est à nouveau l'éléphant au milieu de la pièce, notamment dans le contexte géopolitique actuel. 


De fait, entre spiritualisme (idéalisme) et naturalisme (matérialisme), il faut nécessairement "choisir" !
Que ce choix soit pleinement conscient ou non... (voir "MATÉRIALISME ou IDÉALISME" ?)

C'est ce que nous dit d'ailleurs Blaise Pascal, à raison : 

« Le juste est de ne point parier. Mais il faut parier. 
Cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. »

Le naturalisme scientifique, également appelé physicalisme ou matérialisme scientifique, est une démarche philosophique - que l'on doit notamment au philosophe David Hume ("Traité de la nature humaine" - 1739*) - qui postule que tous les phénomènes observables dans l'univers, incluant les objets physiques, les propriétés mentales, les processus cognitifs et les expériences subjectives, les interactions sociales etc. peuvent être en principe expliqués exclusivement par des lois naturelles et des processus physico-chimiques (voir l'ouvrage de Daniel Martin).
N.B : le matérialisme du point de vue philosophique n'a rien à voir avec le matérialisme en tant que consumérisme !

Pour le philosophe Miguel Espinoza : 

« Concernant le naturalisme réaliste universel, la nature est un réseau compact de causes multiples et variées »

Autrement dit, rien n'existe hors du cadre de la nature et de la physique (déterministe et indéterminisme quantique), soit une position opposée au spiritualisme ou à l'idéalisme
Ce qui n'implique pas pour autant une "sacralisation" de la science qui se voudrait la nouvelle religion "positiviste" : la recherche des lois naturelles est laborieuse, exigeante, évolutive... à l'inverse des textes "sacrés" "révélés", datés, contradictoires et figés pour l'éternité... mais riches d'exégèses diverses destinées à atténuer  - à l'aune de notre morale actuelle - les horreurs "divines" des textes fondateurs.

Donc dans la conception philosophique naturaliste (matérialiste), toute action, pensée, intention, sensation etc. est le fruit des déterminations et indéterminations diverses (internes et externes à l'individu), en interactions permanente dans le cadre de la survie (théorie de l'évolution). Ce qui exclut toute possibilité de libre arbitre humain "réel" (ontologique), l'un des sujets les plus prégnants de l'humanité (voir "Libre arbitre : QUEZACO ?")

Et l'on ne peut pas faire l'économie de cette question de fond. Dans la vie quotidienne, il est indispensable de prendre des décisions et d'adopter des positions, même face à des questions complexes. L'hypothèse - de loin la plus crédible - est celle où la sensation de libre arbitre est une émergence de processus déterministes du cerveau, façonnée par l'évolution pour améliorer notre survie et notre capacité à naviguer dans des environnements sociaux complexes. Cette conception philosophique et scientifique permet d'expliquer comment nous percevons notre capacité à faire des choix tout en reconnaissant que ces choix sont déterminés par des facteurs génétiques et environnementaux. Cela suggère que, bien que nous ressentions une forme de liberté, celle-ci est en fait encadrée par des déterminismes sous-jacents, connus ou inconnus.

Le "cogito ergo sum" cartésien s'inverse et devient "sum ergo cogito" dans une vision naturaliste scientifique où l'existence est "première" et la pensée une "produit" - une propriété émergente - de l'existence ; non l'inverse. Descartes a séparé l'esprit du corps dans une dualité que scientifiquement plus personne ne reconnaît mais qui reste au cœur du concept de libre arbitre ontologique, alors que pour le Naturalisme Scientifique, tout provient du corps - esprit compris - en interaction avec l'environnement.

Quelle réponse avez-vous à cette question cruciale : comment se fait-il que des spécialistes de tous domaines (philosophie, justice, économie, politique, sciences sociales...), bardés pourtant des mêmes diplômes, en viennent à prononcer des avis contraires, des convictions différentes si un libre arbitre survolait les déterminants de toutes sortes et avait le dernier mot d'un spécialiste à l'autre, indépendamment des diverses déterminations non choisies librement ? Tout le monde devrait être d'accord sur tout si ce libre arbitre était équitablement partagé et tout puissant chez les humains (à l'exceptions des malades mentaux qui n'en auraient plus ?). Et comme personne (ou presque) n'est d'accord avec son voisin, cela reviendrait à penser qu'il existerait autant de "libres arbitres" (LA) que d'individus ? Certains en auraient "beaucoup", d'autres moins... Ce qui, de fait, ressemble fort à un... déterminant ; soit l'inverse du LA qui devrait être la chose la mieux partagée chez l'humain pour les tenants de cette chimère ! 
Un peu comme " l'Esprit SAINT" - censé guider les cardinaux pour le meilleur choix de Pape - et qui leur souffle à l'oreille des noms différents. D'où des fumées noires pendant quelque jours voire semaines... Joueur cet Esprit SAINT ! A moins que ce ne soient les déterminations cardinales différentes qui s'affrontent ? En fait, pas plus que les malades mentaux, les humains "normaux" et les cardinaux n'ont une faculté proprement surnaturelle, Libre Arbitre ou Esprit SAINT, en contradiction frontale avec les lois naturelles qui gouvernent toute matière ; cerveau compris

Cette perspective n'élimine pas pour autant l'importance de la responsabilité et de l'éthique dans nos actions. Au contraire, elle nous pousse à être plus compassionnels et compréhensifs envers les circonstances déterminantes des autres (humains comme animaux), tout en cherchant des moyens d'améliorer l'équité et la justice dans la société.

Au moment historique où se développent des concepts aussi aberrants que celui des vérités alternatives, des post-vérités où chacun s'enferme dans sa bulle de convictions irrationnelles ("grâce" aux réseaux sociaux notamment), la recherche d'un socle commun des réalités semble une nécessité urgente et absolue dans le cadre d'une laïcité étendue et d'un contrat social acceptable par tous. La science s'est construite contre le "sens commun", contre les vérités et idées reçues, mais on n'a toujours pas actualisé le corpus psychologique et intellectuel correspondant. On continue de penser et de parler comme Aristote ! (voir https://www.youtube.com/watch?v=oKUOFUlUTsY).

Soit l'importance d'un universalisme inclusif - qui ne nie pas les identités - mais qui abandonne les énoncés métaphysiques (transcendance / ontologie / qu'est-ce que l'être ? / quelle est la nature de la réalité ? / dieu existe-t-il ? / l'âme est-elle immortelle ? etc.), soit autant d'entités contradictoires, non vérifiables empiriquement dans le cadre de notre vie commune.

Pourrait-on enfin focaliser notre réflexion sur ce que l'on sait plutôt que sur ce que l'on ne sait pasCar le choix entre spiritualisme et matérialisme est tout sauf une discussion de salon en fin de soirée. Les conséquences sont "déterminantes" pour l'humanité et son écosystème à l'heure de la bombe nucléaire, des massacres en tous genres, du "moi d'abord" contre tous les autres.

Nos pires erreurs ne découlent pas de ce que nous ne savons pas, mais de ce que nous sommes persuadés de savoir. Sans omettre le fait qu'une théorie scientifique puisse avoir des conséquences qui choquent nos convictions ou qui contredisent nos valeurs, mais ce n'est pas pour autant une raison suffisante de la rejeter.

"La science n'est pas une illusion... et ce serait une illusion de croire que nous puissions trouver ailleurs ce qu'elle ne peut pas nous donner" (S. Freud)

Ci-dessous un vidéo de Présentation générale (1) suivie  d'une seconde partie (Présentation générale 2) concernant les conséquences sociales, économiques, politiques, judiciaires etc. de cette approche philosophique et scientifique permise par le naturalisme scientifique.

Autre possibilité : voir la chaîne Youtube présentant 9 vidéos.

Bonne lecture !

Cliquer sur le carré en bas à droite de l'écran vidéo 
pour la voir en plein écran



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"Présentation générale 2"
Dans cette vidéo, il sera question des conséquences du Naturalisme Scientifique. 


Si vous souhaitez avoir - en 2 heures - une vision d'ensemble sur ce problème de fond philosophique et scientifique concernant le libre arbitre, voici une vidéo anglophone (traduction française possible). Notons que le terme de responsabilité humaine énoncé dans cette vidéo ne fait pas la distinction, pourtant absolument nécessaire, entre la culpabilité (l'individu pourrait faire "autrement" que ce qu'il fait) et la responsabilité interindividuelle et sociale qui doit être conservée, sans punition (voir Naturalisme Scientifique: Mais alors, sans culpabilité ni punition possible... que faire ?).


Terminons sur une petite note d'humour avec cette vidéo du trop méconnu Didier Bénureau et ses 400.000 francs : une ode à la survie au sens large
Survie qui passe ici par l'accumulation de pâtes en vue de pénuries possibles (guerre etc.) ; rivalités et "distinction" afin de s'extraire de la "masse" en montrant sa supériorité... 
Au delà du sketch, cette survie à tout prix est omniprésente dans les concepts humains de moralité, de justice, de droit, de solidarité, des sciences (biologie et psychologie évolutionnaires, médecine...), des religions (vie éternelle) etc. 
Toute vie humaine (et animale) est peu ou prou centrée sur cette recherche permanente de la survie. 
C'est globalement ce que ce blog tente humblement d'explorer 😇


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Et pour aller plus loin, le livre "La dernière blessure" 
centré sur la notion du libre arbitre (illusoire)... 
en cliquant sur l'image ci-dessous


Refondation de la responsabilité morale et du droit

 Résumé

Les avancées récentes en neurosciences cognitives, notamment les approches en connectomique et en étude de l’agentivité, remettent en question la conception traditionnelle du libre arbitre ontologique. Les données empiriques suggèrent que les processus décisionnels humains émergent de réseaux cérébraux distribués, modulés par des causes biologiques, psychologiques et environnementales. Cet article examine les implications de ces résultats pour la responsabilité morale et les systèmes juridiques contemporains. Il soutient que, si la culpabilité métaphysique devient indéfendable, une responsabilité sociétale fonctionnelle demeure nécessaire. Une transition vers un modèle fondé sur la compréhension causale, la régulation et la prévention est ici proposée.


La notion de libre arbitre occupe une place centrale dans les systèmes moraux et juridiques occidentaux. Elle fonde l’idée selon laquelle les individus sont des agents autonomes, capables de choisir librement leurs actions et, par conséquent, potentiellement "coupables" de celles-ci ("il aurait pu faire autrement que mal").

Cependant, les avancées en neurosciences remettent en cause cette conception. Les recherches contemporaines suggèrent que les décisions humaines sont le produit de processus neuronaux déterminés ou fortement contraints, ce qui fragilise fondamentalement l’idée d’un agent causal indépendant de tout déterminant externe comme interne.

Cet article vise à analyser ces résultats et à en tirer les conséquences pour la responsabilité morale et le droit.

La volonté comme processus cérébral distribué

Les travaux récents en neuroimagerie montrent que la volition ne repose pas sur une structure cérébrale unique, mais sur un réseau distribué impliquant notamment :

  • le cortex préfrontal (planification et décision),
  • le cortex pariétal (intégration sensorimotrice),
  • l’aire motrice supplémentaire (initiation de l’action),
  • les structures sous-corticales (motivation).

Haggard (2017) propose ainsi une conception de l’agentivité comme propriété émergente de systèmes neuronaux interconnectés.

Connectome et volition

L’étude de Darby et al. (2018), utilisant le lesion network mapping, montre que des lésions cérébrales distinctes affectant la volonté ou l’agentivité appartiennent à un même réseau fonctionnelCette approche connectomique suggère que la volonté est une fonction distribuée, dépendant de l’intégrité d’un réseau plutôt que d’une région isolée.

Antériorité neuronale de la décision

Les expériences initiées par Libet et revisitées par Maoz et al. (2019) montrent que l’activité cérébrale précédant une décision est détectable avant la prise de conscience subjective de celle-ci.

Ces résultats indiquent que :

  • la décision émerge de processus inconscients,
  • la conscience jouerait un rôle de validation / interprétation a posteriori

Dissociation entre action et agentivité

Des études sur les illusions d’agence et certaines pathologies (ex. syndrome de la main étrangère) montrent que :

  • une action peut être produite sans sentiment d’agentivité,
  • à l'inverse, un sentiment d’agentivité peut exister sans causalité réelle.

Chambon et al. (2018) concluent que l’agentivité est une construction cognitive, dépendante de mécanismes interprétatifs.

Implications philosophiques : critique du libre arbitre ontologique

Les données neuroscientifiques convergent vers une remise en cause du libre arbitre ontologique, défini comme la capacité d’un individu à être une cause première de ses actions.

Si les décisions résultent de processus causaux, alors l’individu ne peut être considéré comme indépendant des déterminants et la notion de culpabilité ultime devient problématique.

Pereboom (2001) défend ainsi une position sceptique selon laquelle la culpabilité au sens rétributif (punition) est injustifiée. Sapolsky (2023) prolonge cette critique en s’appuyant sur les données biologiques et comportementales.

Érosion de la responsabilité rétributive

La responsabilité fondée sur le mérite moral (“l’individu mérite de souffrir”) repose sur l’idée qu’il aurait pu agir autrement. Or, si les comportements sont causés, cette justification devient impossible à soutenir. La culpabilité métaphysique perd alors toute cohérence.

Mais maintien d’une responsabilité fonctionnelle

Malgré cela, la notion de responsabilité demeure nécessaire. Dennett (2003) propose une conception compatibiliste dans laquelle la responsabilité est définie par :

  • la sensibilité aux raisons,
  • la capacité d’apprentissage,
  • l’intégration dans un système social.

Dans cette perspective, la responsabilité est un outil de régulation, non une sanction morale ultime.

Mais Dennett sauve ainsi un semblant de culpabilité au prix d’un déplacement du problème plutôt que de sa résolution (voir "Dennet et le compatibilisme"). D'autres oscillent entre libre arbitre personnel... qu'ils n'accordent pas aux autres (???) (voir "Entre chèvre et choux"). 
Comprenne qui pourra.

Critique du modèle pénal rétributif

Le modèle pénal classique repose largement sur la punition comme réponse à la faute. Si la faute est reconceptualisée comme produit de causes, ce modèle perd sa justification fondamentale.

La peine de mort constitue un cas extrême :

  • elle repose souvent sur une logique rétributive,
  • elle est irréversible,
  • elle n’apporte pas de bénéfice dissuasif clairement établi (National Research Council, 2012 ; Hood & Hoyle, 2015).

Vers un modèle préventif et régulateur

Un système juridique cohérent avec les neurosciences devrait viser la protection de la société, la réduction du risque de récidive, la réhabilitation des individus (voir "Mais alors... que faire ?").

Cela implique :

  • des interventions ciblées sur les causes comportementales,
  • une réduction du rôle du blâme moral,
  • le développement de la justice restaurative.

Intégration progressive des neurosciences

Les systèmes juridiques intègrent déjà certains éléments neuroscientifiques :

  • atténuation de responsabilité en cas de troubles neurologiques,
  • prise en compte des capacités de contrôle.

Ces évolutions suggèrent une transition progressive vers une conception plus causale de la responsabilité.

Vers un nouveau paradigme moral

L’abandon du libre arbitre ontologique ne conduit pas à l’abolition de toute norme sociale, mais à une transformation de leur fondement.

Ce changement implique :

  • le passage du blâme à la compréhension,
  • la substitution de la punition par la régulation,
  • une redéfinition de la dignité humaine comme indépendante des actions.

Cependant, ce paradigme se heurte à des résistances psychologiques et culturelles, notamment liées au rôle des émotions (colère, vengeance) dans la régulation sociale.

Conclusion

Les neurosciences contemporaines fournissent des arguments puissants contre l’existence d’un libre arbitre ontologique. Elles montrent que la volonté et l’agentivité sont des constructions cérébrales, dépendantes de processus causaux.

Ces résultats invitent à repenser en profondeur la responsabilité morale et les systèmes juridiques. Une approche fondée sur la compréhension des causes, la prévention et la régulation apparaît plus cohérente avec les connaissances actuelles.


Le véritable défi n’est pas scientifique, mais culturel : intégrer ces résultats dans les pratiques sociales et institutionnelles quand on connait la propension évolutive ancestrale des humains à la vengeance et au plaisir de punir.

Quant aux philosophes qui se disent "matérialistes", qui devraient donc réactualiser leurs conceptions à la faveur des découvertes scientifiques - car les faits sont des plus têtus -, vont-ils promouvoir un jour ce changement majeur de paradigme ? 

S'il n'en sont pas coupables / capables, ils n'en restent pas moins responsables.


Références

  • Chambon, V., Sidarus, N., & Haggard, P. (2018). From action intentions to action effects: how does the sense of agency come about? Neuroscience & Biobehavioral Reviews.
  • Darby, R. R., et al. (2018). Lesion network localization of free will. Proceedings of the National Academy of Sciences.
  • Dennett, D. (2003). Freedom Evolves. Viking Press.
  • Haggard, P. (2017). Sense of agency in the human brain. Nature Reviews Neuroscience.
  • Hood, R., & Hoyle, C. (2015). The Death Penalty: A Worldwide Perspective. Oxford University Press.
  • Maoz, U., et al. (2019). Free will, neuroscience, and philosophy. Trends in Cognitive Sciences.
  • National Research Council. (2012). Deterrence and the Death Penalty. National Academies Press.
  • Pereboom, D. (2001). Living Without Free Will. Cambridge University Press.
  • Sapolsky, R. (2023). Determined: A Science of Life Without Free Will. Penguin Press.

Vie personnelle et naturalisme

La très grande majorité des humains est « compatibiliste » par défaut ; en fait spiritualiste sans le savoir, puisque nos contemporains conviennent (à tort) de l’existence d’un Libre Arbitre métaphysique mélangé aux déterminants de toutes sortes. 

Cette position idéologique spiritualiste est des plus incertaines, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais « L’œil ne voit que ce que l’esprit est prêt à comprendre » nous disait Henri Bergson.

Pour ceux qui le peuvent, le passage d’un paradigme spiritualiste par défaut au paradigme naturaliste n’est pas sans modifier la compréhension du monde, de soi-même et des autres. En particulier, penser que nous sommes coupables - et non seulement responsables de nos pensées et actions - nous autorise à blâmer l’autre et à nous flageller en permanence.

Fort heureusement, quelques philosophes, comme Baruch Spinoza et Gaston Bachelard, nous permettent de nous délivrer des passions tristes et de penser contre notre cerveau bardé d’idées reçues, convenues et fausses, en prenant conscience autant qu’il est possible de nos biais cognitifs et autres dissonances. Parmi les passions tristes, la haine et son cortège ancestral actualisé chaque jour de conflits géopolitiques et de guerres à connotation spiritualiste / religieuse est probablement ce que l’humanité a de plus urgent à régler. Mais croire que l’autre est coupable a priori et qu’il faut le punir (« si tu ne sais pas pourquoi, lui, il le sait ») ne permet jamais de résoudre les travers d’une morale héritée du Pléistocène.

Dans le cadre de nos relations entre proches, le naturalisme devrait nous conduire à une communication assertive et non violente qui demande quelques efforts, tout au moins au début, tant nos comportements sont « dépendants du sentier » que l’on nous a fait parcourir depuis l’enfance.

L’ensemble de ces valeurs naturalistes devrait nous conduire également à des engagements en termes de curiosité - notamment scientifique -, à l’exploration de la réalité sans convoquer un surnaturel quelconque, à la préservation de notre écosystème (pas de planète de rechange) et à la protection des humains et du vivant.

Cerise sur le gâteau : un naturaliste ne vous en voudra jamais de rester spiritualiste malgré tous les arguments abordés dans les différents textes et vidéos de ce blog... puisque vous êtes déterminés. 

Ci-dessous quelques précisions et réflexions complémentaires concernant la « vie personnelle » dans un univers naturaliste (environ 15 minutes de lecture).


Entre chèvre et choux

L'imagination humaine semble incommensurable.

Le compatibilisme (lois naturelles et libre arbitre sont "compatibles") fait partie de la bêtise humaine régnante (Voir Dennet et le compatibilisme) : tout est bon pour tordre logique et cohérence pourvu que l'on puisse punir sans remords. 

Voici un exemple de tambouille indigeste proche du compatibilisme proposée par Lorimer Olsson dans son "Libre arbitre et responsabilité morale" (2025) :

"Au niveau personnel, croire en son propre libre arbitre semble très bénéfique. Des études empiriques montrent que le maintien d'un sentiment d'agentivité renforce la maîtrise de soi, la persévérance et le comportement moral (Vohs & Schooler, 2008, p. 49 ; Baumeister et al., 2009, p. 267). Des philosophes comme Kant nous rappellent que cette croyance est également fondamentale pour notre sentiment d'autonomie rationnelle. Par conséquent, je préconise que les individus continuent de croire au libre arbitre personnel, ou du moins de vivre comme s'il existait, pour son utilité psychologique.

 En revanche, concernant le libre arbitre d'autrui, les résultats semblent inciter à la prudence. Considérer les personnes comme des agents est important pour favoriser le respect mutuel et l'engagement moral (Strawson, 1993, cité dans Shabo, 2012, p. 100-101). Toutefois, cette approche doit être nuancée par une compréhension des complexités en jeu.

Je préconise une position modérée : utiliser la croyance en la capacité d’agir d’autrui pour orienter les attentes et la responsabilité, mais s’abstenir de l’utiliser comme prétexte à des reproches excessifs. En pratique, cela pourrait signifier accorder aux gens le bénéfice du doute et se concentrer sur la caractérisation des comportements plutôt que sur leur condamnation. Ainsi, la croyance en le libre arbitre d’autrui est utile sous certaines conditions, un fondement pour l’éthique et la confiance, mais non un permis pour l’intolérance.

Enfin, au niveau institutionnel, je soutiens que la croyance au libre arbitre ne devrait pas servir de fondement aux politiques publiques. Les lois et les politiques sociales devraient plutôt s’appuyer sur la causalité, l’équité et une psychologie réaliste. L’héritage rationaliste des Lumières nous incite à rechercher des explications fondées sur des preuves et un traitement équitable plutôt que des notions métaphysiques de mérite. Fonder la justice pénale sur la notion de libre arbitre a conduit à des peines excessives. À l'inverse, la reconnaissance des déterminants du comportement favorise la justice et la  réhabilitation (Martin et al., 2017, p. 4).

De même, en matière d'éthique environnementale, la voie peut sembler partagée. Si le réenchantement (attribuer une agentivité à la nature) peut enrichir les valeurs publiques et motiver la conservation, il devrait lui aussi être guidé par une compréhension scientifique. Cependant, les politiques qui respectent la nature pour elle-même pourraient également le faire pour des raisons écologiques claires, et non par de simples croyances romantiques. Rétrospectivement, notre désenchantement passé envers la nature semble plus arrogant que scientifique.

En bref, je rejoins l'avis de Jeppsson (2023, p. 78-80), qui souligne que les institutions devraient privilégier leur responsabilité factuelle plutôt que de chercher à blâmer leurs sujets en se basant sur des concepts de libre arbitre ou d'absence de libre arbitre. 

En conclusion, cette analyse souligne que les êtres humains gèrent différentes « vérités » selon les domaines. Croire au libre arbitre fonctionne comme une fiction motivante au niveau individuel ; un mythe utile qui soutient l’initiative personnelle. Dans nos interactions avec autrui, nous nous appuyons sur le concept de la capacité d’agir d’autrui pour naviguer dans l’éthique, tout en faisant preuve d’empathie et de retenue. Quant au niveau institutionnel, nous devrions privilégier un cadre de résolution de problèmes : un cadre qui prenne en compte les limitations humaines et les causes externes lors de l’élaboration des lois et des politiques. Cette approche flexible nous permet d’exploiter le pouvoir psychologique de la croyance au libre arbitre lorsqu’elle nous est bénéfique, et de la mettre de côté lorsqu’elle entrave le progrès social."

En quelques mots : oui pour croire à son propre libre arbitre... mais non en ce qui concerne celui des autres ! Vous cherchez la cohérence du propos ? Plutôt une tentative dérisoire de ménager la chèvre et le choux, une position instable, indéfendable du point de vue tant philosophique que scientifique.

Car au niveau personnel, il n’est pas nécessaire de postuler l’existence d’un libre arbitre métaphysique pour expliquer l'action humaine. Les recherches en psychologie et en neurosciences montrent que les individus possèdent des capacités réelles de régulation comportementale, de planification et d’adaptation aux normes sociales. Le sentiment d’agentivité - le fait de se percevoir comme auteur de ses actions - constitue un phénomène psychologique robuste, qui peut être compris comme une fonction cognitive utile, issue de processus cérébraux déterminés dans le cadre de l'évolution et de la survie à tout prix.

Les individus agissent en fonction de causes internes et externes déterminées, mais disposent néanmoins de mécanismes de contrôle, d’apprentissage et de modulation de leur comportement également déterminés. Cette approche permet de préserver les effets bénéfiques associés à l’autodiscipline et à la motivation, sans recourir à des hypothèses métaphysiques non étayées.

Dans les relations interpersonnelles, il est également inutile de supposer un libre arbitre absolu pour fonder l’éthique. Les pratiques sociales telles que la responsabilité, la confiance ou le respect peuvent être comprises comme des outils régulateurs qui influencent efficacement les comportements. Attribuer une responsabilité à autrui ne revient pas à affirmer une indépendance causale, mais à reconnaître que les individus sont généralement sensibles aux normes, aux attentes et aux conséquences de leurs actes, et que ceux qui ne possèdent pas cette sensibilité attendue par la société ont quelques déterminants différents de leurs congénères.

Une compréhension naturaliste implique de tenir compte des déterminants du comportement : facteurs biologiques, environnementaux, sociaux et historiques. Cela conduit à une attitude où la responsabilité est maintenue comme instrument social, mais accompagnée d’une attention accrue aux conditions ayant produit les actions. On privilégie alors l’explication des comportements et leur transformation, plutôt que leur simple culpabilisation et condamnation.

Au niveau institutionnel, une approche naturaliste conduit à fonder les politiques publiques sur les connaissances scientifiques relatives au comportement humain. Les systèmes juridiques et sociaux gagnent à être conçus comme des mécanismes de régulation et de prévention, plutôt que comme des dispositifs de rétribution fondés sur une culpabilité métaphysique tombée du ciel. Celui-ci doit être durement puni car son libre arbitre était entier lors de son crime ; cet autre n'avait qu'un chouia de libre arbitre quand il a volé son voisin ? Sur quelles bases appuyer ce charabia ? (voir Un scandale permanent).

Dans cette perspective, les sanctions peuvent être justifiées par leurs effets - dissuasion, protection de la société, réhabilitation - et non par l’idée que les individus auraient pu agir autrement. Une telle approche favorise des politiques plus efficaces et plus équitables, en intégrant les déterminants réels des conduites humaines (Voir "Mais alors, sans culpabilité ni punition possible...que faire ?").

En matière d’éthique environnementale, une compréhension naturaliste invite également à éviter le recours à des projections anthropomorphiques, telles que l’attribution d’une agentivité à la nature. La protection de l’environnement peut être solidement fondée sur des connaissances écologiques, sur la reconnaissance de notre interdépendance avec les systèmes naturels, et sur les conséquences mesurables des dégradations environnementales. Les motivations à agir peuvent ainsi s’appuyer sur des bases empiriques et rationnelles, sans nécessiter de croyances supplémentaires (voir Rasoir d'Okham).

En conclusion, une approche naturaliste unifiée permet de se passer du concept de libre arbitre métaphysique tout en conservant ce qui en faisait la valeur fonctionnelle. Les êtres humains apparaissent comme des systèmes complexes, capables de régulation, d’apprentissage et de sensibilité aux normes. Les pratiques individuelles, sociales et institutionnelles peuvent alors être organisées autour de cette compréhension : encourager les comportements souhaitables, expliquer les conduites problématiques, et concevoir des interventions efficaces.

Plutôt que d’entretenir une croyance incertaine pour ses effets supposés, cette approche mise sur une connaissance plus précise de l’humain, capable de produire des bénéfices supérieurs en termes de responsabilité, de coopération et de progrès social.

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Misère de la métaphysique

... ou quand l’Éther se prend les pieds dans le tapis

Quelques définitions outragement simples :

  • La Physique décrit comment le monde fonctionne.
  • La Métaphysique interroge ce que signifie “avoir un monde qui fonctionne ainsi”.
  • L'Ether a été postulé par des scientifiques comme un milieu invisible remplissant tout l'espace (concept métaphysique devenu scientifique), puis finalement écarté lorsque la physique a montré qu’il n’était plus nécessaire.

Pendant des millénaires, la métaphysique s’est montrée dans les salons de l’esprit dans une toge d’invisibilité, prétendant expliquer le « pourquoi » alors que la science devait se contentait du laborieux « comment ».

Mais aujourd'hui, le constat est plutôt cruel : face à la solidité de l’atome et la rigueur des lois de la nature, la métaphysique ressemble de plus en plus à un invité qui refuse de partir alors que la fête est finie et les lumières éteintes.

La métaphysique, c’est le vertige du rien parfaitement emballé. C'est l'art de chercher un chat noir dans une pièce sombre où il n'y a pas de chat, et de s'écrier : « Je l'ai attrapé ! ». Là où le naturalisme scientifique s'appuie sur des faits observables, la métaphysique survit grâce à l'élasticité protéiforme de son vocabulaire.

Comme le notait le philosophe David Hume dans son Enquête sur l'entendement humain (1748) :

« Si nous prenons en main un volume quelconque, de théologie ou de métaphysique scolaire, par exemple, demandons-nous : Contient-il des raisonnements abstraits sur la quantité ou le nombre ? Non. Contient-il des raisonnements expérimentaux sur des questions de fait et d'existence ? Non. Alors, confiez-le aux flammes, car il ne peut contenir que sophistique et illusion. » (Enquête sur l'entendement humain -1748)

Si l’on ne peut ni mesurer, ni tester les hypothèses contradictoires de la métaphysique, c'est probablement de la poésie qui s'ignore. On ne peut rien en déduire concernant les conduites humaines souhaitables ; ce qui n’empêche nullement de faire par ailleurs de la poésie.

La science est un bulldozer lancé contre l'immatériel. Le problème du métaphysicien est que son terrain de jeu rétrécit à mesure que le télescope s'allonge. On croyait en une « âme » d’essence divine, positionnée dans la glande pinéale selon Descartes (?) et, qui plus est, immortelle. Cette illusion métaphysique n’est plus de mise dans le monde scientifique actuel qui s’intéresse plutôt aux circuits neuronaux. Comme d’habitude dans ce type d’évolution de la pensée, l’âme a disparu au profit des « qualia » (voir Une question qu'elle est bonne), un nouveau sujet de discussions métaphysiques à perte de vue.

Le naturalisme scientifique n'a pas besoin de « cause première » ou de « moteur immobile » pour faire tourner l’univers. Friedrich Nietzsche résumait ainsi la chose (Humain, trop humain) :

« On a toujours besoin de la métaphysique pour le monde de l'apparence, mais dès qu'on s'occupe de la réalité, elle devient un luxe inutile. »

Le scepticisme moderne, porté par le Cercle de Vienne, a porté l'estocade qui se voulait finale en suggérant que les questions métaphysiques ne sont pas fausses, elles sont juste dénuées de sens


Le philosophe analytique Rudolf Carnap
 (ci-dessus) comparait les métaphysiciens à des « musiciens sans talent musical ». Ils essaient d'exprimer une émotion face à la vie, mais au lieu de composer une symphonie, ils créent des théories qui ne font que ressembler à de la connaissance. Selon Carnap, affirmer que « l'Absolu est inconditionné » revient à dire « Bloup est gloup » : c'est grammaticalement correct, mais ça n'aide pas à comprendre quoi que ce soit.

 La métaphysique a pourtant eu son utilité : elle a gardé la place chaude en attendant que la méthode scientifique - fille de la philosophie - arrive avec sa boîte à outils. Mais aujourd'hui, persister à vouloir expliquer l'univers par la seule force de la pensée pure, c'est un peu comme essayer de ralentir la course de la lune en la regardant fixement.

Les lois de la nature n'ont pas besoin d’une « Essence » pour fonctionner ; elles se contentent de leur efficacité brute. La métaphysique peut être consolation, un joli conte de fées pour adultes qui ont peur du vide, voire un prolongement de la métaphysique du Père Noël… Mais face au réel, réfléchir à partir de ce que l’on sait (sciences / naturalisme scientifique) semble plus pertinent, plus rationnel et plus efficace que de réfléchir à partir de ce que l’on ne sait pas (métaphysique / spiritualisme ou idéalisme).

Préparez-vous : c'est le moment où l'on explique au scientifique que son microscope est lui-même une construction mentale. Si la science est un bulldozer, la métaphysique est le sol sur lequel il roule. Sans elle, le conducteur ne sait même pas s'il existe, ni si le béton est bien « réel ». La première riposte des métaphysiciens est un retour à l'envoyeur. Le naturaliste affirme : "Seules les propositions vérifiables par l'expérience ont un sens"Problème : Cette phrase elle-même n'est pas vérifiable par l'expérience ! C'est donc bien une position métaphysique !

Comme le souligne Karl Popper :

« Le scientisme est la croyance dogmatique en l'autorité de la méthode scientifique. Or, cette croyance ne peut pas être prouvée par la méthode scientifique elle-même. »

Idée que l’on pourrait - un peu sauvagement certes - rapprocher des théorèmes de Kurt Gödel concernant la logique mathématique. Karl et Kurt soulignent ici une limite fondamentale : un système ne peut pas valider ses propres fondements. En clair : le naturalisme serait une métaphysique qui a honte d'elle-même. C'est un club privé qui décrète que seuls les membres du club ont le droit de parler de la réalité. Le scientifique observe des lois. Mais pourquoi ces lois sont-elles là ? La science décrit les régularités, mais elle est muette sur la provenance et la nécessité de ces lois.

C'est ici que Gottfried Wilhelm Leibniz surgit de sa tombe avec sa terrible question :

« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

Le naturaliste répond généralement par un haussement d'épaules ou en parlant de "fluctuations quantiques du vide". Ce à quoi le métaphysicien rétorque : « Très bien, et d'où viennent les lois qui régissent vos fluctuations ? ». C'est le jeu du "Pourquoi ?" infini, où la métaphysique semble gagner quelques points par lassitude de l'adversaire scientifique.

La métaphysique jubile en avançant que l’on peut scanner un cerveau sous toutes les coutures, identifier chaque neurone qui s'allume quand vous mangez une fraise, on n'aura jamais l'explication de l'effet que cela fait (qualia) de manger une fraise. C'est ce que le philosophe David Chalmers appelle le « problème difficile de la conscience » ("Hard Problem"). La science explique les fonctions, mais elle bégaye devant l'expérience subjective. Vous pouvez connaître toute la neurobiologie de la douleur, vous n'avez toujours pas expliqué pourquoi "elle fait mal".
Pour le métaphysicien, le naturalisme est comme un aveugle qui expliquerait la théorie des couleurs avec des équations : il a la structure, mais il lui manque l'essence, l’explication des « qualia ». Le problème est que la métaphysique n’explique pas pour autant les qualia qu’elle oppose au naturalisme scientifique. Match nul sur ce sujet précis, à moins que la science – et surement pas la vieille métaphysique – ne résolve ce problème dans les années à venir… avec ou sans IA.

Il a semblé un moment que la mécanique quantique et ses découvertes ébouriffantes pourraient remettre en selle les conjectures métaphysiques tous azimuts. Par exemple le fait que l'observateur n'est plus extérieur à l'expérience : l'acte de regarder (mesurer) fait s'effondrer la "fonction d'onde" et détermine l'état de la particule. Pour résoudre certains paradoxes, des physiciens sérieux suggèrent que lors d'un événement quantique, l'univers se sépare littéralement en autant de branches qu'il y a de résultats possibles (Everett et ses "mondes multiples") ou la théorie des cordes - qui nécessite 10 ou 11 dimensions - servent de base scientifique pour justifier l'existence de "plans vibratoires", de "vies antérieures" ou de "réalités alternatives". L’intrication « instantanée », magique des particules quantiques a fait rêver nombres de philosophes métaphysiciens, jusqu’à une étude récente montrant que l’intrication n’avait rien d’instantanée mais nécessitait un temps de 232 attosecondes. Patatras. Mais nul doute que ce résultat va produire de nouvelles hypothèses métaphysiques : c'est la preuve que "l'Unité du monde" n'est pas une simple formule, mais un mécanisme dont on vient enfin de chronométrer le premier battement de cœur ! Et pourquoi pas une conscience cosmique, soit un anthropomorphisme ultime de notre hubris humain proprement infini.

Hypothèses intéressantes mais de simples suggestions/hypothèses, sans preuve à ce jour. Des escrocs en sont à vendre des traitements « médicaux » quantiques - sans aucune preuve - alors que toutes les IRM du monde utilisent effectivement les lois quantiques avec le plus grand des succès. Si la physique quantique décrit des états mathématiques à l'échelle de l'atome, transposer ces lois à l'échelle humaine (vie quotidienne, sentiments, destin…) est un saut que la science ne valide pas, mais que la métaphysique adore franchir.

La science comme eau de jouvence pour rajeunir les vieux délires métaphysiques ?

Au final, la métaphysique se défend comme elle peut en rappelant que la science est une île de certitudes flottant sur un océan d'invérifiable - ou plutôt d'invérifié pour le moment. La métaphysique ne gagne pas le match mais tente de contenir la science qui - il est vrai - ressemble plus à une quête sans fin qu'une église de la Vérité définitive.

Les "choses en soi" existent peut-être / probablement, mais sont inconnaissables pour notre cerveau non encore augmenté... Restent les relations d'apparence causale qui disent que la pierre qui tombe sur mes pieds pourrait bien faire mal. La science quoi ! Les reste est une machine a faire du brouillard psychique qui entretient la punition, les injustices, la méritocratie, la violence et autres passions tristes.

Si vous avez quelques envies de cohérence, il vous faut bien choisir !


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