... ou quand l’Éther se prend les pieds dans le tapis
Quelques définitions outragement simples :
- La Physique décrit comment le monde fonctionne.
- La Métaphysique interroge ce que signifie “avoir un monde qui fonctionne ainsi”.
- L'Ether a été postulé par des scientifiques comme un milieu invisible remplissant tout l'espace (concept métaphysique devenu scientifique), puis finalement écarté lorsque la physique a montré qu’il n’était plus nécessaire.
Pendant des millénaires, la métaphysique s’est montrée dans les salons de
l’esprit dans une toge d’invisibilité, prétendant expliquer le « pourquoi »
alors que la science devait se contentait du laborieux « comment ».
Mais aujourd'hui, le constat est plutôt cruel : face à la solidité de l’atome et la rigueur des lois de la nature, la métaphysique ressemble de plus en plus à un invité qui refuse de partir alors que la fête est finie et les lumières éteintes.
La métaphysique, c’est le vertige du rien parfaitement emballé. C'est l'art de chercher un chat noir dans une pièce sombre où il n'y a pas de chat, et de s'écrier : « Je l'ai attrapé ! ». Là où le naturalisme scientifique s'appuie sur des faits observables, la métaphysique survit grâce à l'élasticité protéiforme de son vocabulaire.
Comme le notait le philosophe David Hume dans son Enquête sur l'entendement humain (1748) :
« Si nous prenons en main un volume quelconque, de théologie ou de métaphysique scolaire, par exemple, demandons-nous : Contient-il des raisonnements abstraits sur la quantité ou le nombre ? Non. Contient-il des raisonnements expérimentaux sur des questions de fait et d'existence ? Non. Alors, confiez-le aux flammes, car il ne peut contenir que sophistique et illusion. » (Enquête sur l'entendement humain -1748)
Si l’on ne peut ni mesurer, ni tester les hypothèses contradictoires de la
métaphysique, c'est probablement de la poésie qui s'ignore. On ne peut rien en
déduire concernant les conduites humaines souhaitables ; ce qui n’empêche
nullement de faire par ailleurs de la poésie.
La science est un bulldozer lancé contre l'immatériel. Le problème du
métaphysicien est que son terrain de jeu rétrécit à mesure que le télescope
s'allonge. On croyait en une « âme » d’essence divine, positionnée
dans la glande pinéale selon Descartes (?) et, qui plus est, immortelle. Cette illusion métaphysique n’est plus de mise
dans le monde scientifique actuel qui s’intéresse plutôt aux circuits neuronaux.
Comme d’habitude dans ce type d’évolution de la pensée, l’âme a disparu au
profit des « qualia » (voir Une question qu'elle est bonne), un nouveau sujet de discussions métaphysiques à perte de vue.
Le naturalisme scientifique n'a pas besoin de « cause première » ou de «
moteur immobile » pour faire tourner l’univers. Friedrich Nietzsche résumait
ainsi la chose (Humain, trop humain) :
« On a toujours besoin de la métaphysique pour le monde de l'apparence, mais dès qu'on s'occupe de la réalité, elle devient un luxe inutile. »
La métaphysique a pourtant eu son utilité : elle a gardé la place chaude en attendant que la méthode scientifique - fille de la philosophie - arrive avec sa boîte à outils. Mais aujourd'hui, persister à vouloir expliquer l'univers par la seule force de la pensée pure, c'est un peu comme essayer de ralentir la course de la lune en la regardant fixement.
Les lois de la nature n'ont pas besoin d’une « Essence » pour fonctionner ;
elles se contentent de leur efficacité brute. La métaphysique peut être consolation, un joli conte de fées pour adultes qui ont peur du vide, voire un
prolongement de la métaphysique du Père Noël… Mais face au réel, réfléchir à
partir de ce que l’on sait (sciences / naturalisme scientifique) semble plus
pertinent, plus rationnel et plus efficace que de réfléchir à partir de ce que
l’on ne sait pas (métaphysique / spiritualisme ou idéalisme).
Préparez-vous : c'est le moment où l'on explique au scientifique que son microscope est lui-même une construction mentale. Si la science est un bulldozer, la métaphysique est le sol sur lequel il roule. Sans elle, le conducteur ne sait même pas s'il existe, ni si le béton est bien « réel ». La première riposte des métaphysiciens est un retour à l'envoyeur. Le naturaliste affirme : "Seules les propositions vérifiables par l'expérience ont un sens". Problème : Cette phrase elle-même n'est pas vérifiable par l'expérience ! C'est donc bien une position métaphysique !
Comme le souligne Karl Popper :
« Le scientisme est la croyance dogmatique en l'autorité de la méthode scientifique. Or, cette croyance ne peut pas être prouvée par la méthode scientifique elle-même. »
Idée que l’on pourrait - un peu sauvagement certes - rapprocher des théorèmes de Kurt Gödel concernant la logique mathématique. Karl et Kurt soulignent ici une limite fondamentale : un système ne peut pas valider ses propres fondements. En clair : le naturalisme serait une métaphysique qui a honte d'elle-même. C'est un club privé qui décrète que seuls les membres du club ont le droit de parler de la réalité. Le scientifique observe des lois. Mais pourquoi ces lois sont-elles là ? La science décrit les régularités, mais elle est muette sur la provenance et la nécessité de ces lois.
C'est ici que Gottfried Wilhelm Leibniz surgit de sa tombe avec sa terrible question :
« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »
Le naturaliste répond généralement par un haussement d'épaules ou en
parlant de "fluctuations quantiques du vide". Ce à quoi le
métaphysicien rétorque : « Très bien, et d'où viennent les lois qui régissent
vos fluctuations ? ». C'est le jeu du "Pourquoi ?" infini, où la
métaphysique semble gagner quelques points par lassitude de l'adversaire
scientifique.
Pour le métaphysicien, le naturalisme est comme un aveugle qui expliquerait la théorie des couleurs avec des équations : il a la structure, mais il lui manque l'essence, l’explication des « qualia ». Le problème est que la métaphysique n’explique pas pour autant les qualia qu’elle oppose au naturalisme scientifique. Match nul sur ce sujet précis, à moins que la science – et surement pas la vieille métaphysique – ne résolve ce problème dans les années à venir… avec ou sans IA.
Il a semblé un moment que la mécanique quantique et ses découvertes ébouriffantes
pourraient remettre en selle les conjectures métaphysiques tous azimuts. Par
exemple le fait que l'observateur n'est plus extérieur à l'expérience : l'acte
de regarder (mesurer) fait s'effondrer la "fonction d'onde" et
détermine l'état de la particule. Pour résoudre certains paradoxes, des
physiciens sérieux suggèrent que lors d'un événement quantique, l'univers se
sépare littéralement en autant de branches qu'il y a de résultats possibles (Everett et ses "mondes multiples") ou la théorie des cordes - qui nécessite 10 ou
11 dimensions - servent de base scientifique pour justifier l'existence de
"plans vibratoires", de "vies antérieures" ou de
"réalités alternatives". L’intrication « instantanée », magique des
particules quantiques a fait rêver nombres de philosophes métaphysiciens, jusqu’à
une étude récente montrant que l’intrication n’avait rien d’instantanée mais
nécessitait un temps de 232 attosecondes. Patatras. Mais nul doute que
ce résultat va produire de nouvelles hypothèses métaphysiques : c'est la
preuve que "l'Unité du monde" n'est pas une simple formule, mais un
mécanisme dont on vient enfin de chronométrer le premier battement de cœur !
Et pourquoi pas une conscience cosmique, soit un anthropomorphisme ultime de
notre hubris humain proprement infini.
Hypothèses intéressantes mais de simples suggestions/hypothèses, sans
preuve à ce jour. Des escrocs en sont à vendre des traitements « médicaux »
quantiques - sans aucune preuve - alors que toutes les IRM du monde utilisent
effectivement les lois quantiques avec le plus grand des succès. Si la
physique quantique décrit des états mathématiques à l'échelle de l'atome, transposer
ces lois à l'échelle humaine (vie quotidienne, sentiments, destin…) est un saut
que la science ne valide pas, mais que la métaphysique adore franchir.
La science comme eau de jouvence pour rajeunir les vieux délires métaphysiques
?
Au final, la métaphysique se défend comme elle peut en rappelant que la
science est une île de certitudes flottant sur un océan d'invérifiable - ou
plutôt d'invérifié pour le moment. La métaphysique ne gagne pas le match mais tente de contenir la science qui - il est vrai - ressemble plus à une quête sans fin qu'une
église de la Vérité définitive.
Les "choses en soi" existent peut-être / probablement, mais sont inconnaissables pour notre cerveau non encore augmenté... Restent les relations d'apparence causale qui disent que la pierre qui tombe sur mes pieds pourrait bien faire mal. La science quoi ! Les reste est une machine a faire du brouillard psychique qui entretient la punition, les injustices, la méritocratie, la violence et autres passions tristes.
Si vous avez quelques envies de cohérence, il vous faut bien choisir !
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