Quelques scientifiques - pourtant naturalistes dans le sens où ils soutiennent la primauté des lois naturelles chaotiques déterministes et indéterministes (matérialistes) dans l'explication du monde, excluant ainsi toute explication surnaturelle -, tiennent tout de même à conserver la notion de libre arbitre.
Sean Carroll, professeur de recherche en physique, est l'un de ceux-là.
Si l'on était méchant, on pourrait dire que Carroll se démonétise lui-même dès le début de l'interview en affirmant que son avis ne vaut pas mieux que celui de n'importe quel passant. On pourrait donc s'arrêter là...
Mais continuons. Ce physicien, une figure d'autorité évidente, nous dit que le libre arbitre existe bel et bien, en tant qu'émergence des lois naturelles, un peu comme le statut de la température ou de la pression dans le cadre de la thermodynamique. Il ne semble pas tenir compte du fait que ces "émergences thermodynamiques" sont entièrement dépendantes des conditions initiales et des lois naturelles qui s'appliquent. Aucune transcendance n'est convoquée dans l'explication de ces phénomènes. D'autant que la complexité des phénomènes physiques émergents n'est pas un argument pour légitimer l'existence de forces et de déterminants supplémentaires inconnus comme le montre l'article sur LENIA (voir Emergence de LENIA).
Concernant le concept de libre arbitre (voir https://illusionlibrearbitre.blogspot.com/2024/05/libre-arbitre-quesaco.html), il est essentiel de différencier le sentiment de libre arbitre de sa réalité "ontologique". Les neurosciences ont ainsi montré que la sensation de liberté de la volonté (libre arbitre) est dépendante d'un connectome cérébral connu depuis une étude de 2018 (voir https://librearbitre.eu/accueil/psychiatrie-neurosciences/).
Seth Lloyd
au CV impressionnant (mathématiques, physique,
philosophie et complexité quantique) propose
une analogie : de même qu’une machine qui passe le test de Turing semble
intelligente, un agent (humain ou machine) qui se perçoit comme imprévisible
aura tendance à croire qu’il possède un libre arbitre. Autrement dit : le libre
arbitre est une expérience subjective liée à l’impossibilité de se prédire
soi-même.
Lloyd rappelle les
trois sources d’imprévisibilité :
o
Déterminisme chaotique :
imprévisible mais sans hasard.
o
Hasard quantique :
imprévisible mais sans contrôle.
o
Complexité computationnelle :
imprévisible car trop complexe à calculer.
Aucune de ces sources ne “crée” du libre arbitre
au sens métaphysique, mais elles expliquent pourquoi nous ressentons
du libre arbitre. Le libre arbitre n’est pas une propriété métaphysique
mystérieuse. C’est une illusion fonctionnelle, produite par la
complexité de nos propres processus mentaux, notre incapacité à les prédire et
notre tendance à interpréter cette imprévisibilité comme de la liberté.
Lloyd défend une idée forte : même dans un univers déterministe, nous aurons toujours l’impression d’avoir un libre arbitre, parce que nous ne pouvons pas prédire nos propres décisions. Cette impression suffit à
“passer” un test de Turing concernant le libre arbitre.
Le fait que l'IA - qui n'a pas de libre arbitre - passe le test de Turing concernant le libre arbitre montre que la seule solution finale est que le libre arbitre n'existe ni pour l'humain, ni pour la machine ! Si une machine sans libre arbitre peut passer – comme c’est le cas - un test comportemental concernant le libre arbitre, alors ce test ne mesure pas le libre arbitre ; il mesure l’illusion du libre arbitre. Et si ce test est le même que celui que nous “passons” nous‑mêmes… alors la conclusion devient difficile à éviter. Il détecte un comportement complexe, imprévisible, auto‑référentiel, opaque à lui-même. La seule conclusion cohérente dans ce cas est que le libre arbitre n’existe ni pour la machine, ni pour l’humain. Ce qui existe, c’est une illusion émergente produite par la complexité. Il nous faut donc démystifier le libre arbitre en montrant qu’il n’est qu’une construction narrative née de notre opacité à nous-mêmes et qu'il n’existe aucun “saut” causal où l’agent deviendrait cause première indépendante de la chaîne des causes. Voir « Test de Turing pour le libre arbitre » (en anglais).
Ce sentiment d'être libre - malgré la méconnaissance partielle des déterminants à l'œuvre dans la réussite de nos décisions et actions - est probablement un avantage en termes de survie de l'individu et du groupe, au même titre que des croyances diverses (religions, sorcellerie, astrologie, tabous, réincarnation, nécessité de hiérarchie sociale et autres castes...) afin d'organiser la cohésion des sociétés à une époque donnée. Mais ces divers éléments sont des traits culturels en évolution permanente dont nombre d'entre eux sont remis en cause ou abandonnés du fait de l'autre évolution - culturelle -, celle des apports philosophiques (Spinoza, Schopenhauer, Nietzsche... par exemple) et scientifiques (neurosciences, génétique, sociologie etc.). Ce qu'on appelle l'esprit, l'amour, la rationalité, les désirs, les hallucinations, l'espoir, l'imagination, la peur, le sentiment de volonté libre etc. sont des émergences de l'évolution cérébrale humaine pour la meilleure préservation de l'individu / groupe / espèce possible. Émergences que l'on commence à mieux comprendre mais qui ne sont en aucun cas des entités extracorporelles n'obéissant plus aux lois naturelles déterministes et indéterministes : exit le libre arbitre ontologique qui autoriserait le blâme, la punition, la violence, la vengeance etc.
L'évolution semble avoir configuré notre cerveau avec l'émergence de quelques éléments de méfiance et de peur des autres, de racisme latent voire fortement exprimé : il est vrai que l'humain "autre" est potentiellement le prédateur le plus dangereux du monde. Mais la science nous dit que la notion de races différentes n'existe pas... et l'on pourrait tout de même être raciste ? Le seul qui pourrait - à tort - revendiquer une "pureté" de race ou d'espèce serait l'africain, pur Sapiens Sapiens, alors que les caucasiens (blancs) possèdent environ 2 % de gènes Néandertaliens ! Nos ancêtres ont fauté semble-t-il. Leur morale n'était pas encore aussi évoluée que la nôtre ! Les pauvres.
Bref, la croyance dans un libre arbitre ontologique (métaphysique, transcendantal) ressemble fort à un reliquat de l'âme et de la dualité corps / esprit qui n'ont pourtant plus aucune assise crédible depuis fort longtemps (voir par exemple cette étude en neurosciences : https://www.nature.com/articles/npre.2010.4633.1 et le "Théorème du libre arbitre").
Finalement, Sean Carroll nous gratifie d'un : "C'est ce que nous croyons sur la nature de la réalité qui est important en fin de compte"
Non, 1000 fois non. Ce n'est pas une affaire de croyance, de goût ou de couleur qui n'engagerait en rien notre vie commune. Le contenu de ce que nous croyons sur ce sujet philo-scientifique a des conséquences permanentes, quotidiennes sur le monde, la justice, les priorités politiques, le soin des autres etc. Ces croyances dans la chimère de l'âme ou du libre arbitre ont peut-être conduit à des comportements utiles à une époque primitive mais deviennent de vrais boulets dans l'évolution culturelle de l'humanité (loi du Talion* et punitions illégitimes / hiérarchie sociale / méritocratie...). Voir Le côté obscur du Libre Arbitre.
Des boulets datant du pléistocène qui n'ont plus lieu d'être actuellement.
*Loi du Talion qui est toujours censée être appliquée dans certaines cultures, notamment aux "Lueurs du Coran" - mais pas que - justifiant ainsi la peine de mort :
"Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le talion a un effet dissuasif certain s’il est appliqué en toute justice car il empêche la mort plutôt que l’encourage comme cela plait à dire à ceux qui luttent contre la peine de mort. Il est vrai que celle-ci doit absolument être réglementée et que ses dossiers soient bien ficelés afin d’éviter les dépassements malintentionnés auxquels on assiste régulièrement, mais de là à l’abolir purement et simplement, les droits de la victime ne seraient-ils pas bafoués ?" https://www.lueursducoran.com/l-appel-celeste/lappel-aux-croyants/oeil-oeil-dent-dent/#:~:text=La%20loi%20du%20talion%20fait%20partie
Il est vrai que la mort n'a que peu d'importance : "Quand bien même le musulman serait tué dans la voie de Dieu, cela n’est guère un problème, car tout simplement il sera généreusement rétribué." https://www.lueursducoran.com/l-appel-celeste/lappel-aux-croyants/moment-mort-arrive/
Alors, dans ce cas...
Nul doute que cela a dû rassurer Timothy Evans qui a été pendu pour le meurtre de sa femme et de sa fille !
Un détail toutefois : les autorités ont découvert après sa mort qu'elles avaient en fait été tuées par un voisin (ex policier tueur en série) et que Timothy était totalement innocent de ces crimes. Malheureusement pour lui, il n'était pas musulman et ne sera donc pas "généreusement rétribué", théoriquement, car les voix du Saigneur restent impénétrables.
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Et pour aller plus loin, le livre "La dernière
blessure" centré sur la notion du libre arbitre (illusoire)... en
cliquant sur l'image ci-dessous


