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Découvrez le sommaire des articles :

👉 Naturalisme Scientifique: ARTICLES (cliquer sur les titres ci-dessous)

  1. Présentation générale (1 et 2)
  2. Libre arbitre : KEZAKO ?
  3. Quelques citations de sceptiques concernant le Libre Arbitre
  4. Philosophie : des questions sans réponses ?
  5. Un Libre Arbitre... nécessaire ?
  6. Peut-on faire... autrement ?
  7. Les hypothèses au fil du Rasoir d'Ockham
  8. Libre Arbitre : une propriété émergente compatible avec la science ?
  9. Penser contre son cerveau
  10. Théorème du Libre Arbitre
  11. Délibération, décision... des preuves de Libre Arbitre ?
  12. Punir, sinon...
  13. Mais alors, sans culpabilité ni punition... que faire ?
  14. Les expertises psychiatriques en justice pénale : un scandale permanent
  15. Limite entre "santé" mentale et "pathologie" mentale
  16. Moi, moi, moi... Ayn Rand, la libertarienne adorée de Trump
  17. La sociologie, poil à gratter politique
  18. L'argument de la conséquence : conséquent ?
  19. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis... nous affirme "librement" Sartre
  20. Blog de Blob
  21. L'émergence de LENIA
  22. Sam Harris, un naturaliste spécialiste des neurosciences
  23. La science peut-elle aider à comprendre - voire infléchir - la moralité humaine ?
  24. Le côté obscur du Libre Arbitre
  25. Si un neuroscientifique nie le libre arbitre, comment peut-il rédiger un texte de consentement éclairé volontaire et proposer de le faire signer ?
  26. Le cerveau humain : normal... mais déficient
  27. Un sacré dilemme pour la "Morale"
  28. Fatalisme ? Fatal eror !
  29. Cellule de Mauthner, mouche... et Libre Arbitre
  30. Religions et enfants
  31. Un psychiatre sceptique du Libre Arbitre... à raison
  32. Steven Pinker nous explique le Libre Arbitre... mais mal
  33. Art, créativité, esthétique et naturalisme
  34. Combien de Mondes ? 8 milliards !
  35. Esthétique, éthique et toc (TikTok ?)
  36. Le peuple a-t-il toujours raison en démocratie ?
  37. Injustice, inégalité. Un traitement simple : les probiotiques !
  38. Immigration ? Emigration ? Remigration ?
  39. Sémantique, affects... politiques
  40. Violence, biais de négativité et extrême droite
  41. Changer les mots ou changer la réalité ?
  42. Banalité du mal
  43. Histoire : ni fierté, ni honte
  44. Chaos, entropie, origine de la vie.... et Dieu
  45. Bon Dieu, mais c'est bien sûr !
  46. Séparer l'Homme de l'Œuvre ?
  47. Du pain et des jeux
  48. Wokisme et cancel culture
  49. Ame : la controverse
  50. Corrélation ou causalité : l'embrouille !
  51. Dennet et le compatibilisme
  52. Economistes fous
  53. Autain contre Fourest : me too
  54. Le cas Kane
  55. Rapport XZTF22
  56. Searle, arc en ciel et... Libre Arbitre
  57. Saucisse de Frankfurt et courant alternatif
  58. Peter van Inwagen ne sait pas ce qu’est le Libre Arbitre... mais il y croit ! 
  59. Au royaume des fous furieux 
  60. Dignité humaine
  61. L'humain : un "robot" biologique ?
  62. Libre arbitre et intention
  63. Une Liberté à géométrie variable
  64. Philosophie "expérimentale"
  65. Experts, compétence et idéologie
  66. Dieu est mort... mais le cadavre convulse
  67. Nationalisme versus mondialisme
  68. Neuro... politique
  69. Le corbeau croasse et l'Homme croit
  70. Phénoménologie : une arnaque phénoménale ?
  71. Libet et la liberté (de la volonté) : encore une contrariété !
  72. La démocratie "travaillée" à la tronçonneuse façon Milei !
  73. MISTRAL souffle sur le libre arbitre ontologique... et le fait disparaître !
  74. Vous ne trouvez pas qu'il commence à faire un peu chaud ?
  75. Sophisme, quand tu nous tiens !
  76. Mais comment peut-on être de droite ? 
  77. La République des juges ?
  78. Alors, les religions : bon ou pas bon ?
  79. Pourquoi l’IA est-elle haïe ?
  80. Eliminons ?
  81. Qualia : voilà une question qu'elle est bonne !
  82. Qui mérite quoi ?
  83. Liberté d'expression
  84. Lucrèce : qui dit mieux ? Marc Aurèle ? Spinoza ?
  85. Coopération versus Trahison
  86. La Boussole de la Raison !
  87. Daniel Andler et la tentative de "dissolution" du libre arbitre !
  88. Matérialisme versus naturalisme 
  89. Sapolsky ! Enfin !!!!!!!!!!!!! 
  90. En avoir ou pas... des enfants
  91. Déterminisme ou superdéterminisme ?
  92. Manifeste déterministe et proposition de loi
  93. Sarko en prison ?
  94. Les patrons créent l'emploi ?
  95. Du chaos déterministe au hasard quantique : que reste-t-il du libre arbitre ?
  96. Conception actuelle de la Justice : incohérence à tous les étages !
  97. Morale / géopolitique : une confrontation inévitable ?
  98. Syndrome du hérisson et libre arbitre
  99. Peuple(s) "élu(s)" ?  
  100. Elon Musk : matérialiste ?
  101. Animal et animal... humain 
  102. Je résiste à tout... sauf au Chamallow 
  103. Humanité immature ?

Présentation générale (1)

L'idéologie - terme bien trop souvent considéré négativement - est à nouveau l'éléphant au milieu de la pièce, notamment dans le contexte géopolitique actuel. 


De fait, entre spiritualisme (idéalisme) et naturalisme (matérialisme), il faut nécessairement "choisir" !
Que ce choix soit pleinement conscient ou non... (voir "MATÉRIALISME ou IDÉALISME" ?)

C'est ce que nous dit d'ailleurs Blaise Pascal, à raison : 

« Le juste est de ne point parier. Mais il faut parier. 
Cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. »

Le naturalisme scientifique, également appelé physicalisme ou matérialisme scientifique, est une démarche philosophique - que l'on doit notamment au philosophe David Hume ("Traité de la nature humaine" - 1739*) - qui postule que tous les phénomènes observables dans l'univers, incluant les objets physiques, les propriétés mentales, les processus cognitifs et les expériences subjectives, les interactions sociales etc. peuvent être en principe expliqués exclusivement par des lois naturelles et des processus physico-chimiques (voir l'ouvrage de Daniel Martin).
N.B : le matérialisme du point de vue philosophique n'a rien à voir avec le matérialisme en tant que consumérisme !

Pour le philosophe Miguel Espinoza : 

« Concernant le naturalisme réaliste universel, la nature est un réseau compact de causes multiples et variées »

Autrement dit, rien n'existe hors du cadre de la nature et de la physique (déterministe et indéterminisme quantique), soit une position opposée au spiritualisme ou à l'idéalisme
Ce qui n'implique pas pour autant une "sacralisation" de la science qui se voudrait la nouvelle religion "positiviste" : la recherche des lois naturelles est laborieuse, exigeante, évolutive... à l'inverse des textes "sacrés" "révélés", datés, contradictoires et figés pour l'éternité... mais riches d'exégèses diverses destinées à atténuer  - à l'aune de notre morale actuelle - les horreurs "divines" des textes fondateurs.

Donc dans la conception philosophique naturaliste (matérialiste), toute action, pensée, intention, sensation etc. est le fruit des déterminations et indéterminations diverses (internes et externes à l'individu), en interactions permanente dans le cadre de la survie (théorie de l'évolution). Ce qui exclut toute possibilité de libre arbitre humain "réel" (ontologique), l'un des sujets les plus prégnants de l'humanité (voir "Libre arbitre : QUEZACO ?"

Et l'on ne peut pas faire l'économie de cette question de fond. Dans la vie quotidienne, il est indispensable de prendre des décisions et d'adopter des positions, même face à des questions complexes. L'hypothèse - de loin la plus crédible - est celle où la sensation de libre arbitre est une émergence de processus déterministes du cerveau, façonnée par l'évolution pour améliorer notre survie et notre capacité à naviguer dans des environnements sociaux complexes. Cette conception philosophique et scientifique permet d'expliquer comment nous percevons notre capacité à faire des choix tout en reconnaissant que ces choix sont déterminés par des facteurs génétiques et environnementaux. Cela suggère que, bien que nous ressentions une forme de liberté, celle-ci est en fait encadrée par des déterminismes sous-jacents, connus ou inconnus.

Le "cogito ergo sum" cartésien s'inverse et devient "sum ergo cogito" dans une vision naturaliste scientifique où l'existence est "première" et la pensée une "produit" - une propriété émergente - de l'existence ; non l'inverse. Descartes a séparé l'esprit du corps dans une dualité que scientifiquement plus personne ne reconnaît mais qui reste au cœur du concept de libre arbitre ontologique, alors que pour le Naturalisme Scientifique, tout provient du corps - esprit compris - en interaction avec l'environnement.

Quelle réponse avez-vous à cette question cruciale : comment se fait-il que des spécialistes de tous domaines (philosophie, justice, économie, politique, sciences sociales...), bardés pourtant des mêmes diplômes, en viennent à prononcer des avis contraires, des convictions différentes si un libre arbitre survolait les déterminants de toutes sortes et avait le dernier mot d'un spécialiste à l'autre, indépendamment des diverses déterminations non choisies librement ? Tout le monde devrait être d'accord sur tout si ce libre arbitre était équitablement partagé et tout puissant chez les humains (à l'exceptions des malades mentaux qui n'en auraient plus ?). Et comme personne (ou presque) n'est d'accord avec son voisin, cela reviendrait à penser qu'il existerait autant de "libres arbitres" (LA) que d'individus ? Certains en auraient "beaucoup", d'autres moins... Ce qui, de fait, ressemble fort à un... déterminant ; soit l'inverse du LA ! 
Un peu comme " l'Esprit SAINT" - censé guider les cardinaux pour le meilleur choix de Pape - et qui leur souffle à l'oreille des noms différents. D'où des fumées noires pendant quelque temps... Joueur cet Esprit SAINT ! A moins que ce ne soient les déterminations cardinales différentes qui s'affrontent ? En fait, pas plus que les malades mentaux, les humains "normaux" et les cardinaux n'ont une faculté proprement surnaturelle, Libre Arbitre ou Esprit SAINT, en contradiction frontale avec les lois naturelles qui gouvernent toute matière ; cerveau compris

Cette perspective n'élimine pas pour autant l'importance de la responsabilité et de l'éthique dans nos actions. Au contraire, elle nous pousse à être plus compassionnels et compréhensifs envers les circonstances déterminantes des autres (humains comme animaux), tout en cherchant des moyens d'améliorer l'équité et la justice dans la société.

Au moment historique où se développent des concepts aussi aberrants que celui des vérités alternatives, des post-vérités où chacun s'enferme dans sa bulle de convictions irrationnelles ("grâce" aux réseaux sociaux notamment), la recherche d'un socle commun semble une nécessité urgente et absolue dans le cadre d'une laïcité étendue et d'un contrat social acceptable par tous. 

Soit un universalisme inclusif - qui ne nie pas les identités - mais qui abandonne les énoncés métaphysiques (transcendance / ontologie / qu'est-ce que l'être ? / quelle est la nature de la réalité ? / dieu existe-t-il ? / l'âme est-elle immortelle ? etc.) dépourvus de sens et non vérifiables empiriquement. 

Pourrait-on enfin focaliser notre réflexion sur ce que l'on sait plutôt que sur ce que l'on ne sait pasCar le choix entre spiritualisme et matérialisme est tout sauf une discussion de salon en fin de soirée. Les conséquences sont "déterminantes" pour l'humanité et son écosystème à l'heure de la bombe nucléaire, des massacres en tous genres, du "moi d'abord" contre tous les autres.

Nos pires erreurs ne découlent pas de ce que nous ne savons pas, mais de ce que nous sommes persuadés de savoir. Sans omettre le fait qu'une théorie scientifique puisse avoir des conséquences qui choquent nos convictions ou qui contredisent nos valeurs, mais ce n'est pas pour autant une raison suffisante de la rejeter.

"La science n'est pas une illusion... et ce serait une illusion de croire que nous puissions trouver ailleurs ce qu'elle ne peut pas nous donner" (S. Freud)

Ci-dessous un vidéo de Présentation générale (1) suivie  d'une seconde partie (Présentation générale 2) concernant les conséquences sociales, économiques, politiques, judiciaires etc. de cette approche philosophique et scientifique permise par le naturalisme scientifique.

Autre possibilité : voir la chaîne Youtube présentant 9 vidéos.

Bonne lecture !

Cliquer sur le carré en bas à droite de l'écran vidéo 
pour la voir en plein écran



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"Présentation générale 2"
Dans cette vidéo, il sera question des conséquences du Naturalisme Scientifique. 


Terminons sur une petite note d'humour avec cette vidéo du trop méconnu Didier Bénureau et ses 400.000 francs : une ode à la survie au sens large
Survie qui passe ici par l'accumulation de pâtes en vue de pénuries possibles (guerre etc.) ; rivalités et "distinction" afin de s'extraire de la "masse" en montrant sa supériorité... 
Au delà du sketch, cette survie à tout prix est omniprésente dans les concepts humains de moralité, de justice, de droit, de solidarité, des sciences (biologie et psychologie évolutionnaires, médecine...), des religions (vie éternelle) etc. 
Toute vie humaine (et animale) est peu ou prou centrée sur cette recherche permanente de la survie. 
C'est globalement ce que ce blog tente humblement d'explorer 😇

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Et pour aller plus loin, le livre "La dernière blessure" 
centré sur la notion du libre arbitre (illusoire)... 
en cliquant sur l'image ci-dessous


Humanité immature ?

La foi et le surnaturel sont-ils synonymes d'immaturité intellectuelle ?

Après des siècles de croyances diverses protéiformes qui se cannibalisent entre elles, la question de savoir si la croyance religieuse ou l'adhésion au surnaturel relève d'une forme d'immaturité - sinon d'une méconnaissance des mécanismes du monde - est au cœur de la modernité.

Depuis le « désenchantement du monde » décrit par le sociologue Max Weber, une idée s'est ancrée en Occident : à mesure que la science progresse et illumine les zones d'ombre de notre ignorance, le besoin de surnaturel devait mécaniquement reculer.

Pourtant, au XXIe siècle, la foi persiste, se transforme et cohabite parfois avec une haute culture scientifique.

L'idée que la religion est une étape "infantile" du développement humain repose sur deux piliers majeurs de la pensée des XIXe et XXe siècles. Le père du positivisme, Auguste Comte, a théorisé dans son Cours de philosophie positive (1830-1842) que l'humanité traverse trois phases, comparables au développement d'un individu :

  1. L'état théologique (l'enfance) : l'homme explique les phénomènes naturels par des agents surnaturels (dieux, esprits, Père Noël…) par manque de connaissances causales.
  2. L'état métaphysique (l'adolescence) : les divinités sont remplacées par des concepts abstraits (la Nature, l'Être...).
  3. L'état positif (l'âge adulte) : l'esprit renonce à chercher le "pourquoi" absolu, sans issue, pour se concentrer sur le "comment" par l'observation scientifique.

Selon cette vision, croire au surnaturel aujourd'hui serait un anachronisme cognitif, un refus de passer à l'âge adulte de la raison.

Dans L'Avenir d'une illusion (1927), Sigmund Freud propose une critique psychologique dévastatrice. Pour lui, la religion est une « névrose obsessionnelle universelle ». Elle naît de la détresse infantile face à une nature hostile et à la certitude de la mort. L'adulte, effrayé par la vie, projette dans le ciel une figure paternelle protectrice (Dieu) pour se rassurer, tout comme l'enfant se tourne vers son père. La maturité consiste à abandonner cette béquille psychique pour affronter la réalité crue ("l'éducation à la réalité").

Cet argument, popularisé par les penseurs athées contemporains comme Richard Dawkins (Pour en finir avec Dieu, 2006), suggère que le surnaturel n'habite que les interstices de notre ignorance. Le monde de Spinoza, le réel, n'a rien pour plaire. Aucun principe ne le régit, aucune morale ne le transcende, aucune providence ne l'ordonne. C'est un monde absurde (Camus n'est pas loin), où le crime paie parfois (Staline est tranquillement mort dans son lit), et où la vertu n'a pas d'autre récompense qu'elle-même. Autrefois, on attribuait la foudre à Zeus ; la météorologie l'ayant expliquée, Zeus a disparu. Si la foi n'est qu'une « explication par défaut », elle est effectivement le signe d'une méconnaissance du monde.

Si la thèse de l'immaturité est séduisante par sa logique, elle se heurte à des réalités sociologiques et épistémologiques complexes. Le paléontologue et biologiste de l'évolution Stephen Jay Gould a proposé dans Et Dieu dit : « Que Darwin soit ! » (1999) le principe de NOMA (Non-Overlapping Magisteria ou Magistère Non Superposé).

  • La Science couvre le domaine des faits empiriques (de quoi l'univers est fait et comment il fonctionne).
  • La Religion couvre le domaine du sens, des valeurs morales et des buts ultimes.

Selon Gould, qui est agnostique, une personne peut être parfaitement mature et instruite (domaine 1) tout en ayant la foi (domaine 2), car ces deux domaines répondent à des questions différentes. L'immaturité serait de confondre les deux (ex : le créationnisme qui nie les découvertes en géologie, ou le scientisme qui prétend dicter la morale).

N.B : la plupart des religieux ont une foi absolue dans des textes « sacrés » et datés en contradiction totale avec les connaissances scientifiques. Des philosophes des sciences notent ainsi que la religion fait souvent des affirmations factuelles (création, miracles, origine de l’univers), ce qui contredit l’idée d’une séparation parfaite entre sciences et religions. Par ailleurs, l’évolution de la morale humaine (et proto-morale animale) s’explique scientifiquement dans des termes évolutionnistes afin de garantir au mieux la survie de l’espèce et de l’individu (coopération versus trahison etc.). Samuli Helama (2024) rappelle que NOMA est souvent présenté comme un modèle d’indépendance, mais que cette vision est trop simplificatrice, car la religion intervient aussi sur des questions de réalité, et non pas seulement de morale. Gould a luimême évolué vers une vision plus souple, parlant d’une “consilience of equal regard”, reconnaissant que les frontières entre disciplines sont plus poreuses qu’il ne le disait initialement.

Certains affirment que l'argument de la « méconnaissance du monde » pour expliquer le surnaturel s'effondre face à la liste des scientifiques de premier plan qui revendiquent une foi active. Le simple fait qu'ils existent prouverait que la connaissance du monde physique n'entraîne pas automatiquement l'athéisme.

  • Georges Lemaître : prêtre catholique et physicien, père de la théorie du Big Bang. Il tenait à séparer strictement sa foi de ses calculs cosmologiques.
  • Francis Collins : directeur du projet Génome Humain. Dans De la génétique à Dieu (2006), il explique comment le décryptage de l'ADN a renforcé son émerveillement spirituel plutôt que de l'éteindre.

Pour autant, l'identité religieuse - y compris chez les scientifiques - s'estompe dans de nombreux pays. De 2010 à 2020, la part de la population se déclarant affiliée à une religion a diminué d'au moins 5 points de pourcentage dans 35 pays, selon une étude récente du Pew Research Center.

Au lieu de voir la foi comme un défaut de connaissance ou d'intelligence, les recherches actuelles tendent à la voir comme une fonction cognitive naturelle ou un « choix » (libre ?) existentiel conscient.

Des chercheurs comme Justin Barrett (Born Believers, 2012) suggèrent que le cerveau humain est biologiquement câblé pour la croyance :

  • HADD (Dispositif de détection d'agence hyperactive) : du point de vue évolutif, il est préférable de croire qu'un bruit dans les buissons est un prédateur potentiel plutôt que le vent. Nous avons une tendance innée à détecter des intentions et des esprits partout. Cette tranche sortie du toaster est bien évidemment un signe que m'envoie Jésus, non ? A moins que ce ne soit Cyrano de Bergerac...

  • Nuance sur l'immaturité : si la croyance est un "instinct cognitif", l'athéisme demande un effort contre-intuitif. Cela ne rend pas la foi "immature", mais "naturelle". La maturité résiderait alors dans la capacité à examiner critiquement cet instinct.

Pour le philosophe très croyant Søren Kierkegaard, la foi n'est pas une connaissance imparfaite, mais une décision prise au-delà de la raison. Ce n'est pas croire faute de preuves, c'est croire malgré l'absence de preuves. Dans cette optique, la foi demanderait une maturité vertigineuse : accepter l'incertitude objective (le "silence de Dieu") et choisir d'y engager sa vie. C'est l'opposé de la superstition rassurante décrite par Freud ; c'est une prise de risque existentielle (?)

Le philosophe contemporain Alvin Plantinga soutient que la croyance en Dieu peut être "proprement basique" (comme croire en l'existence d'autrui ou du passé), et ne nécessite pas de preuves scientifiques pour être rationnelle, tant qu'elle n'est pas contredite par des faits avérés ("Sensus Divinitatis" ou « sens du divin »). Autrement dit, Plantinga se débarrasse divinement de la « charge de la preuve », soit la porte ouverte à toute croyance quelle qu’elle soit. Si cette faculté "proprement basique" existait, elle semble produire des croyances contradictoires selon les cultures, ce qui remet en cause sa fiabilité.

Finalement, peut-on dire que la foi correspond à un degré d'immaturité ou de méconnaissance du monde ? La réponse est nuancée :

  1. Oui, si la foi se substitue à la science pour expliquer des phénomènes naturels (ex : attribuer une maladie à un démon plutôt qu'à un virus). Dans ce cas, elle relève d'une pensée magique pré-rationnelle ou d'une méconnaissance factuelle.
  2. Non, si la foi s'inscrit dans une quête de sens (téléologie) qui accepte pleinement les acquis scientifiques. Dans ce cadre, elle relève d'une dimension différente de la conscience humaine mais nécessite une réactualisation permanente des textes fondateurs « sacrés » que les croyants ont quelque mal à contrarier.

Finalement, admettre la croyance dans un surnaturel et/ou une religion quelconque : le problème n’est pas là ! C’est l’affaire de chacun, avec son éducation, sa maturité intellectuelle/émotionnelle, ses préoccupations existentielles, les difficultés rencontrées, l’avancée en âge etc. 

Là où la croyance dans un surnaturel quelconque devient inadmissible, c’est quand elle s’impose à tous comme c’est le cas dans nos sociétés dite laïques. Le seul socle idéologique commun à l’humanité est celui du matérialisme scientifique laissant chacun croire en ce qu’il veut (peut) tout en restant dans le cadre des lois communes.

Or cette laïcité est incomplète si l’on considère rationnellement que le libre arbitre est une croyance surnaturelle échappant aux lois naturelles déterministes et indéterministes. 

Ce résidu de croyance spiritualiste est à l’origine de bien des malheurs de l’humanité (voir Le côté obscur du libre arbitre).

Qui s’en inquiète ?

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Références 

  • Comte, Auguste. Cours de philosophie positive. (1830).
  • Freud, Sigmund. L'Avenir d'une illusion. PUF (1927).
  • Weber, Max. Le Savant et le Politique. (1919).
  • Gould, Stephen Jay. Et Dieu dit : « Que Darwin soit ! » : Science et religion, enfin la paix ? Seuil (2000).
  • Dawkins, Richard. Pour en finir avec Dieu. Robert Laffont (2008).
  • Collins, Francis. De la génétique à Dieu : La confession de foi d'un des plus grands scientifiques. Presses de la Renaissance (2010).
  • Barrett, Justin L. Born Believers: The Science of Children's Religious Belief. Free Press (2012).
  • Taylor, Charles. L'Âge séculier. Seuil (2011) - Pour une analyse approfondie de la place de la foi dans la modernité.

Je résiste à tout... sauf au Chamallow

Le test du chamallow (marshmallow), mené en 1972 par Walter Mischel à Stanford, suit un protocole très simple :

  • Un enfant est placé seul dans une pièce.
  • On lui présente un chamallow (ou une friandise équivalente).
  • On lui dit : « Tu peux le manger maintenant. Mais si tu attends mon retour sans le manger, tu en auras deux. »
  • Les chercheurs mesurent le temps de résistance à la tentation.
Rappelons au passage que, même pour les croyants les plus fervents dans un libre arbitre humain, les enfants que l'on voit dans cette vidéo ne sont pas censés en posséder... Et pourtant ils font des choix différents. 
Comment est-ce possible, sans libre arbitre ?


Ce protocole visait donc à évaluer la gratification différée, c’est‑à‑dire la capacité à attendre une récompense plus grande plutôt que de céder immédiatement à la tentation. Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ? (La Fontaine / "Le petit poisson et le pêcheur")

Ca se discute !

Les premières analyses de Mischel suggéraient que les enfants capables d’attendre plus longtemps avaient, des années plus tard, de meilleurs résultats scolaires, une meilleure stabilité émotionnelle et une plus grande réussite socialeCette interprétation a longtemps été présentée comme une preuve que la maîtrise de soi serait un facteur déterminant de réussite.

Mais les réplications plus récentes (Watts, Duncan & Quan, 2018) ont fortement nuancé ces conclusions : le lien entre « temps d’attente » et réussite future devient très faible lorsqu’on contrôle des variables comme :

    • le niveau socio‑économique,
    • la stabilité familiale,
    • l’éducation parentale,
    • la confiance de l’enfant dans l’adulte.

"En nous concentrant sur les enfants dont les mères n'avaient pas fait d'études supérieures, nous avons constaté qu'une minute supplémentaire d'attente à l'âge de 4 ans prédisait un gain d'environ un dixième d'écart-type dans la réussite scolaire à l'âge de 15 ans. Cependant, cette corrélation bivariée était deux fois moins importante que celles rapportées dans les études originales et était réduite des deux tiers après contrôle des facteurs familiaux, des capacités cognitives précoces et de l'environnement familial. La majeure partie de la variation de la réussite scolaire à l'adolescence était liée à la capacité d'attendre au moins 20 secondes."

En clair : ce n’est pas une volonté individuelle qui tomberait du ciel et expliquerait la réussite, mais bien le contexte - non choisi librement - dans lequel l’enfant grandit.

Un enfant issu d’un milieu stable et prévisible peut attendre, car il a appris que les promesses sont tenues.
Un enfant issu d’un milieu instable mange immédiatement, car il a appris que les récompenses futures sont incertaines.

Par ailleurs, certaines prédispositions génétiques influencent l’impulsivité, la sensibilité à la récompense et la régulation émotionnelle.

Dans tous les cas, il ne s’agit pas d’un choix libre (volonté libre / libre arbitre), mais bien d’une stratégie adaptative qui s'impose au monde du vivant.

Cette lecture rejoint une conception déterministe de l’action humaine : nos décisions ne surgissent pas d’un « moi » libre, mais d’un ensemble de causes — génétiques, neurobiologiques, affectives, sociales — qui façonnent nos préférences, nos attentes et nos réactions. Le test du marshmallow devient alors un exemple pédagogique de ce que les neurosciences et la psychologie contemporaine montrent de plus en plus clairement : ce que nous appelons « choix » n’est souvent que la manifestation consciente d’un processus déterminé en amont.

L’illusion du libre arbitre naît du fait que nous ressentons nos décisions comme libres, alors qu’elles sont le produit d’un enchaînement causal dont nous ne percevons que la dernière étape. L’enfant croit choisir, alors qu'il ne fait qu’exprimer une configuration biologique et éducative complexe... mais déterminée.

Ainsi, loin de révéler une capacité morale ou une vertu personnelle, le test du marshmallow illustre la manière dont nos comportements sont enracinés dans des déterminants qui nous précèdent. Il montre que la liberté que nous nous attribuons est souvent une reconstruction après coup, un récit que nous produisons pour donner sens à des actions dont les causes profondes nous échappent.

Cependant, le déterminisme n’est pas une fatalité : c’est un appel à agir sur les causes.

Si les comportements des enfants sont déterminés par leur génétique, leur environnement et leurs expériences précoces, alors l’éducation devient un levier central. Accompagner un enfant dans un cadre déterministe revient à :

  • créer un environnement stable et prévisible,
  • renforcer la confiance dans les adultes,
  • offrir des modèles cohérents,
  • réduire l’exposition au stress,
  • encourager des routines qui structurent la régulation émotionnelle,
  • comprendre que les comportements difficiles ne sont pas des fautes, mais des symptômes de déterminants modifiables.

Le test du marshmallow illustre parfaitement cela : un enfant qui « échoue » ne manque pas de volonté ; il manque de conditions favorables. L’éducation devient alors un travail sur les causes, non un jugement sur les effets. Ce qui reste valable pour l'adulte qui n'a pas plus de libre arbitre que l'enfant.

Le déterminisme ne nie pas la possibilité d’agir : il déplace la responsabilité vers les conditions qui rendent l’action possible. Il invite à comprendre plutôt que blâmer, prévenir plutôt que punir, accompagner plutôt que juger.

Dans ce cadre, la société devient un système de co‑construction des déterminants, et non un tribunal du libre arbitre.

On pourrait même parler du paradoxe du chamallow : plus on y résiste enfant, meilleure sera notre réussite sociale et donc, plus on pourra se gaver de chamallows par la suite ! 

Elle est pas belle la vie ?

Référence

Expérience du test de guimauve de Stanford