Emmy Noether est une mathématicienne qui est restée dans l'histoire des sciences. Et pour cause !
Son théorème (1918) montre qu'à chaque symétrie de la nature correspond une quantité conservée.
Evident, non ? Plus en détail, cela donne (et tout s'éclaire) :
Le théorème de Noether renforce le matérialisme de 3 manières :
a) Les lois physiques dérivent de structures mathématiques objectives : les symétries sont des propriétés du monde, pas de l’esprit. Elles ne dépendent pas d’un sujet qui perçoit : elles sont des invariants sous transformation.
b) Les lois de conservation ne sont pas des “essences” mais des contraintes structurelles. Cela soutient une vision anti-idéaliste : les lois ne sont pas des idées, mais des relations nécessaires entre grandeurs physiques.
c) Le déterminisme structurel : les symétries imposent des contraintes fortes sur l’évolution des systèmes. Même si la physique quantique introduit de l’indétermination, les symétries restent contraignantes et universelles.
Noether montre que le comportement du monde est gouverné par
des invariances, et non pas par des volontés ou intentions.
Conséquences pour l’idéalisme
L’idéalisme soutient que la réalité dépend de l’esprit ou de la représentation. Noether pose trois problèmes majeurs à cette position :
a) Les symétries sont indépendantes de l’observateur :
elles existent même si personne ne les pense.
b) Les lois de conservation ne sont pas construites par
l’esprit : elles découlent de la structure mathématique du monde physique.
c) L’esprit lui-même obéit à ces lois : le cerveau,
système physique, est soumis aux mêmes invariances.
L’idéalisme peut toujours dire que les symétries sont “dans
l’esprit”, mais cela devient une position ad hoc, sans aucun pouvoir explicatif ; une simple question de foi.
Conséquences pour le libre arbitre
Le théorème de Noether n’aborde pas directement le libre arbitre, mais il a des implications profondes : les lois de conservation limitent radicalement ce qu’un agent peut faire. On ne peux pas décider de violer la conservation de l’énergie ou du moment, ce qui renforce l’idée que la volonté n’est pas souveraine.
Les symétries imposent des contraintes globales : elles
déterminent les formes possibles des équations du mouvement. Donc les
comportements possibles d’un cerveau sont déjà contraints par les symétries
fondamentales.
Le libre arbitre métaphysique devient incohérent : ce serait un libre arbitre capable de “dévier” des lois de conservation, soit un libre arbitre non physique, incompatible avec le matérialisme. Ce qui infirme par ailleurs - s'il en était besoin - le fameux clinamen (Lucrèce rapportant des propos d'Epicure) qui permettrait aux atomes de dévier de leur trajectoire sans qu'aucune force ne s'exerce... Un miracle donc permettant l'existence d'un libre arbitre dans un monde par ailleurs déterministe/indéterministe.
Quant au compatibilisme avançant que “la liberté, c’est agir selon ses raisons” et qui veut rendre compatibles déterminisme/indéterminisme et libre arbitre : Noether montre que les raisons elles-mêmes sont des états physiques soumis à des invariances, ce qui renforce la critique du compatibilisme. Si les symétries gouvernent l’évolution des états, alors la “liberté” n’est qu’un nom donné à un processus déterminé ou probabiliste. Le compatibilisme transforme le “moi” en entité magique. C’est une forme d’idéalisme psychologique qui n’est pas une théorie : c’est une stratégie de consolation.
En conclusion, le théorème de Noether ne parle pas de libre arbitre directement mais renforce massivement une vision matérialiste, anti-idéaliste/spiritualiste et anti-libertarienne du monde.
Pas si compliqué que cela, la vie !
Merci Mme Noether !


