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Audiovisuel public dans le viseur de l’extrême droite ?

Depuis deux ans, l’audiovisuel public français est devenu l’une des cibles privilégiées de l’extrême droite. On sent bien que l’horizon des Présidentielles se rapproche. La prise de contrôle de différents médias (magazines / chaînes de télévision / maisons d’édition etc.) - notamment par la galaxie Bolloré -, est au cœur de la bataille idéologique de ces prochains mois.


Pour les « intellectuels » de droite qui sont tombés un jour sur les écrits du "gauchiste" Antonio Gramsci, le pouvoir ne repose pas seulement sur la coercition (police, armée, lois), mais surtout sur le consentement. Ce consentement est produit par les institutions culturelles: école, Église, médias, arts, littérature. Elles diffusent une vision du monde qui sert les intérêts de la classe dominante tout en paraissant universelle. Chaque classe produit ses propres intellectuels, chargés de diffuser sa vision du monde. Il faut donc impérativement investir le terrain idéologique où se cristallisent les représentations dominantes en vue des élections prochaines. 


Antonio Gramsci

Ainsi, ce qui n’était autrefois qu’un discours périphérique - dénonciation d’une prétendue « gauchisation » des rédactions du service public- s’est transformé en offensive structurée, mêlant initiatives parlementaires, opérations médiatiques et campagnes d’opinion.

La création en 2025 d’une commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public, à l’initiative du groupe d’extrême droite UDR, marque un tournant notable. Officiellement destinée à examiner le fonctionnement des médias publics, elle s’est rapidement révélée être un instrument politique.

Le rapporteur de la commission, Charles Alloncle (UDR), a multiplié les accusations contre France Télévisions, Radio France et France Médias Monde.
Avant même la fin des auditions, il dénonçait déjà un « système idéologique » et une « orientation politique dominante » dans les rédactions.

Pourtant, au fil des travaux, aucune preuve solide n’est venue étayer ces affirmations.
Le président de la commission lui‑même, Jérémie Patrier‑Leitus (Horizons), a reconnu publiquement que les séances avaient été marquées par des attaques personnelles, des séquences de mise en scène et une recherche de « coups d’éclat » plutôt que d’analyse. Cette dérive a été relevée par plusieurs députés, qui ont dénoncé une instrumentalisation de l’outil parlementaire.

Le récit d’une “gauchisation” : un mythe utile

L’idée d’une « gauchisation » de l’audiovisuel public est devenue un élément central de la rhétorique de l’extrême droite.
Elle permet de présenter les médias publics comme un adversaire politique, un bastion idéologique à abattre.

Ce récit repose sur trois piliers :

  • La suspicion généralisée : toute ligne éditoriale non alignée est interprétée comme militante.
  • La confusion entre pluralisme et partialité : la diversité des voix est présentée comme un biais.
  • La personnalisation des attaques : dirigeants et journalistes sont accusés d’agir pour un “camp”.

Or, les études indépendantes sur les médias publics montrent au contraire une pluralité de sensibilités, une charte d’indépendance stricte, et un contrôle démocratique exercé par le Parlement et l’Arcom.

Dans ce contexte, le rôle d’Éric Morillot est révélateur. Animateur et polémiste, il publie en 2026 « Les intouchables de l’audiovisuel public », ouvrage qui compile et amplifie les accusations portées par l’extrême droite. Le livre reprend les thèmes désormais classiques : « caste » de privilégiés, dérives idéologiques, confiscation du débat public et dépenses injustifiées.

Ces affirmations reposent davantage sur une interprétation militante que sur les conclusions de la commission d’enquête. D'ailleurs le sujet n'est pas de contester la contrôle parlementaire mais d'en faire un levier idéologique au service d'une partie de l'échiquier politique.

Morillot va plus loin en appelant à un référendum sur l’avenir de l’audiovisuel public, proposition qui rejoint les programmes du RN et de l’UDR visant à privatiser France Télévisions, réduire drastiquement les budgets, voire supprimer le service public audiovisuel. La liste des signataires de cette pétition montre bien le combat idéologique en cours (Laurent Alexandre, Louis Aliot, Gilbert Collard, Nicolas Dupont-Aignan, Georges Fenech, Luc Ferry, Laurent Firode, Véronique Genest, Gilles-William Goldnadel, Daniel Guichard, Sarah Knafo, Jean Messiha, Robert Ménard, Thibault de Montbrial, Michel Onfray, Florian Philippot, Ivan Rioufol, Philippe de Villiers, Éric Zemmour...). 

Avec une mention toute particulière concernant Michel Onfray qui se déclarait matérialiste et déterministe dans sa "jeunesse" (pas de libre arbitre pour lui) et nous montre ici - s'il en était besoin - qu'il ne faut pas vieillir.

Une stratégie politique cohérente : affaiblir un contre‑pouvoir

L’offensive contre l’audiovisuel public n’est pas un accident.
Elle s’inscrit dans une stratégie politique plus large, observable dans plusieurs pays européens : affaiblir les institutions médiatiques indépendantes pour mieux contrôler la fabrique de l’opinion.

Car l’audiovisuel public représente un contre‑pouvoir qui garantit un accès égalitaire à l’information, échappe aux logiques de marché, est financé par les citoyens, et est soumis à des obligations de pluralisme. Pour l’extrême droite, il constitue donc un obstacle à la construction d’un récit politique homogène.

En le présentant comme un acteur partisan, elle cherche à délégitimer ses productions, affaiblir la confiance du public et préparer une privatisation ou une mise sous tutelle.

Un paradoxe démocratique : attaquer ce qui appartient à tous

L’audiovisuel public n’est pas un appareil idéologique.
C’est un bien commun, financé par l’impôt, contrôlé par le Parlement, et chargé d’une mission démocratique : informer, éduquer, cultiver.

L’attaquer au nom d’une supposée “neutralité” revient à fragiliser un pilier du pluralisme, réduire la diversité des voix et renforcer la dépendance aux logiques commerciales ou partisanes.

La commission d’enquête, loin d’avoir démontré une quelconque “gauchisation”, a surtout révélé la violence de l’offensive politique menée contre le service public

Un combat qui dépasse de loin les médias

Ce qui se joue autour de l’audiovisuel public dépasse largement la question des programmes ou des rédactions.
C’est une bataille pour la maîtrise du récit démocratique, pour la définition de ce qui est légitime, audible, acceptable.

En visant l’audiovisuel public, l’extrême droite ne cherche pas seulement à critiquer un secteur : elle cherche à affaiblir un contre‑pouvoir essentiel, afin de remodeler l’espace public à son avantage.

N’oublions pas que dans une démocratie, affaiblir ce qui garantit le pluralisme revient à affaiblir la démocratie elle‑même.

Si vous avez un peu de temps pour en savoir un peu plus, notamment concernant quelques "déterminants historiques" :


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