Depuis deux ans, l’audiovisuel public français est devenu l’une des cibles privilégiées de l’extrême droite. On sent bien que l’horizon des Présidentielles se rapproche. La prise de contrôle de différents médias (magazines / chaînes de télévision / maisons d’édition etc.) - notamment par la galaxie Bolloré -, est au cœur de la bataille idéologique de ces prochains mois.
La création en 2025 d’une commission
d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public, à
l’initiative du groupe d’extrême droite UDR, marque un tournant notable. Officiellement
destinée à examiner le fonctionnement des médias publics, elle s’est rapidement
révélée être un instrument politique.
Le rapporteur de la commission, Charles
Alloncle (UDR), a multiplié les accusations contre France Télévisions,
Radio France et France Médias Monde.
Avant même la fin des auditions, il dénonçait déjà un « système idéologique »
et une « orientation politique dominante » dans les rédactions.
Pourtant, au fil des travaux, aucune preuve
solide n’est venue étayer ces affirmations.
Le président de la commission lui‑même, Jérémie Patrier‑Leitus (Horizons), a
reconnu publiquement que les séances avaient été marquées par des attaques
personnelles, des séquences de mise en scène et une recherche de « coups
d’éclat » plutôt que d’analyse. Cette dérive a été relevée par plusieurs
députés, qui ont dénoncé une instrumentalisation de l’outil
parlementaire.
Le récit d’une “gauchisation” : un mythe utile
L’idée d’une « gauchisation » de l’audiovisuel
public est devenue un élément central de la rhétorique de l’extrême droite.
Elle permet de présenter les médias publics comme un adversaire politique, un
bastion idéologique à abattre.
Ce récit repose sur trois piliers :
- La
suspicion généralisée : toute ligne éditoriale non alignée est
interprétée comme militante.
- La
confusion entre pluralisme et partialité : la
diversité des voix est présentée comme un biais.
- La
personnalisation des attaques : dirigeants et journalistes sont accusés
d’agir pour un “camp”.
Or, les études indépendantes sur les médias
publics montrent au contraire une pluralité de sensibilités, une charte
d’indépendance stricte, et un contrôle démocratique exercé par le
Parlement et l’Arcom.
Dans ce contexte, le rôle d’Éric Morillot est révélateur. Animateur et polémiste, il publie en 2026 « Les intouchables de l’audiovisuel public », ouvrage qui compile et amplifie les accusations portées par l’extrême droite. Le livre reprend les thèmes désormais classiques : « caste » de privilégiés, dérives idéologiques, confiscation du débat public et dépenses injustifiées.
Ces affirmations reposent davantage sur une interprétation
militante que sur les conclusions de la commission d’enquête. D'ailleurs le sujet n'est pas de contester la contrôle parlementaire mais d'en faire un levier idéologique au service d'une partie de l'échiquier politique.
Morillot va plus loin en appelant à un référendum
sur l’avenir de l’audiovisuel public, proposition qui rejoint les
programmes du RN et de l’UDR visant à privatiser France Télévisions, réduire
drastiquement les budgets, voire supprimer le service public audiovisuel. La liste des signataires de cette pétition montre bien le combat idéologique en cours (
Avec une mention toute particulière concernant Michel Onfray qui se déclarait matérialiste et déterministe dans sa "jeunesse" (pas de libre arbitre pour lui) et nous montre ici - s'il en était besoin - qu'il ne faut pas vieillir.
Une stratégie politique cohérente : affaiblir un contre‑pouvoir
L’offensive contre l’audiovisuel public n’est pas
un accident.
Elle s’inscrit dans une stratégie politique plus large, observable dans
plusieurs pays européens : affaiblir les institutions médiatiques
indépendantes pour mieux contrôler la fabrique de l’opinion.
Car l’audiovisuel public représente un contre‑pouvoir
qui garantit un accès égalitaire à l’information, échappe aux logiques de
marché, est financé par les citoyens, et est soumis à des obligations de
pluralisme. Pour l’extrême droite, il constitue donc un obstacle à la
construction d’un récit politique homogène.
En le présentant comme un acteur partisan, elle
cherche à délégitimer ses productions, affaiblir la confiance du
public et préparer une privatisation ou une mise sous tutelle.
Un paradoxe démocratique : attaquer ce qui appartient à tous
L’audiovisuel public n’est pas un appareil
idéologique.
C’est un bien commun, financé par l’impôt, contrôlé par le Parlement, et
chargé d’une mission démocratique : informer, éduquer, cultiver.
L’attaquer au nom d’une supposée “neutralité”
revient à fragiliser un pilier du pluralisme, réduire la diversité des voix et renforcer
la dépendance aux logiques commerciales ou partisanes.
La commission d’enquête, loin d’avoir démontré
une quelconque “gauchisation”, a surtout révélé la violence de l’offensive
politique menée contre le service public
Un combat
qui dépasse de loin les médias
Ce qui se joue autour de l’audiovisuel public
dépasse largement la question des programmes ou des rédactions.
C’est une bataille pour la maîtrise du récit démocratique, pour la
définition de ce qui est légitime, audible, acceptable.
En visant l’audiovisuel public, l’extrême droite
ne cherche pas seulement à critiquer un secteur : elle cherche à affaiblir
un contre‑pouvoir essentiel, afin de remodeler l’espace public à son
avantage.
N’oublions pas que dans une démocratie, affaiblir
ce qui garantit le pluralisme revient à affaiblir la démocratie elle‑même.
Si vous avez un peu de temps pour en savoir un peu plus, notamment concernant quelques "déterminants historiques" :
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