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Gerard 't Hooft, un prix Nobel de physique, ne croit pas au libre arbitre !

Gerard 't Hooft, physicien néerlandais et lauréat du prix Nobel de physique en 1999, est reconnu pour ses contributions majeures à la physique théorique, notamment en théorie des champs, en gravitation quantique et sur le principe holographique. 

Ses réflexions sur le libre arbitre humain s’inscrivent dans le cadre de ses travaux sur la mécanique quantique et les fondements de la physique : il adopte une position déterministe, influencée par sa vision du monde physique.

Selon lui, les lois fondamentales de la physique, y compris celles de la mécanique quantique, suggèrent que tous les événements, dont les actions humaines, sont en principe déterminés par des conditions initiales et des lois physiques. Cette perspective découle de son travail sur les théories des variables cachées et sur une interprétation déterministe de la mécanique quantique, où il explore l’idée que la nature apparemment probabiliste des phénomènes quantiques pourrait être expliquée par des mécanismes sous-jacents déterministes, comme dans ses travaux sur les automates cellulaires quantiques.

Dans son article intitulé "The Cellular AutomatonInterpretation of Quantum Mechanics" (2016), 't Hooft propose une interprétation de la mécanique quantique où les états de l’univers sont gouvernés par des règles déterministes à des échelles fondamentales, même si celles-ci apparaissent comme probabilistes à des échelles macroscopiques. Cette vision implique que les processus cérébraux, qui sous-tendent les décisions humaines, sont eux aussi déterminés par des processus physiques, ce qui remet en question l’idée d’un libre arbitre au sens classique (c’est-à-dire la capacité d’agir indépendamment de toute causalité physique). Il soutient que ce que nous percevons comme des choix libres pourrait être le résultat de processus complexes mais déterministes dans le cerveau, influencés par des facteurs biologiques, environnementaux et physiques.

 Dans une interview donnée à Quanta Magazine en 2016, 't Hooft exprime clairement son scepticisme envers le libre arbitre : 

Je pense que le libre arbitre est une illusion. Tout ce qui se passe dans l’univers, y compris ce qui se passe dans nos cerveaux, découle des lois de la physique." 

Cette déclaration reflète son rejet d’un libre arbitre indépendant, aligné qu'il est sur une vision matérialiste et déterministe du monde.

La position de 't Hooft s’inscrit dans le débat classique entre déterminisme et libre arbitre. Le déterminisme, comme défendu par des penseurs tels que Spinoza ou, plus récemment, par des neuroscientifiques de plus en plus nombreux postule que tous les événements, y compris les décisions humaines, sont causés par des facteurs antérieurs (biologiques, environnementaux, ou physiques). Gerard 't Hooft s’appuie sur cette idée, en la renforçant par ses recherches en physique théorique, notamment sur le principe holographique, qui suggère que l’univers est régi par des lois fondamentales cohérentes et prévisibles, même si leur complexité peut donner l’impression de hasard ou... de liberté.

Cependant, Hooft ne nie pas totalement la perception subjective du libre arbitre. Dans son livre In Search of the Ultimate BuildingBlocks (1996), il aborde la complexité des systèmes physiques, y compris le cerveau humain, et suggère que la sensation de libre arbitre pourrait émerger de la complexité des interactions déterministes

Comme Spinoza, qui considérait le libre arbitre comme une illusion due à l’ignorance des causes qui déterminent nos actions (Éthique, 1677), Hooft voit le libre arbitre comme un artefact de notre méconnaissance des processus physiques complexes.

Les expériences de Libet dans les années 1980, montrant que l’activité cérébrale précède la conscience d’une décision, soutiennent l’idée que nos choix sont initiés par des processus inconscients, une idée compatible avec la vision de Hooft.

La position de 't Hooft soulève des questions philosophiques et éthiques importantes. Si le libre arbitre est une illusion, on doit alors remettre en question la responsabilité morale et juridique, en opposition à Thomas d’Aquin, pour qui le libre arbitre est nécessaire pour justifier les notions de récompense et de punition. Cependant, Hooft ne s’attarde pas sur ces implications éthiques, se concentrant principalement sur les aspects scientifiques.

Certains critiques, comme les défenseurs du compatibilisme (par exemple, Daniel Dennett), argumentent que même dans un univers déterministe, une forme de liberté pratique peut exister, basée sur la capacité des individus à agir selon leurs désirs et raisons, même si ceux-ci sont déterminés... Ce qui est incompréhensible : comment des déterminants pourraient créer de la liberté ontologique (voir Dennet et le compatibilisme).

Hooft rejette à raison cette aberration philosophique en insistant sur le caractère fondamentalement déterministe des processus physiques.

Sur sa vision de la physique quantique (sous-titres en français possibles) :

Références

  • 't Hooft, G. (2016). The Cellular Automaton Interpretation of Quantum Mechanics. Springer. Disponible sur : arXiv:1405.1548.
  • Interview de Gerard 't Hooft dans Quanta Magazine, 2016 : « Free Will Is an Illusion, but We Still Need to Make Choices ». Disponible sur : www.quantamagazine.org.
  • 't Hooft, G. (1996). In Search of the Ultimate Building Blocks. Cambridge University Press.

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