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Humanité immature ?

La foi et le surnaturel sont-ils synonymes d'immaturité intellectuelle ?

Après des siècles de croyances diverses protéiformes qui se cannibalisent entre elles, la question de savoir si la croyance religieuse ou l'adhésion au surnaturel relève d'une forme d'immaturité - sinon d'une méconnaissance des mécanismes du monde - qui est au cœur de la modernité.

Depuis le « désenchantement du monde » décrit par le sociologue Max Weber, une idée s'est ancrée en Occident : à mesure que la science progresse et illumine les zones d'ombre de notre ignorance, le besoin de surnaturel devait mécaniquement reculer.

Pourtant, au XXIe siècle, la foi persiste, se transforme et cohabite parfois avec une haute culture scientifique.

L'idée que la religion est une étape "infantile" du développement humain repose sur deux piliers majeurs de la pensée des XIXe et XXe siècles. Le père du positivisme, Auguste Comte, a théorisé dans son Cours de philosophie positive (1830-1842) que l'humanité traverse trois phases, comparables au développement d'un individu :

  1. L'état théologique (l'enfance) : l'homme explique les phénomènes naturels par des agents surnaturels (dieux, esprits, Père Noël…) par manque de connaissances causales.
  2. L'état métaphysique (l'adolescence) : les divinités sont remplacées par des concepts abstraits (la Nature, l'Être...).
  3. L'état positif (l'âge adulte) : l'esprit renonce à chercher le "pourquoi" absolu, sans issue, pour se concentrer sur le "comment" par l'observation scientifique.

Selon cette vision, croire au surnaturel aujourd'hui serait un anachronisme cognitif, un refus de passer à l'âge adulte de la raison.

Dans L'Avenir d'une illusion (1927), Sigmund Freud propose une critique psychologique dévastatrice. Pour lui, la religion est une « névrose obsessionnelle universelle ». Elle naît de la détresse infantile face à une nature hostile et à la certitude de la mort. L'adulte, effrayé par la vie, projette dans le ciel une figure paternelle protectrice (Dieu) pour se rassurer, tout comme l'enfant se tourne vers son père. La maturité consiste à abandonner cette béquille psychique pour affronter la réalité crue ("l'éducation à la réalité").

Cet argument, popularisé par les penseurs athées contemporains comme Richard Dawkins (Pour en finir avec Dieu, 2006), suggère que le surnaturel n'habite que les interstices de notre ignorance. Le monde de Spinoza, le réel, n'a rien pour plaire. Aucun principe ne le régit, aucune morale ne le transcende, aucune providence ne l'ordonne. C'est un monde absurde (Camus n'est pas loin), où le crime paie parfois (Staline est tranquillement mort dans son lit), et où la vertu n'a pas d'autre récompense qu'elle-même. Autrefois, on attribuait la foudre à Zeus ; la météorologie l'ayant expliquée, Zeus a disparu. Si la foi n'est qu'une « explication par défaut », elle est effectivement le signe d'une méconnaissance du monde.

Si la thèse de l'immaturité est séduisante par sa logique, elle se heurte à des réalités sociologiques et épistémologiques complexes. Le paléontologue et biologiste de l'évolution Stephen Jay Gould a proposé dans Et Dieu dit : « Que Darwin soit ! » (1999) le principe de NOMA (Non-Overlapping Magisteria ou Magistère Non Superposé).

  • La Science couvre le domaine des faits empiriques (de quoi l'univers est fait et comment il fonctionne).
  • La Religion couvre le domaine du sens, des valeurs morales et des buts ultimes.

Selon Gould, qui est agnostique, une personne peut être parfaitement mature et instruite (domaine 1) tout en ayant la foi (domaine 2), car ces deux domaines répondent à des questions différentes. L'immaturité serait de confondre les deux (ex : le créationnisme qui nie les découvertes en géologie, ou le scientisme qui prétend dicter la morale).

N.B : la plupart des religieux ont une foi absolue dans des textes « sacrés » et datés en contradiction totale avec les connaissances scientifiques. Des philosophes des sciences notent ainsi que la religion fait souvent des affirmations factuelles (création, miracles, origine de l’univers), ce qui contredit l’idée d’une séparation parfaite entre sciences et religions. Par ailleurs, l’évolution de la morale humaine (et proto-morale animale) s’explique scientifiquement dans des termes évolutionnistes afin de garantir au mieux la survie de l’espèce et de l’individu (coopération versus trahison etc.). Samuli Helama (2024) rappelle que NOMA est souvent présenté comme un modèle d’indépendance, mais que cette vision est trop simplificatrice, car la religion intervient aussi sur des questions de réalité, et non pas seulement de morale. Gould a luimême évolué vers une vision plus souple, parlant d’une “consilience of equal regard”, reconnaissant que les frontières entre disciplines sont plus poreuses qu’il ne le disait initialement.

Certains affirment que l'argument de la « méconnaissance du monde » pour expliquer le surnaturel s'effondre face à la liste des scientifiques de premier plan qui revendiquent une foi active. Le simple fait qu'ils existent prouverait que la connaissance du monde physique n'entraîne pas automatiquement l'athéisme.

  • Georges Lemaître : prêtre catholique et physicien, père de la théorie du Big Bang. Il tenait à séparer strictement sa foi de ses calculs cosmologiques.
  • Francis Collins : directeur du projet Génome Humain. Dans De la génétique à Dieu (2006), il explique comment le décryptage de l'ADN a renforcé son émerveillement spirituel plutôt que de l'éteindre.

Pour autant, l'identité religieuse - y compris chez les scientifiques - s'estompe dans de nombreux pays. De 2010 à 2020, la part de la population se déclarant affiliée à une religion a diminué d'au moins 5 points de pourcentage dans 35 pays, selon une étude récente du Pew Research Center.

Au lieu de voir la foi comme un défaut de connaissance ou d'intelligence, les recherches actuelles tendent à la voir comme une fonction cognitive naturelle ou un « choix » (libre ?) existentiel conscient.

Des chercheurs comme Justin Barrett (Born Believers, 2012) suggèrent que le cerveau humain est biologiquement câblé pour la croyance :

  • HADD (Dispositif de détection d'agence hyperactive) : du point de vue évolutif, il est préférable de croire qu'un bruit dans les buissons est un prédateur potentiel plutôt que le vent. Nous avons une tendance innée à détecter des intentions et des esprits partout. Cette tranche sortie du toaster est bien évidemment un signe que m'envoie Jésus, non ? A moins que ce ne soit Cyrano de Bergerac...

  • Nuance sur l'immaturité : si la croyance est un "instinct cognitif", l'athéisme demande un effort contre-intuitif. Cela ne rend pas la foi "immature", mais "naturelle". La maturité résiderait alors dans la capacité à examiner critiquement cet instinct.

Il semble bien que l'évolution nous ait doté d'un "raisonnement motivé" destiné à nous faire prendre des vessies pour des lanternes comme le montre cette conférence d'un neuroscientifique. Nous restructurons la réalité pour qu'elle "colle" avec notre position initiale...

La remise en cause de nos "causes" antérieures idéologiques / religieuses n'est pas une sinécure. Encore faut-il accepter de lutter contre une désinformation permanente et appliquer certaines mesures de protection...

Pour le philosophe très croyant Søren Kierkegaard, la foi n'est pas une connaissance imparfaite, mais une décision prise au-delà de la raison. Ce n'est pas croire faute de preuves, c'est croire malgré l'absence de preuves. Dans cette optique, la foi demanderait une maturité vertigineuse : accepter l'incertitude objective (le "silence de Dieu") et choisir d'y engager sa vie. C'est l'opposé de la superstition rassurante décrite par Freud ; c'est une prise de risque existentielle (?)

Le philosophe contemporain Alvin Plantinga soutient que la croyance en Dieu peut être "proprement basique" (comme croire en l'existence d'autrui ou du passé), et ne nécessite pas de preuves scientifiques pour être rationnelle, tant qu'elle n'est pas contredite par des faits avérés ("Sensus Divinitatis" ou « sens du divin »). Autrement dit, Plantinga se débarrasse divinement de la « charge de la preuve », soit la porte ouverte à toute croyance quelle qu’elle soit. Si cette faculté "proprement basique" existait, elle semble produire des croyances contradictoires selon les cultures, ce qui remet en cause sa fiabilité.

Finalement, peut-on dire que la foi correspond à un degré d'immaturité ou de méconnaissance du monde ? La réponse est nuancée :

  1. Oui, si la foi se substitue à la science pour expliquer des phénomènes naturels (ex : attribuer une maladie à un démon plutôt qu'à un virus). Dans ce cas, elle relève d'une pensée magique pré-rationnelle ou d'une méconnaissance factuelle.
  2. Non, si la foi s'inscrit dans une quête de sens (téléologie) qui accepte pleinement les acquis scientifiques. Dans ce cadre, elle relève d'une dimension différente de la conscience humaine mais nécessite une réactualisation permanente des textes fondateurs « sacrés » que les croyants ont quelque mal à contrarier.

Finalement, admettre la croyance dans un surnaturel et/ou une religion quelconque : le problème n’est pas là ! C’est l’affaire de chacun, avec son éducation, sa maturité intellectuelle/émotionnelle, ses préoccupations existentielles, les difficultés rencontrées, l’avancée en âge etc. 

Là où la croyance dans un surnaturel quelconque devient inadmissible, c’est quand elle s’impose à tous comme c’est le cas dans nos sociétés dite laïques. Le seul socle idéologique commun à l’humanité est celui du matérialisme scientifique laissant chacun croire en ce qu’il veut (peut) tout en restant dans le cadre des lois communes.

Or cette laïcité est incomplète si l’on considère rationnellement que le libre arbitre est une croyance surnaturelle échappant aux lois naturelles déterministes et indéterministes. 

Ce résidu de croyance spiritualiste est à l’origine de bien des malheurs de l’humanité (voir Le côté obscur du libre arbitre).

Qui s’en inquiète ?

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Références 

  • Comte, Auguste. Cours de philosophie positive. (1830).
  • Freud, Sigmund. L'Avenir d'une illusion. PUF (1927).
  • Weber, Max. Le Savant et le Politique. (1919).
  • Gould, Stephen Jay. Et Dieu dit : « Que Darwin soit ! » : Science et religion, enfin la paix ? Seuil (2000).
  • Dawkins, Richard. Pour en finir avec Dieu. Robert Laffont (2008).
  • Collins, Francis. De la génétique à Dieu : La confession de foi d'un des plus grands scientifiques. Presses de la Renaissance (2010).
  • Barrett, Justin L. Born Believers: The Science of Children's Religious Belief. Free Press (2012).
  • Taylor, Charles. L'Âge séculier. Seuil (2011) - Pour une analyse approfondie de la place de la foi dans la modernité.

Je résiste à tout... sauf au Chamallow

Le test du chamallow (marshmallow), mené en 1972 par Walter Mischel à Stanford, suit un protocole très simple :

  • Un enfant est placé seul dans une pièce.
  • On lui présente un chamallow (ou une friandise équivalente).
  • On lui dit : « Tu peux le manger maintenant. Mais si tu attends mon retour sans le manger, tu en auras deux. »
  • Les chercheurs mesurent le temps de résistance à la tentation.
Rappelons au passage que, même pour les croyants les plus fervents dans un libre arbitre humain, les enfants que l'on voit dans cette vidéo ne sont pas censés en posséder... Et pourtant ils font des choix différents. 
Comment est-ce possible, sans libre arbitre ?


Ce protocole visait donc à évaluer la gratification différée, c’est‑à‑dire la capacité à attendre une récompense plus grande plutôt que de céder immédiatement à la tentation. Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ? (La Fontaine / "Le petit poisson et le pêcheur")

Ca se discute !

Les premières analyses de Mischel suggéraient que les enfants capables d’attendre plus longtemps avaient, des années plus tard, de meilleurs résultats scolaires, une meilleure stabilité émotionnelle et une plus grande réussite socialeCette interprétation a longtemps été présentée comme une preuve que la maîtrise de soi serait un facteur déterminant de réussite.

Mais les réplications plus récentes (Watts, Duncan & Quan, 2018) ont fortement nuancé ces conclusions : le lien entre « temps d’attente » et réussite future devient très faible lorsqu’on contrôle des variables comme :

    • le niveau socio‑économique,
    • la stabilité familiale,
    • l’éducation parentale,
    • la confiance de l’enfant dans l’adulte.

"En nous concentrant sur les enfants dont les mères n'avaient pas fait d'études supérieures, nous avons constaté qu'une minute supplémentaire d'attente à l'âge de 4 ans prédisait un gain d'environ un dixième d'écart-type dans la réussite scolaire à l'âge de 15 ans. Cependant, cette corrélation bivariée était deux fois moins importante que celles rapportées dans les études originales et était réduite des deux tiers après contrôle des facteurs familiaux, des capacités cognitives précoces et de l'environnement familial. La majeure partie de la variation de la réussite scolaire à l'adolescence était liée à la capacité d'attendre au moins 20 secondes."

En clair : ce n’est pas une volonté individuelle qui tomberait du ciel et expliquerait la réussite, mais bien le contexte - non choisi librement - dans lequel l’enfant grandit.

Un enfant issu d’un milieu stable et prévisible peut attendre, car il a appris que les promesses sont tenues.
Un enfant issu d’un milieu instable mange immédiatement, car il a appris que les récompenses futures sont incertaines.

Par ailleurs, certaines prédispositions génétiques influencent l’impulsivité, la sensibilité à la récompense et la régulation émotionnelle.

Dans tous les cas, il ne s’agit pas d’un choix libre (volonté libre / libre arbitre), mais bien d’une stratégie adaptative qui s'impose au monde du vivant.

Cette lecture rejoint une conception déterministe de l’action humaine : nos décisions ne surgissent pas d’un « moi » libre, mais d’un ensemble de causes — génétiques, neurobiologiques, affectives, sociales — qui façonnent nos préférences, nos attentes et nos réactions. Le test du marshmallow devient alors un exemple pédagogique de ce que les neurosciences et la psychologie contemporaine montrent de plus en plus clairement : ce que nous appelons « choix » n’est souvent que la manifestation consciente d’un processus déterminé en amont.

L’illusion du libre arbitre naît du fait que nous ressentons nos décisions comme libres, alors qu’elles sont le produit d’un enchaînement causal dont nous ne percevons que la dernière étape. L’enfant croit choisir, alors qu'il ne fait qu’exprimer une configuration biologique et éducative complexe... mais déterminée.

Ainsi, loin de révéler une capacité morale ou une vertu personnelle, le test du marshmallow illustre la manière dont nos comportements sont enracinés dans des déterminants qui nous précèdent. Il montre que la liberté que nous nous attribuons est souvent une reconstruction après coup, un récit que nous produisons pour donner sens à des actions dont les causes profondes nous échappent.

Cependant, le déterminisme n’est pas une fatalité : c’est un appel à agir sur les causes.

Si les comportements des enfants sont déterminés par leur génétique, leur environnement et leurs expériences précoces, alors l’éducation devient un levier central. Accompagner un enfant dans un cadre déterministe revient à :

  • créer un environnement stable et prévisible,
  • renforcer la confiance dans les adultes,
  • offrir des modèles cohérents,
  • réduire l’exposition au stress,
  • encourager des routines qui structurent la régulation émotionnelle,
  • comprendre que les comportements difficiles ne sont pas des fautes, mais des symptômes de déterminants modifiables.

Le test du marshmallow illustre parfaitement cela : un enfant qui « échoue » ne manque pas de volonté ; il manque de conditions favorables. L’éducation devient alors un travail sur les causes, non un jugement sur les effets. Ce qui reste valable pour l'adulte qui n'a pas plus de libre arbitre que l'enfant.

Le déterminisme ne nie pas la possibilité d’agir : il déplace la responsabilité vers les conditions qui rendent l’action possible. Il invite à comprendre plutôt que blâmer, prévenir plutôt que punir, accompagner plutôt que juger.

Dans ce cadre, la société devient un système de co‑construction des déterminants, et non un tribunal du libre arbitre.

On pourrait même parler du paradoxe du chamallow : plus on y résiste enfant, meilleure sera notre réussite sociale et donc, plus on pourra se gaver de chamallows par la suite ! 

Elle est pas belle la vie ?


Référence

Expérience du test de guimauve de Stanford 

Animal et animal... humain

L’HUMAIN, UN ANIMAL PARMI LES AUTRES ?

Pendant longtemps, l’humain s’est considéré comme radicalement différent des autres animaux.
Pourtant, les recherches modernes en éthologie, psychologie comparée et neurosciences montrent que la plupart des comportements humains ont des équivalents dans le règne animal.

Les études récentes sur les émotions animales confirment que les animaux possèdent :

  • des émotions complexes (joie, peur, tristesse, colère) 
  • des formes de conscience émotionnelle 
  • des comportements sociaux élaborés
  • des stratégies de séduction, de coopération et de conflit
  • des cultures locales et des traditions comportementales

Les émotions animales ne sont plus un sujet spéculatif : elles sont documentées par des études comportementales, neurologiques et endocriniennes.

Par exemple, la joie est un comportement observable et mesurable chez l'animal. 

Ainsi, les éléphants manifestent une joie intense lors des retrouvailles :

  • vocalisations spécifiques
  • battements d’oreilles
  • caresses de trompe
  • synchronisation des mouvements

Ces comportements sont décrits comme des manifestations émotionnelles authentiques.

Les chiens sécrètent de l’ocytocine - l’hormone du lien - lorsqu’ils retrouvent leur maître. Cette réaction est similaire à celle observée chez les humains lors d’interactions affectives.

Les corbeaux jouent, glissent sur la neige, manipulent des objets sans but utilitaire. Le jeu est un indicateur d’émotions positives.

La tristesse, le chagrin et le deuil sont des comportements complexes présents chez les animaux :

Les éléphants sont connus pour :

  • visiter les os de leurs morts
  • rester près d’un cadavre
  • toucher les restes avec délicatesse

Les dauphins ont été observés soutenant un petit mort à la surface, comme s’ils tentaient encore de le faire respirer.

Des mères chimpanzés portent leur bébé mort pendant plusieurs jours. Les autres membres du groupe montrent des comportements de soutien.

La peur est également un mécanisme universel :

Les rats présentent des réponses de peur mesurables :

  • paralysie
  • cris ultrasoniques
  • augmentation du cortisol

Les oiseaux émettent des cris d’alarme différents selon le type de prédateur. C’est une forme de communication émotionnelle.

L’empathie animale est un phénomène démontré scientifiquement

L’étude Bridging the Gap: Human and Animal Emotions (Affective Science) montre que l’empathie animale est mesurable de par :

Des rats libèrent un congénère prisonnier même lorsqu’ils pourraient choisir une récompense alimentaire.

Les dauphins aident des humains en détresse, un comportement documenté dans plusieurs études.

Les corbeaux réagissent à l’injustice : ils refusent de coopérer si un autre reçoit une récompense supérieure pour le même effort.

PROTECTION MATERNELLE ET LIENS FAMILIAUX : des parallèles profonds

Les primates montrent :

  • un portage ventral
  • des câlins
  • du réconfort
  • un apprentissage par imitation
  • une transmission culturelle

Ces comportements sont décrits dans plusieurs synthèses scientifiques sur les émotions animales.

Les éléphantes vivent en clans matriarcaux : les tantes et sœurs participent à l’éducation ; les petits sont protégés collectivement ; les adultes forment un cercle défensif autour des jeunes.

Chez les loups, la meute est une famille : les jeunes adultes aident à élever les petits, les parents enseignent la chasse et les membres blessés sont nourris.

HIÉRARCHIES SOCIALES ET POLITIQUE ne sont pas absentes chez l'animal.

Ainsi, les chimpanzés fourbissent des alliances politiques, avec manipulations sociales si nécessaires, des réconciliations après conflit, et même des stratégies de domination non violentes. Ces comportements sont décrits dans les études sur les émotions et la conscience animale (royalsocietypublishing.org).

Chez les bonobos, les femelles dominent et les conflits sont apaisés par des interactions sociales. La cohésion du groupe est prioritaire.

SÉDUCTION, ATTACHEMENT ET COMPORTEMENTS AMOUREUX ne sont pas l'apanage des humains, manifestement...

La roue du paon est un signal complexe comportant des éléments de symétrie, de taille, de vibration des plumes et de préférences individuelles des femelles.

Chez les oiseaux chanteurs, les chants sont appris culturellement. Les femelles réagissent émotionnellement à la qualité du chant.

Chez les pingouins, les couples se retrouvent chaque année grâce à des appels uniques. Ils manifestent des comportements de joie lors des retrouvailles.

CE QUI SEMBLE RÉELLEMENT PROPRE À L’HUMAIN ?

Selon les études scientifiques (Royal Society Open Science, Affective Science), trois domaines se distinguent :

1️ Le langage symbolique complexe

Aucune espèce ne combine syntaxe, grammaire et abstraction comme l’humain.

2️ La culture cumulative

Les animaux ont des cultures, mais elles ne s’accumulent pas sur des siècles.

3️ La pensée abstraite avancée

L’humain excelle dans :

  • mathématiques
  • philosophie
  • art symbolique
  • planification à long terme

Finalement, les animaux ressentent, apprennent, coopèrent, aiment, pleurent, se réjouissent, se battent, se réconcilient.
Les études scientifiques modernes montrent que leurs émotions sont réelles, mesurables, et souvent proches des nôtres.

La frontière entre l’humain et l’animal n’est pas une rupture, mais un continuum évolutif dans lequel les différences ne sont pas de nature mais de degrés.

Il serait peut-être temps de tenir compte de ce que l'on sait maintenant de nos cousins.


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Références

Peuple(s) "élu(s)" ?

Le concept de "peuple élu" a traversé les siècles, évoluant d'une idée théologique ancrée dans les traditions religieuses anciennes à une notion parfois instrumentalisée pour justifier des projets politiques, culturels ou impérialistes. Ce terme, souvent associé aux récits bibliques et à la tradition judéo-chrétienne, a également trouvé des échos dans d'autres cultures et contextes, où des groupes se sont revendiqués comme dépositaires d'une mission divine ou d'une supériorité civilisationnelle. 

Le "peuple élu" dans la tradition hébraïque

Le concept de "peuple élu" trouve ses racines dans la Bible hébraïque, où le peuple d'Israël est décrit comme choisi par Dieu pour établir une alliance spéciale. Dans le livre du Deutéronome (7:6), il est écrit : « Car tu es un peuple saint pour l'Éternel, ton Dieu ; l'Éternel, ton Dieu, t'a choisi pour que tu sois un peuple qui lui appartienne en propre, parmi tous les peuples qui sont sur la face de la terre. » Cette élection n'implique pas nécessairement une supériorité intrinsèque (quoique...), mais une responsabilité : respecter les commandements divins et être un « royaume de prêtres et une nation sainte » (Exode 19:6).

Selon les exégètes comme Jon D. Levenson (The Hebrew Bible, the Old Testament, and Historical Criticism, 1993), cette idée d'élection reflète une relation où l'obéissance à Dieu est centrale. Cependant, cette notion a souvent été interprétée comme une exclusivité, alimentant des tensions avec les peuples voisins dans l'Antiquité, comme les Cananéens ou les Philistins.

Bien que le concept soit emblématique de la tradition hébraïque, des parallèles existent dans d'autres civilisations. Les Égyptiens, par exemple, se considéraient comme les favoris des dieux, leur terre étant le centre du cosmos sous la protection d'Amon-Rê. Dans l'Empire perse achéménide, les rois se présentaient comme mandatés par Ahura Mazda pour gouverner les peuples. Ces revendications d'une mission divine servaient souvent à légitimer le pouvoir et à unifier des empires multiculturels, comme l'explique Pierre Briant dans Histoire de l'Empire perse (1996).

Avec l'émergence du christianisme, le concept de "peuple élu" s'élargit. Le Nouveau Testament, notamment dans les écrits pauliniens (Galates 3:28), redéfinit l'élection comme accessible à tous, juifs et gentils, par la foi en Jésus-Christ. Cette universalisation marque une rupture avec l'exclusivité ethnique de l'alliance mosaïque, mais elle conserve l'idée d'une communauté choisie pour une mission spirituelle.

Au Moyen Âge, l'Église catholique se présente comme le nouveau "peuple élu", chargé de répandre la foi chrétienne. Cette vision justifie les croisades (1095-1291), où la reconquête des lieux saints est perçue comme une mission divine. Comme le note Jonathan Riley-Smith dans The Crusades: A History (2005), cette idéologie a souvent servi à mobiliser les masses et à légitimer la violence contre les "infidèles".

Dans l'Europe médiévale, des royaumes comme la France et l'Angleterre revendiquent également un statut d'élection divine. Les rois de France, par exemple, se proclament "fils aînés de l'Église" et bénéficient d'un sacre à Reims, renforçant l'idée d'une nation choisie par Dieu. Marc Bloch, dans Les Rois thaumaturges (1924), montre comment cette sacralisation du pouvoir a consolidé l'autorité monarchique.

À l'époque moderne, le concept de "peuple élu" prend une dimension séculière, notamment dans le contexte de l'expansion coloniale européenne (XVIe-XIXe siècles). Les puissances européennes, comme l'Espagne, le Portugal, la France et la Grande-Bretagne, justifient leurs conquêtes par une "mission civilisatrice", un écho laïcisé de l'idée d'élection divine. Les colonisateurs se présentent comme porteurs d'une culture et d'une religion supérieures, destinées à "élever" les peuples colonisés.

Edward Said, dans L'Orientalisme (1978), analyse comment cette vision ethnocentrique a construit un imaginaire de supériorité occidentale, où les colonisés sont dépeints comme inférieurs et nécessitant une tutelle. Par exemple, la doctrine du White Man's Burden (fardeau de l'homme blanc) de Rudyard Kipling reflète cette idée d'une responsabilité autoproclamée des Européens à "civiliser" le monde.

Aux États-Unis, le concept de "peuple élu" prend une forme particulière avec les colons puritains du XVIIe siècle. John Winthrop, dans son sermon A Model of Christian Charity (1630), décrit la colonie de la baie du Massachusetts comme une « ville sur la colline », un exemple moral pour le monde. Cette vision évolue au XIXe siècle avec la doctrine du Manifest Destiny, qui justifie l'expansion territoriale américaine comme une mission divine.

Comme l'explique Anders Stephanson dans Manifest Destiny: American Expansion and the Empire of Right (1995), cette idéologie a légitimé la conquête des terres autochtones et la guerre contre le Mexique (1846-1848). L'idée d'une nation élue a ainsi servi de fondement à l'impérialisme américain, notamment lors des interventions en Amérique latine et aux Philippines à la fin du XIXe siècle.

Au XXe siècle, le concept de "peuple élu" se retrouve dans les discours nationalistes. En Allemagne nazie, l'idéologie aryenne exalte le peuple allemand comme une race supérieure, choisie pour dominer le monde. Cette perversion du concept, analysée par Saul Friedländer dans L'Allemagne nazie et les Juifs (1997), montre comment une rhétorique d'élection peut justifier des atrocités.

Dans le contexte juif, le concept de "peuple élu" prend une nouvelle dimension avec le sionisme. Theodor Herzl, dans L'État des Juifs (1896), propose la création d'un État juif en réponse aux persécutions antisémites. Pour de nombreux sionistes religieux, le retour à la terre d'Israël est l'accomplissement d'une promesse divine. Cependant, comme le souligne Benny Morris dans Righteous Victims (1999), cette revendication a engendré des conflits avec les populations palestiniennes, illustrant les tensions inhérentes à l'idée d'une terre "promise" à un peuple spécifique.

Aujourd'hui, le concept de "peuple élu" continue d'être invoqué, souvent à des fins politiques. Aux États-Unis, l'évangélisme chrétien soutient parfois l'idée d'une nation élue, influençant la politique étrangère, notamment envers Israël. Dans d'autres contextes, des régimes autoritaires utilisent des rhétoriques similaires pour galvaniser leurs populations, comme en Russie, où l'Église orthodoxe présente le pays comme un rempart spirituel contre l'Occident.

Les chercheurs contemporains, comme Anthony D. Smith dans Chosen Peoples (2003), soulignent que l'idée de "peuple élu" est une construction culturelle, souvent utilisée pour renforcer l'identité collective face à l'adversité. Cependant, elle peut aussi alimenter l'exclusion, le chauvinisme et les conflits. La déconstruction de ce concept invite à réfléchir sur les dangers de l'essentialisme et sur la nécessité de promouvoir des identités inclusives.

Finalement, le concept de "peuple élu" - revendiqué par bien des peuples - a évolué d'une idée théologique à un outil de légitimation politique et impérialiste. De l'Antiquité à nos jours, il a servi à consolider des identités collectives, mais aussi à justifier des entreprises de domination, de l'expansion territoriale aux génocides. En examinant son histoire, nous comprenons mieux comment les récits d’une pseudo "élection", qu’ils soient religieux ou séculiers, façonnent les dynamiques de pouvoir et les relations intergroupes. 

Une approche critique de ce concept reste cruciale pour en comprendre les implications dans un monde globalisé. 

N'en déplaise à certains : dans un monde matérialiste, il n'y a pas de peuple élu.

Et ce n'est pas ce charabia spiritualiste - même de la part d'un Docteur en physique - qui peut convaincre du contraire :



Références

Elon Musk : matérialiste ?

Du matérialisme athée à la croyance en un créateur cosmique... ou les contradictions d'un visionnaire avec quelques limites 

Petit rappel au cas où... 

Etre "matérialiste" en philosophie ne consiste pas à accumuler les biens matériels mais à considérer que ce que l'on sait du monde passe par la science, fille "aînée" de la philosophie. Dans ce paradigme, seules les lois naturelles et leur connaissance exigeante (déterminisme / indéterminisme quantique) fondent la vision du monde la plus "rationnelle". En opposition, le spiritualisme (voire l'idéalisme) laissent la place à ce que l'on ne sait pas (religions / vie après la mort, éternelle si possible etc.). Les spiritualistes n'ont besoin d'aucune preuve pour croire : peut-on prouver que les miracles n'existent pas ? Non. 

Donc, il se peut que les miracles existent et bousculent en cela les lois naturelles ?

Elon Musk, l'homme qui rêve de coloniser Mars et de fusionner l'humain avec l'IA, a toujours cultivé une image de matérialiste au sens précité : athée convaincu, déterministe cosmique, obsédé par les lois physiques implacables de l'univers. Pourtant, en cette fin d'année 2025, Musk admet croire en un "Créateur" - Dieu, ou du moins une sorte de force architecturale derrière (dessous ? dessus ? à gauche ? à droite ? partout ?...) l'univers. 

"Je crois que cet univers vient de quelque chose. Les gens ont des étiquettes différentes [pour Dieu]"

...déclare-t-il lors d'une interview avec Katie Miller, épouse de l'ancien conseiller de Trump, Stephen Miller. Ce revirement, survenu après des années d'agnosticisme sceptique, soulève plus de questions qu'il n'en résout. Car si Musk se réclame encore d'un matérialisme scientifique, ses actions - accumulation effrénée de richesse, philanthropie sélective, défense acharnée d'une "méritocratie" - trahissent des contradictions profondes. 

Longtemps, Musk a pourtant incarné le matérialiste archétypal. Athée assumé depuis ses jeunes années, il a souvent raillé les religions organisées comme des "mèmes obsolètes" et défendu une vision du monde régie par des lois physiques pures : pas de surnaturel, pas d'âme immatérielle, juste des particules en collision permanente. En 2022, il se disait déjà agnostique, flirtant avec l'idée d'un "Dieu" comme algorithme suprême, mais sans transcendance. Ses références à la physique quantique et à l'évolution darwinienne - via Neuralink ou SpaceX - renforçaient cette posture : l'univers est une machine causale, déterminée par des équations, où le libre arbitre n'est qu'une illusion émergente des réseaux neuronaux.

Mais 2025 marque un basculement. Dans l'interview du 10 décembre avec Katie Miller, Musk surprend son hôte en affirmant : "Je crois que Dieu est le Créateur". Ce n'est plus de l'athéisme pur ; c'est une foi cosmique, une reconnaissance d'une "origine intelligente" derrière le Big Bang, sans pour autant embrasser une religion dogmatique. On pourrait rapprocher cette conception de celle de Spinoza ou d'Einstein pour lesquels la Nature est tout, sans lui donner le nom de Dieu. Mais ces deux derniers n'ont aucune croyance dans le libre arbitre, le talent, le mérite... en "bon matérialistes" qu'ils sont.

"L'univers n'est pas venu de rien", insiste Musk, évoquant un "quelque chose" étiqueté "Dieu" par les humains. Ce virage s'inscrit dans une trajectoire plus large : en septembre 2025, Musk plaidait déjà pour une "revival de la philosophie cohérente" dans une société post-religieuse, critiquant l'absence de cadre moral post-sécularisation. Des observateurs y voient une lumière « chrétienne culturelle », influencée par ses alliances politiques proche de Trump et des conservateurs MAGA.

Philosophiquement, ce glissement érode franchement son matérialisme déclaré. Si l'univers a un Créateur, où est la place pour un déterminisme strict qui évacue le concept ontologique du libre arbitre ? Musk n'aborde pas explicitement le libre arbitre dans ces déclarations récentes, mais son silence est assez éloquent : un Créateur implique potentiellement une intention divine, flirtant avec un dualisme qu'il dénonçait autrefois. Comme le note un article du Daily Mail, ce retournement surprend, car Musk avait bâti sa marque sur un scepticisme radical - "pas de Cupidon neuronal", pour paraphraser Dennett, qu'il cite souvent (voir Dennet et le compatibilisme). 

Résultat : sa conception déclarée ressemble moins à un socle inébranlable qu'à un échafaudage précaire en mutation, adapté aux humeurs politiques et personnelles.

Si le matérialisme de Musk implique que tout - y compris la richesse, dont la sienne - est le produit de chaînes causales (gènes, éducation, chance, exploitation collective), alors ses actions contredisent violemment cette logique. Au 15 décembre 2025, sa fortune s'élève à 498,8 milliards de dollars, selon Forbes, faisant de lui le premier homme à franchir les 500 milliards en octobre dernier, soit une somme astronomique de billets de 500 euros en pile sur une hauteur de 15 fois l'Everest ! (voir Sémantique, affect... politiques). Cette accumulation défie les limites physiques : personne ne peut "travailler" plus de 24 heures par jour, et Musk lui-même admet que son "talent" est amplifié par des milliers d'employés chez Tesla, SpaceX et xAI. Les flux d'argent sont des flux de travail car l'argent n’a pas de “substance” propre : il est la forme sociale prise par le travail humain ! Et Musk justifie cette appropriation du travail des autres (vol "légal") par un narratif spiritualiste recyclé : le "mérite" individuel, le "talent"... comme étincelle divine, cosmique ? En tout cas pas d'essence matérialiste.

Méritocratie injustifiable du point de vue matérialiste, mais acceptée par la grande majorité de nos contemporains, ce qui donne au niveau mondial des écarts et inégalités faramineuses comme le montre cette courbe linéaire (en bleu) où la richesse reste quasi nulle jusqu’aux percentiles élevés, puis explose brutalement après 99 ; et la courbe logarithmique (en rouge) qui révèle la structure interne de la distribution, rendant visibles les variations dans les percentiles intermédiaires.

Renons à Musk et sa "philanthropie" : la Musk Foundation dotée de 14 milliards de dollars fin 2024, a enregistré un record de dons en 2024, soit 474 millions de dollars. Pour qui ? 99 % iront à des entités qu'il contrôle directement : son école Ad Astra, des labs IA ou des projets spatiaux. Pour la quatrième année consécutive, sa fondation n'a pas distribué les 5 % requis a minima par la loi américaine pour maintenir son statut caritatif, forçant un rattrapage d'urgence d'ici fin 2025. Musk réagit par un tweet laconique : "La philanthropie est très difficile", certes, alors qu'il vient de sécuriser un package salarial personnel d'1 trillion (= 1000 milliards) de dollars chez Tesla. Comparé à MacKenzie Scott (ex épouse de Bezos), qui a donné 7,1 milliards en 2025 sans conditions?

Musk passe pour un égoïste. Rappelons l'épisode de la faim mondiale en 2021 : le PAM de l'ONU affirmait que 6 milliards (0,2 % de la fortune actuelle d'Elon) sauveraient 42 millions de vies. Musk conditionna son don à un "plan exact sur Twitter" - fourni, mais jamais honoré. En 2025, rien de neuf : pas un sou pour l'humanitaire, malgré des crises aggravées par le climat... qu'il va résoudre via Tesla, si, si ! C'est de l'exploitation pure : la valeur créée par des employés (80 h/semaine, burnout galopant) est confisquée via des stock options, justifiée par un "mérite" que le matérialisme déconstruit par ailleurs. Comme le souligne The New York Times, cette philanthropie "sélective" masque des conflits d'intérêts : Musk donne à des causes qui boostent ses entreprises, mais pas à celles qui égaliseraient les déterminants en cause (éducation universelle, prévention de la pauvreté).

Au cœur de ses incohérences : la défense obsessionnelle d'une "méritocratie" qui transpire un libre arbitre ontologique. En 2025, Musk multiplie les tweets et interventions contre le "DEI" (diversité, équité, inclusion), vantant un système "hyper basé sur le mérite" chez xAI : 

"Jugez sur les compétences et l'intégrité, pas la race ou le genre." 

Lors d'un TED en février, il appelle à un "retour au talent pur" pour sauver l'Amérique. Pourtant, son propre parcours - héritage familial aisé, réseau PayPal, subventions fédérales massives pour SpaceX – est un tissu chaotique de déterminations non "méritées".

Ces contradictions s'amplifient politiquement en 2025 lorsque Musk co-dirige le DOGE (Department of Government Efficiency) sous Trump, avec mise en place de coupes budgétaires inspirées de Project 2025 - tout en gardant le contrôle de contrats fédéraux pour ses entreprises (des milliards pour Starlink notamment). The Guardian alerte : ces "conflits d'intérêts devraient effrayer tous les Américains". Bof... Populiste anti-élite, Musk élève la loyauté MAGA au-dessus de la compétence, ironisant sur une "méritocratie" qui masque son propre népotisme (famille impliquée dans ses entreprises). Sur l'immigration, il critique le système H1-B comme "cassé" tout en l'utilisant pour Tesla, proposant des réformes qui favorisent les "talents" : mais quels talents, si le "vouloir" est déterminé par des visas et des opportunités inégalitaires ?

Philosophiquement, c'est un naufrage : un Créateur cosmique rendrait le mérite encore plus illusoire (destin divin ?), et un matérialisme cohérent exigerait de s'opposer aux causes des inégalités, pas de les sanctifier. Des critiques - comme celles du The New York Times - font remonter ces idées à l'héritage de son grand-père, un aventurier eugéniste. Résultat : une "méritocratie paradoxale", à tout le moins.

Elon Musk n'est peut-être pas un hypocrite patenté, mais plus surement un produit de ses propres contradictions : un matérialiste qui invoque un Créateur pour combler un vide existentiel, un déterministe qui défend un mérite spiritualisé pour justifier son empire. Sa fortune de 500 milliards, sa fondation dormante, son militantisme antiwoke ; tout cela heurte une philosophie qu'il proclame sans l'incarner. 

A propos de son horreur du "wokisme" : ce chapitre familial est l'un des plus douloureux de la saga Musk - soit un mélange explosif de vie privée exposée, de politique et de philosophie personnelle qui met encore plus en lumière les contradictions déjà évoquées. Elon Musk voit la transition de son enfant comme une "perte" due à une idéologie toxique, tandis que Vivian Jenna Wilson (née Xavier en 2004) accuse son père d'absence et d'hostilité. 

Les faits : Vivian Jenna Wilson, l'un des 12 enfants de Musk (avec l'ex-femme Justine Wilson), a fait sa transition publique en 2022 à 18 ans. Elle a alors changé légalement son nom et son genre au tribunal de Californie, déclarant explicitement : 

"Je ne veux plus rien avoir à faire avec mon père biologique d'aucune manière, forme ou aspect." 

Musk, qui avait déjà divorcé de Justine en 2008, affirme avoir autorisé un traitement de blocage de puberté pour Xavier adolescent sous la menace d'un suicide imminent, mais regrette amèrement, qualifiant le traitement de "mutilation infantile", avec "perte de son fils". Vivian, de son côté, a partagé en mars 2025 dans Teen Vogue une enfance marquée par la dysphorie de genre, des troubles mentaux associés, et un père distant : "il n'était pas là pour moi quand j'en avais besoin", dit-elle, en le décrivant comme "maléfique de façon caricaturale" face à l'administration Trump. Elle évoque aussi une peur grandissante pour les droits trans sous Trump, au point d'annoncer en décembre 2025 son départ des États-Unis pour le Royaume-Uni, où elle se sent plus en sécurité.

Musk n'a pas mâché ses mots sur X tout au long de 2025, liant systématiquement la transition de Vivian à son concept de "virus woke" - une idéologie contagieuse qu'il accuse d'endoctriner les jeunes vulnérables, surtout les garçons blancs, via la propagande anti-hommes :

  • En septembre 2025, il tweete que les hormones trans "poussent à une violence extrême" et devraient être interdites par la FDA, citant des cas de violence (sans nuance scientifique).
  • En octobre, il mène un boycott de Netflix pour une série trans, répétant qu'il a "perdu son fils" à cause de cela.
  • Fin novembre, il lie le "virus woke" à la tolérance de la traite d'enfants sur Meta...

Une querelle va exploser avec le gouverneur Gavin Newsom le 12 décembre 2025. Newsom tweete une vidéo de lui vantant ses lois pro-trans en Californie, en réponse aux critiques de Musk sur l'État. Le bureau de Newsom réplique : "Désolé que ta fille te déteste, Elon." Musk riposte en refusant de reconnaître l’identité de genre de Vivian (« mon fils Xavier ») et en qualifiant sa situation de...

« tragique maladie mentale provoquée par ce virus woke que vous inoculez aux enfants vulnérables J’aime Xavier profondément et j’espère qu’il se rétablira. » 

Vivian n’a pas réagi publiquement cette fois-ci, mais son entretien de mars demeure un cri du cœur : 

« Je suis horrifiée par cette vague anti-trans, dont mon père est l’un des piliers. »

Laissons de côté la presse à sensation pour revenir sur le fond. Musk, matérialiste athée (ou presque, avec son "Créateur" récent), voit le genre comme biologiquement déterminé (causal, neuronal) - d'où Neuralink pour "améliorer" le cerveau. Pourtant, il rejette la transidentité de Vivian comme un "virus woke" externe, contagieux et curable, pas comme une variation innée des chaînes causales (gènes, hormones, environnement dont son rôle de père). C'est une faille abyssale : si tout est déterminé, pourquoi blâmer une pseudo idéologie plutôt que d'explorer les racines biologiques de la dysphorie ? Et son "amour" conditionnel ("récupère-toi") sonne comme un déni, contredisant un naturalisme empathique qu'on attendrait d'un déterministe dur. Au lieu d'une tentative de réhabilitation familiale (thérapie, écoute), c'est une guerre publique qu'il mène - aligné sur son virage idéologique MAGA où les trans deviennent des boucs émissaires politiques.

En 2025, tandis que le monde affronte des famines liées au climat et des inégalités grandissantes, Musk pourrait consentir un don substantiel à la réhabilitation pénitentiaire, plaider en faveur d’un revenu universel de base inspiré du déterminisme, ou publier un message déconstruisant le « talent » et le "mérite" en tant qu’illusions neuronales. Au lieu de cela, il se contente de vanter des puces d’intelligence artificielle miraculeuses.

Ce n’est pas la fin du mythe Musk - simplement un appel à une refonte. Si l’univers provient d’un Créateur, comme il le prétend, peut-être que le sien attend un philosophe plus exigeant. Dans tous les cas, ces contradictions nous rappellent que même les attributs prétendus des Titans ne sont que des maillons dans une chaîne causale, faillibles et perfectibles. Des prises excessives de kétamine (décisions impulsives, hallucinations), ecstasy et LSD sont invoquées par certains pour expliquer certaines prises de position du Titan.

Finalement, Musk - comme tant d'autres qui se déclarent matérialistes - est rattrapé par ses affects, son intérêt personnel et son manque de culture philosophique. Qui peut prétendre y échapper complètement ? Certes, mais rappeler que l'idéologie exige tout de même un peu de rigueur et devrait s'exprimer dans les faits, ma foi...

Et pour illustrer le chaos déterministe qui a bien profité "matériellement" à Elon Musk, voici un dédale de déterminants extrêmement bien "calibrés" alors qu'il suffirait que l'une des billes soit plus petite, un obstacle un peu plus long, d'une aide providentielle (ou non) d'une autre bille... - soit autant d'éléments non choisis "librement" dans une vie - pour que tout change dans la vie de la bille jaune Musk !