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Terre plate et libre arbitre

Il est de "bon goût" de se gausser des prétentions platistes concernant la "vraie" forme de notre bonne vieille Terre. 

Des "abrutis" incultes ces platistes, n'est-ce pas ? 

L’hypothèse centrale de cet article est que le sentiment de Terre plate et le sentiment de libre arbitre dérivent d’un même mécanisme computationnel : la production, par le cerveau humain, de modèles internes à faible coût énergétique, optimisés pour l’action locale plutôt que pour la vérité objective ; soit la tentative d'une analyse "technique" d’une homologie cognitive entre illusions perceptives et illusions agentives.

Dans les deux cas, platisme versus libre arbitre - l’architecture cognitive repose sur des heuristiques perceptives ou introspectives qui maximisent la rapidité de décision et la stabilité comportementale, au détriment de la fidélité ontologique. Cette homologie s’inscrit dans le cadre de la théorie des modèles internes (Friston, 2010 ; Clark, 2013), du predictive coding, de la Bayesian brain hypothesis, et de la philosophie matérialiste de l’esprit. Le cerveau minimise l’erreur de prédiction en produisant des représentations compressées, localement cohérentes, mais globalement fausses

La Terre plate et le libre arbitre sont deux manifestations de cette compression cognitive !

Illusion de Terre plate : mécanismes computationnels

La perception d’une Terre plate résulte de la limitation des systèmes perceptifs à des échelles spatiales locales. Le cortex visuel encode l’espace selon des cartes rétinotopiques dont la résolution décroît avec la distance. Les mécanismes de géométrie intuitive reposent sur des heuristiques euclidiennes locales, non sur la géométrie différentielle réelle de la surface terrestre. Les modèles internes de l’espace sont construits par intégration multisensorielle (vision, proprioception, vestibulaire) dans les aires pariétales, produisant une représentation plane par défaut. Le cerveau n’a pas accès directement à la courbure globale : il reconstruit l’espace par interpolation locale, ce qui génère une illusion perceptive stable. 

Les données géodésiques, astronomiques et satellitaires réfutent cette intuition, mais la réfutation nécessite des instruments, des modèles mathématiques et une échelle cognitive non accessible à l’expérience immédiate. 

L’illusion de Terre plate est donc un artefact de la compression perceptive et de la localité computationnelle.

Illusion de libre arbitre : mécanismes neuro‑agentifs

Le sentiment de libre arbitre provient de la manière dont le cerveau génère la conscience d’action. Les décisions sont préparées dans les réseaux fronto‑pariétaux avant l’accès conscient, comme démontré par les potentiels de préparation (Libet), les signaux prédictifs dans le cortex préfrontal (Soon, Haynes), et les dynamiques de compétition neuronale (Schurger, 2012). La conscience d’intention est un post‑dictif narrative module (Gazzaniga*) qui reconstruit une histoire causale après coup. Le cerveau produit une illusion d’agentivité pour stabiliser les comportements sociaux, renforcer la cohésion de groupe et optimiser la coordination. 

Le libre arbitre métaphysique est incompatible avec les modèles déterministes du cerveau, les dynamiques attractor‑based, les contraintes génétiques, les influences environnementales et les modèles de causalité multi‑niveaux. 

L’illusion de libre arbitre est donc un artefact de la compression introspective, de la narration interne, et de la post‑dictivité cognitive.

Homologie cognitive : structure formelle commune

Les deux illusions reposent sur une structure computationnelle identique :

  1. Localité des données : la perception de la Terre et la perception de l’action reposent sur des signaux locaux, non sur des données globales.
  2. Compression du modèle interne : le cerveau produit des représentations simplifiées pour réduire le coût métabolique.
  3. Heuristiques pré‑scientifiques : les modèles internes sont pré‑théoriques, antérieurs à toute formalisation scientifique.
  4. Narration interne : le cerveau génère une cohérence subjective par des mécanismes narratifs (plateur → stabilité visuelle ; liberté → stabilité sociale).
  5. Résistance à la falsification : les illusions sont robustes car elles sont intégrées dans les circuits perceptifs et agentifs.
  6. Réfutation empirique : seule la science, via des instruments, des modèles mathématiques et des données empiriques, peut corriger ces illusions. Cette homologie peut être formalisée dans le cadre du predictive processing : la Terre plate et le libre arbitre sont deux cas où le modèle interne minimise l’erreur de prédiction locale mais échoue à représenter la structure globale du réel.

Conséquences épistémologiques et matérialistes

Ces illusions démontrent que la rationalité humaine n’est pas intuitive mais instrumentale. La perception naïve de la Terre et l’introspection naïve de l’action sont des produits de l’évolution, non des accès privilégiés à la réalité. La science apparaît comme l’unique méthode capable de dépasser les limites de la cognition humaine. 

La réfutation de la Terre plate et du libre arbitre métaphysique impose une redéfinition matérialiste de la responsabilité, de la morale, du droit pénal et de la notion d'être "librement" l’auteur de soi-même. Le sujet n’est pas un initiateur causal mais un nœud dans un réseau, un chaos déterministe multi‑échelles. La cohérence matérialiste exige de distinguer radicalement responsabilité sociale (outil de régulation sociale) et culpabilité métaphysique (fiction introspective car on ne peut rien faire d'autre que ce qu'on fait). 

Les illusions de Terre plate et de libre arbitre montrent que la science n’a pas pour fonction de confirmer nos sensations, mais de corriger nos illusions. La Terre plate et le libre arbitre sont deux solutions optimales localement, fausses globalement, du même problème de minimisation bayésienne.

La Terre plate et le libre arbitre sont deux illusions cognitives homologues, produites par des mécanismes computationnels identiques : compression du réel, localité des données, narration interne, heuristiques pré‑scientifiques. Leur réfutation par la géodésie, l’astronomie, les neurosciences et la philosophie matérialiste démontre que seule la science peut servir d’arbitre rationnel. 

L’humain n’a pas un accès direct au réel : il possède un cerveau optimisé pour l’action, non pour la vérité. La rationalité est un effort permanent contre l’intuition erronée. 

Soit, un chouilla d'humilité dont l'humanité a plus que jamais besoin comme nous dit Trump tous les jours. 

Finalement, les "croyants" dans le libre arbitre : ne sont-ils pas aussi "abrutis" incultes que les platistes ?

"Vaste sujet" comme disait le Général.

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*Michael Gazzaniga, pionnier des études sur les patients au cerveau divisé (split‑brain), a montré notamment grâce aux études sur ces patients que l'hémisphère gauche possède un mécanisme qu'il a appelé “l'interprète”. Celui-ci cherche à donner une explication cohérente à nos perceptions, émotions et comportements. Lorsque l'information sur la véritable cause d'une action lui fait défaut, il peut produire a posteriori une explication plausible mais erronée. Gazzaniga a utilisé ces observations pour interroger la manière dont se construit notre sentiment d'unité psychologique et de contrôle conscient.

  • Gazzaniga, M. S., & LeDoux, J. E. (1978). The Integrated Mind. New York: Plenum Press (Springer).
  • Gazzaniga, M. S. (2000). Cerebral specialization and interhemispheric communication: Does the corpus callosum enable the human condition? Brain, 123(7), 1293–1326.

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THÉORÈME DE NOETHER et libre arbitre

Emmy Noether est une mathématicienne qui est restée dans l'histoire des sciences. Et pour cause !

Son théorème (1918) montre qu'à chaque symétrie de la nature correspond une quantité conservée.


Evident, non ? Plus en détail, cela donne (et tout s'éclaire) :



Et donc ?

Le théorème de Noether renforce le paradigme matérialisme de 3 manières :

a) Les lois physiques dérivent de structures mathématiques objectives : les symétries sont des propriétés du monde, pas de l’esprit. Elles ne dépendent pas d’un sujet qui perçoit : elles sont des invariants sous transformation.

b) Les lois de conservation ne sont pas des “essences” mais des contraintes structurelles. Cela soutient une vision anti-idéaliste/spiritualiste : les lois ne sont pas des idées, mais des relations nécessaires entre grandeurs physiques.

c) Le déterminisme structurel : les symétries imposent des contraintes fortes sur l’évolution des systèmes. Même si la physique quantique introduit de l’indétermination, les symétries restent contraignantes et universelles.

Noether montre que le comportement du monde est gouverné par des invariances, et non pas par des volontés ou intentions.

Et la décision, le choix sont contraints par l’énergie : le cerveau optimise le coût métabolique, la vitesse de traitement, la minimisation de l’incertitude et la stabilité des réseaux. Une décision “libre” violerait ces contraintes, ce qui est impossible dans un monde matérialiste excluant le surnaturel. La décision est un phénomène physique, pas une exception aux lois physiques. Le cerveau choisit ce qui coûte le moins, pas ce que l’on veut "librement".


Conséquences pour l’idéalisme 

L’idéalisme soutient que la réalité dépend de l’esprit ou de la représentation. Le théorème de Noether pose trois problèmes majeurs à cette position :

a) Les symétries sont indépendantes de l’observateur : elles existent même si personne ne les pense.

b) Les lois de conservation ne sont pas construites par l’esprit : elles découlent de la structure mathématique du monde physique.

c) L’esprit lui-même obéit à ces lois : le cerveau, système physique, est soumis aux mêmes invariances.

L’idéalisme peut toujours dire que les symétries sont “dans l’esprit”, mais cela devient une position ad hoc, sans aucun pouvoir explicatif ; une simple question de foi en somme...

Conséquences pour le libre arbitre 

Le théorème de Noether n’aborde pas directement le libre arbitre, mais il a des implications profondes : les lois de conservation limitent radicalement ce qu’un agent peut faire. On ne peux pas décider de violer la conservation de l’énergie ou du moment, ce qui renforce l’idée que la volonté n’est pas souveraine.

Les symétries imposent des contraintes globales : elles déterminent les formes possibles des équations du mouvement. Donc les comportements possibles d’un cerveau sont déjà contraints par les symétries fondamentales.

Le libre arbitre métaphysique devient incohérent : ce serait un libre arbitre capable de “dévier” des lois de conservation, soit un libre arbitre non physique, incompatible avec le matérialisme. Ce qui infirme par ailleurs - s'il en était besoin - le fameux clinamen (Lucrèce rapportant des propos d'Epicure) qui permettrait aux atomes de dévier "spontanément" de leur trajectoire sans qu'aucune force ne s'exerce... Un miracle donc, permettant l'existence d'un libre arbitre dans un monde par ailleurs déterministe/indéterministe. Une licorne.

Quant au compatibilisme avançant que “la liberté, c’est agir selon ses raisons” et qui veut rendre compatibles déterminisme/indéterminisme et libre arbitre : Noether montre que les raisons elles-mêmes sont des états physiques soumis à des invariances, ce qui renforce les critiques contre le compatibilisme. Si les symétries gouvernent l’évolution des états, alors la "liberté" n’est qu’un nom donné à un processus déterminé ou probabiliste. Le compatibilisme transforme le "moi" en entité magique avec de "gros morceaux de licorne dedans". Il confond liberté sociale (possibilité d'aller et venir etc.) et liberté ontologique (mes pensées, mes choix/décisions sont "libres" etc.). C’est une forme d’idéalisme psychologique qui n’est pas une théorie mais piteusement une stratégie de consolation.

En conclusion, le théorème de Noether ne parle pas de libre arbitre directement mais renforce massivement une vision matérialiste, anti-idéaliste/spiritualiste et anti-libertarienne du monde. 

Pas si compliqué que cela, la vie !

Merci Mme Noether !

Esclavage économique et Code noir

... soit la continuité d’une même logique de déshumanisation.

Alléluia ! Le Code noir va être abrogé en France en 2026 !!!!

Mieux vaut tard que jamais. On peut dire qu'il n'était de toute façon plus appliqué et que son abrogation n'est qu'une formalité symbolique. Pour autant, l’esclavage n’a pas disparu - il a changé de forme.

Les travaux juridiques et historiques récents montrent que l’esclavage n’est pas un phénomène révolu.
Les formes contemporaines d’asservissement — travail forcé, servitude domestique, traite humaine, exploitation économique extrême — touchent aujourd’hui près de 46 millions de personnes selon l’ONG Walk Free (estimation 2016) (Mission de recherche Droit et Justice.)

Les chercheurs soulignent une continuité historique entre l’esclavage colonial (notamment celui régi par le Code noir de 1685 promulgué par Louis XIV) et les formes actuelles d’exploitation.
Les ouvrages dirigés par Jean‑François Niort, Olivier Pluen ou Tanguy Le Marc’hadour montrent que l’esclavage colonial reposait sur une logique juridique de réification : faire de l’être humain une propriété, un objet, un capital (OpenEdition Books apu.univ-artois.fr.)

Cette logique n’a pourtant pas disparu : elle s’est déplacée dans les structures économiques mondialisées.

Le Code noir : une anthropologie de l’humain comme “chose”

Les analyses juridiques du Code noir montrent que l’esclave y est défini comme un être juridiquement hybride, à la fois personne et bien meuble.
Cette ambiguïté permettait :

  • de le punir comme un humain,
  • mais de l’exploiter comme un objet économique.

Les historiens du droit parlent d’une “semi‑réification” de l’être humain (Bibliographie numérique d'histoire du droit.)

Le Code noir construit une “autre humanité”, définie comme susceptible d’être mise en esclavage.
Cette altérité est mouvante : elle dépend des besoins économiques, des intérêts coloniaux, des rapports de force géopolitiques (Bibliographie numérique d'histoire du droit.)

Les travaux de Niort et Pluen montrent que l’esclavage colonial n’était pas seulement un système raciste : c’était un système économique, structuré pour maximiser la production sucrière, caféière, cotonnière, etc.
Le droit servait à sécuriser l’investissement et stabiliser la main‑d’œuvre (Mission de recherche Droit et Justice.)

L’esclavage économique contemporain : phénomène massif et globalisé

Les formes modernes d’asservissement — travail forcé, traite, servitude — touchent aujourd’hui des dizaines de millions de personnes dans le monde, selon les estimations internationales reprises par les chercheurs (Mission de recherche Droit et Justice.)

a) Travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement mondialisées

Dans de nombreux secteurs (textile, électronique, agriculture, pêche), des travailleurs sont :

  • endettés,
  • privés de papiers,
  • enfermés dans des contrats coercitifs,
  • soumis à des horaires extrêmes,
  • empêchés de quitter leur emploi.

Ces pratiques sont régulièrement documentées par les ONG et les institutions internationales.

b) Servitude domestique

Dans certains pays du Golfe, mais aussi en Europe, des femmes migrantes sont maintenues dans des conditions proches de l’esclavage : confiscation du passeport, isolement, absence de salaire, violences.

c) Traite sexuelle et exploitation des mineurs

La traite humaine à des fins d’exploitation sexuelle constitue l’une des formes les plus lucratives d’esclavage moderne.

d) Travail forcé dans l’agriculture

Dans plusieurs régions du monde, des travailleurs saisonniers sont soumis à des conditions de travail et de logement indignes, parfois sous la menace de violences.

Les mécanismes sont les mêmes qu’au XVIIe siècle.

Les chercheurs soulignent que les formes contemporaines d’asservissement reposent sur les mêmes logiques que l’esclavage colonial :

  • réduction de l’humain à une ressource économique,
  • contrôle de la mobilité,
  • violence ou menace de violence,
  • dépendance économique organisée,
  • déshumanisation culturelle,
  • profit maximal pour l’exploitant.

Une anthropologie détestable. 

Ce que Code noir et esclavage économique ont en commun :

Une vision utilitariste et instrumentale de l’être humain :

Dans les deux cas, l’humain est réduit à :

  • une force de travail,
  • un capital,
  • un coût,
  • un rendement.

Cette vision est explicitement décrite dans les analyses du Code noir, qui montrent comment le droit colonial organisait la propriété humaine pour des raisons économiques (OpenEdition Books.)

Une anthropologie fondée sur la négation de la liberté

Le Code noir nie explicitement la liberté de l’esclave.
Les formes modernes d’esclavage nient la liberté de manière plus subtile : par la dette, la précarité, la dépendance, la menace, la contrainte économique.

On construit un groupe humain perçu comme :

  • moins digne,
  • moins rationnel,
  • moins “méritant”,
  • moins “libre”.

Cette altérité justifie l’exploitation. 

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Pourquoi la méritocratie et le libre arbitre sont des fictions utiles à l’exploitation

Le matérialisme : l’humain comme produit de déterminations

Dans une perspective matérialiste, l’être humain n’est pas un sujet libre, auto‑créateur.
Il est le résultat :

  • de déterminations biologiques,
  • sociales,
  • économiques,
  • culturelles,
  • historiques.

Le libre arbitre est une fiction métaphysique sans fondement empirique. La méritocratie ne peu être qu'une idéologie justificatrice reposant sur l’idée que chacun “mérite” sa position sociale.

Or, si l’on adopte une perspective matérialiste :

  • personne ne choisit "librement" son milieu social,
  • personne ne choisit "librement" ses capacités initiales,
  • personne ne choisit "librement" ses opportunités,
  • personne ne choisit "librement" ses déterminants.

La méritocratie sert donc à légitimer les inégalités, comme le Code noir servait à légitimer la propriété humaine.

Pourquoi cette fiction est utile au capitalisme contemporain ?

Le capitalisme mondialisé a besoin :

  • d’une main‑d’œuvre très bon marché,
  • d’une mobilité contrainte,
  • d’une acceptation des inégalités extrêmes.

La fiction du libre arbitre permet de dire :

“S’ils sont pauvres, c’est qu’ils n’ont pas fait les bons choix.”

Exactement comme la fiction raciale du Code noir permettait de dire :

“S’ils sont esclaves, c’est du fait de leur nature.”

Dans les deux cas, la fiction sert à masquer les déterminations réelles et à déresponsabiliser les structures économiques.

Conclusion : une même "logique" défaillante à deux époques différentes.

L’esclavage colonial et l’esclavage économique contemporain ne sont pas strictement identiques, mais ils reposent sur une même structure anthropologique :

  • réduction de l’humain à un instrument,
  • négation de sa liberté d'action,
  • fabrication d’une altérité exploitable,
  • justification idéologique (race hier, méritocratie aujourd’hui),
  • profit économique comme moteur central.

Les analyses juridiques et historiques montrent que l’esclavage n’a jamais été un accident moral : c’est un dispositif économique, soutenu par une anthropologie dégradante de l’être humain.

Une lecture matérialiste permet de comprendre cette continuité : si le libre arbitre est une illusion, alors la méritocratie l’est aussi — et les systèmes d’exploitation reposent sur des fictions – plus ou moins conscientes chez les individus et les cultures - destinées à masquer les déterminations réelles.

A quand la fin de l'esclavage économique ?

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Audiovisuel public dans le viseur de l’extrême droite ?

Depuis deux ans, l’audiovisuel public français est devenu l’une des cibles privilégiées de l’extrême droite. On sent bien que l’horizon des Présidentielles se rapproche. La prise de contrôle de différents médias (magazines / chaînes de télévision / maisons d’édition etc.) - notamment par la galaxie Bolloré -, est au cœur de la bataille idéologique de ces prochains mois.


Pour les « intellectuels » de droite qui sont tombés un jour sur les écrits du "gauchiste" Antonio Gramsci, le pouvoir ne repose pas seulement sur la coercition (police, armée, lois), mais surtout sur le consentement. Ce consentement est produit par les institutions culturelles: école, Église, médias, arts, littérature. Elles diffusent une vision du monde qui sert les intérêts de la classe dominante tout en paraissant universelle. Chaque classe produit ses propres intellectuels, chargés de diffuser sa vision du monde. Il faut donc impérativement investir le terrain idéologique où se cristallisent les représentations dominantes en vue des élections prochaines. 


Antonio Gramsci

Ainsi, ce qui n’était autrefois qu’un discours périphérique - dénonciation d’une prétendue « gauchisation » des rédactions du service public- s’est transformé en offensive structurée, mêlant initiatives parlementaires, opérations médiatiques et campagnes d’opinion.

La création en 2025 d’une commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public, à l’initiative du groupe d’extrême droite UDR, marque un tournant notable. Officiellement destinée à examiner le fonctionnement des médias publics, elle s’est rapidement révélée être un instrument politique.

Le rapporteur de la commission, Charles Alloncle (UDR), a multiplié les accusations contre France Télévisions, Radio France et France Médias Monde.
Avant même la fin des auditions, il dénonçait déjà un « système idéologique » et une « orientation politique dominante » dans les rédactions.

Pourtant, au fil des travaux, aucune preuve solide n’est venue étayer ces affirmations.
Le président de la commission lui‑même, Jérémie Patrier‑Leitus (Horizons), a reconnu publiquement que les séances avaient été marquées par des attaques personnelles, des séquences de mise en scène et une recherche de « coups d’éclat » plutôt que d’analyse. Cette dérive a été relevée par plusieurs députés, qui ont dénoncé une instrumentalisation de l’outil parlementaire.

Le récit d’une “gauchisation” : un mythe utile

L’idée d’une « gauchisation » de l’audiovisuel public est devenue un élément central de la rhétorique de l’extrême droite.
Elle permet de présenter les médias publics comme un adversaire politique, un bastion idéologique à abattre.

Ce récit repose sur trois piliers :

  • La suspicion généralisée : toute ligne éditoriale non alignée est interprétée comme militante.
  • La confusion entre pluralisme et partialité : la diversité des voix est présentée comme un biais.
  • La personnalisation des attaques : dirigeants et journalistes sont accusés d’agir pour un “camp”.

Or, les études indépendantes sur les médias publics montrent au contraire une pluralité de sensibilités, une charte d’indépendance stricte, et un contrôle démocratique exercé par le Parlement et l’Arcom.

Dans ce contexte, le rôle d’Éric Morillot est révélateur. Animateur et polémiste, il publie en 2026 « Les intouchables de l’audiovisuel public », ouvrage qui compile et amplifie les accusations portées par l’extrême droite. Le livre reprend les thèmes désormais classiques : « caste » de privilégiés, dérives idéologiques, confiscation du débat public et dépenses injustifiées.

Ces affirmations reposent davantage sur une interprétation militante que sur les conclusions de la commission d’enquête. D'ailleurs le sujet n'est pas de contester le contrôle parlementaire mais d'en faire un levier idéologique au service d'une partie de l'échiquier politique.

Morillot va plus loin en appelant à un référendum sur l’avenir de l’audiovisuel public, proposition qui rejoint les programmes du RN et de l’UDR visant à privatiser France Télévisions, réduire drastiquement les budgets, voire supprimer le service public audiovisuel. La liste des signataires de cette pétition montre bien le combat idéologique en cours (Laurent Alexandre, Louis Aliot, Gilbert Collard, Nicolas Dupont-Aignan, Georges Fenech, Luc Ferry, Laurent Firode, Véronique Genest, Gilles-William Goldnadel, Daniel Guichard, Sarah Knafo, Jean Messiha, Robert Ménard, Thibault de Montbrial, Michel Onfray, Florian Philippot, Ivan Rioufol, Philippe de Villiers, Éric Zemmour...). 

Avec une mention toute particulière concernant Michel Onfray qui se déclarait matérialiste et déterministe dans sa "jeunesse" (pas de libre arbitre pour lui) et nous montre ici - s'il en était besoin - qu'il ne faut pas vieillir.

Une stratégie politique cohérente : affaiblir un contre‑pouvoir

L’offensive contre l’audiovisuel public n’est pas un accident.
Elle s’inscrit dans une stratégie politique plus large, observable dans plusieurs pays européens : affaiblir les institutions médiatiques indépendantes pour mieux contrôler la fabrique de l’opinion.

Car l’audiovisuel public représente un contre‑pouvoir qui garantit un accès égalitaire à l’information, échappe aux logiques de marché, est financé par les citoyens, et est soumis à des obligations de pluralisme. Pour l’extrême droite, il constitue donc un obstacle à la construction d’un récit politique homogène.

En le présentant comme un acteur partisan, elle cherche à délégitimer ses productions, affaiblir la confiance du public et préparer une privatisation ou une mise sous tutelle.

Un paradoxe démocratique : attaquer ce qui appartient à tous

L’audiovisuel public n’est pas un appareil idéologique.
C’est un bien commun, financé par l’impôt, contrôlé par le Parlement, et chargé d’une mission démocratique : informer, éduquer, cultiver.

L’attaquer au nom d’une supposée “neutralité” revient à fragiliser un pilier du pluralisme, réduire la diversité des voix et renforcer la dépendance aux logiques commerciales ou partisanes.

La commission d’enquête, loin d’avoir démontré une quelconque “gauchisation”, a surtout révélé la violence de l’offensive politique menée contre le service public

Un combat qui dépasse de loin les médias

Ce qui se joue autour de l’audiovisuel public dépasse largement la question des programmes ou des rédactions.
C’est une bataille pour la maîtrise du récit démocratique, pour la définition de ce qui est légitime, audible, acceptable.

En visant l’audiovisuel public, l’extrême droite ne cherche pas seulement à critiquer un secteur : elle cherche à affaiblir un contre‑pouvoir essentiel, afin de remodeler l’espace public à son avantage. Et l'on ne peut pas dire que CNews - qui dénonce le manque de pluralité dans l'Audiovisuel public - soit un modèle de ce point de vue comme le note l'Arcom :

« On ne juge pas les opinions, toutes ont le droit d’être exprimées et la Constitution le garantit. Nous nous prononçons simplement sur le fait qu’il y a un déséquilibre manifeste et répété du pluralisme d’opinions (...) le problème n’est pas la nature des propos tenus à l’antenne, mais l’absence ou la minimisation d’autres points de vue présents dans le débat sur les principaux thèmes abordés. »

... insiste l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle (Arcom) pour expliquer sa décision inédite du 13 février 2026 de mettre la chaîne d’information CNews en demeure de respecter ses obligations en matière de respect du pluralisme des courants de pensée et d’opinion.

Dans une démocratie, affaiblir ce qui garantit le pluralisme revient à affaiblir la démocratie elle‑même.

Si vous avez un peu de temps pour en savoir un peu plus, notamment concernant quelques "déterminants historiques" :


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Toujours plus !

Plus de profits, plus d'inégalités, plus de mépris de ceux qui ont "réussi" envers ceux qui n'ont pas eu les mêmes chances... Et pis, il ne faudrait pas "encore" augmenter les impôts ! Que du beau monde qui sait parfaitement que seuls les "très riches" pesant plus de 100 millions seraient sollicités...

Et puis, il y a Gabriel Zucman, un économiste, professeur à l’École normale supérieure et à l’Université de Berkeley (Californie). Il dirige l’Observatoire européen de la fiscalité. Ses recherches portent sur l’accumulation, la répartition et la taxation des fortunes, dans une perspective historique et mondiale.

Depuis plus de 17 ans son travail consiste à cartographier la richesse, à étudier les paradis fiscaux, à décortiquer les dynamiques d’évasion et de concurrence internationales. Et à essayer d’imaginer de nouvelles formes de coopération, pour une planète plus juste, notamment lors de nombreuses conférences.

Il fait ci-dessous le point sur les tergiversations concernant sa proposition de "taxer" - à raison - les plus riches (100 millions et plus).

"L'emprise des grandes fortunes françaises

Il n’existe aucun sujet de politique économique et sociale où l’on puisse observer un écart aussi béant entre le soutien populaire et la représentation nationale.

Pour comprendre la discussion budgétaire qui se clôt il faut objectiver, avec lucidité et sérénité, une réalité désormais structurante : l’emprise inédite des milliardaires sur la vie démocratique de la nation.

Récapitulons les paramètres de la situation budgétaire de la France, et replaçons-les, pour commencer, dans la longue durée historique.

En 2026, le déficit public va, pour la quatrième année consécutive, atteindre ou dépasser les 5 % du PIB. Il s’agit d’une situation sans précédent : la France n’a jamais connu une succession de déficits aussi élevés hors période de crise économique, de pandémie ou de guerre.

La dette publique va atteindre 118 % du PIB en 2026. Soit le niveau le plus haut depuis la deuxième guerre mondiale, avant cela le premier conflit mondial, et précédemment la Révolution française.

Le pays dans son ensemble ne s’appauvrit pas, loin de là : la hausse de la dette publique a été plus que compensée par l’envolée des patrimoines privés.

Entre 2012 et 2024, alors que la dette publique a augmenté de 1 400 milliards d’euros, le patrimoine total des ménages français a crû de 4 700 milliards d’euros.

Celui des 500 plus grandes fortunes à lui seul a bondi de près de 1 000 milliards d’euros – passant de l’équivalent de 13 % du PIB en 2012 à l’équivalent de 42 % du PIB en 2024.

La hausse de la dette publique, au cours de cette période, a été à peine plus forte que l’augmentation de la fortune de ces centi-millionnaires.


C’est dans ce contexte qu’ont eu lieu les débats budgétaires de 2025. Comment assainir les finances publiques du pays ? Les plus hauts patrimoines pourraient-ils, d’une façon ou d’une autre, y contribuer ?

Les discussions débutèrent en février 2025, quand l’Assemblée nationale adopta une proposition de loi créant un impôt plancher sur les ultra-riches.

Il ne s’agissait pas de taxer l’augmentation de la fortune de ces derniers (ce que la France a fait par le passé, notamment en 1945 avec l’impôt de solidarité nationale qui imposa à 100 % les enrichissements de plus de 5 millions de francs), mais d’une proposition modeste et ciblée :

Soumettre les foyers fiscaux dont la richesse dépasse les 100 millions d’euros à un impôt minimum égal à 2 % de leur patrimoine.

L’objectif étant simplement de s’assurer que les plus grandes fortunes ne puissent pas payer moins d’impôts, proportionnellement à leur revenu, que les autres catégories sociales. Quelqu’un s’acquittant déjà d’un montant d’impôt personnel équivalent à 2 % ou plus de sa richesse n’aurait rien de plus à verser.

La fortune des centi-millionaires avoisinant 40 % du PIB, un impôt égal à 2 % de leur richesse rapporterait à peu près 0,8 % du PIB en recettes fiscales : 40 % fois 2 %. Soit, après déduction des prélèvements déjà acquittés par les contribuables concernés, de l’ordre de 20 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires par an.

Personne ne prétend que ce dispositif puisse à lui seul résoudre nos problèmes de finances publiques. Mais tout le monde comprend qu’il pourrait grandement y contribuer.

Les économistes s’accordent en effet à dire qu’il faut réduire nos déficits publics de 2 à 3 points de PIB pour espérer stabiliser le ratio de dette publique/PIB à moyen terme. Une contribution rapportant 0,8 points de PIB permettrait donc d’accomplir environ un tiers de l’effort nécessaire.

Le gouvernement commença par exprimer son opposition, à l’Assemblée en février puis au Sénat en juin.

Mais reconnaissant la validité du constat au fondement de la proposition d’impôt plancher – soit la facilité avec laquelle les ultra-riches échappent aujourd’hui à l’impôt – la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, indiqua travailler sur une taxe similaire qui serait introduite à l’automne, quoique avec un taux plus faible – 0,5 % au lieu de 2 % – et de nombreuses échappatoires.

Proposition dont on pouvait escompter de l’ordre de 2 milliards d’euros environ. C’était 10 fois moins que l’impôt plancher de 2 % discuté – et alors soutenu par la France – au G20 l’année précédente.

Et pourtant, quand l’automne vint, d’impôt plancher « de Montchalin » il n’y avait point : si 2 % était inacceptable, 0,5 % était encore trop. Le gouvernement avait, durant l’été, fait machine arrière.

À la place, le projet de loi de finances déposé en octobre introduisit un impôt sur le patrimoine des sociétés holdings, dont la caractéristique principale était d’exclure de son assiette l’essentiel du patrimoine des sociétés holdings. N’y étaient soumis ni les actions, ni l’immobilier, ni les investissements dans les start-up. Seules, pour l’essentiel, les liquidités dormantes allaient se voir taxées.

Ce dispositif devait permettre de rapporter 1 milliard d’euros environ, soit 0,03 % du PIB.

C’en était trop pour le Sénat. La coupe était pleine ! Les Sénateurs s’attelèrent à la tâche. Les liquidités furent à leur tour sorties de l’assiette de la taxe sur les holdings, ainsi que les objets d’art ou les bijoux, pour n’y laisser finalement que les chevaux de course, les grands crus et autres « biens somptuaires » logés (aussi étrange que cela puisse paraître) dans des holdings.

La taxe holding ainsi remaniée rapporterait 100 millions d’euros, soit 0,003 % du PIB.

Enfin, cette audace elle-même effraya. Le gouvernement de Sébastien Lecornu reprit en janvier la taxe réécrite par le Sénat dans le budget qu’il fit passer par 49.3. Mais saisi d’effroi, le premier ministre annonça dans la foulée qu’il allait demander au Conseil constitutionnel de s’enquérir de la validité de ce dispositif, qui allait, somme toute, peut-être trop loin.

Derrière cette série de reculades, il est difficile de voir autre chose que l’emprise des grandes fortunes françaises sur la vie politique et démocratique du pays.

Cette emprise s’est manifestée au grand jour à l’automne, quand les médias détenus par les milliardaires (soit 80 % environ de la presse privée) se sont mobilisés contre la proposition d’impôt plancher de 2 %, avec des arguments (« les milliardaires ne peuvent pas payer », « cette taxe mettrait à terre l’économie française », etc.) dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’ont guère brillé par leur pertinence.

Elle s’est donnée à voir quand le Sénat en juin puis l’Assemblée nationale en octobre votèrent contre l’impôt plancher de 2 %, pourtant soutenu par une immense majorité des Français (86 % d’après l’IFOP), dans un front uni allant des représentants du centre à ceux du Rassemblement national.

Il n’existe aucun sujet de politique économique et sociale où l’on puisse observer un écart aussi béant entre le soutien populaire et la représentation nationale.

Mais les renoncements qui s’ensuivirent – et la facilité avec laquelle ces derniers furent acceptés par les différents partis qui entérinèrent le budget – sont tout aussi significatifs.

Car on peut bien sûr débattre de l’impôt plancher à 2 %, envisager des alternatives. Mais comment accepter un budget qui, dans le contexte actuel de dérive budgétaire et d’explosion des plus hauts patrimoines, ne demande pas d’effort à ces derniers ?

C’est le Financial Times lui-même qui écrivait à l’automne ce qu’on ne peut plus lire dans la presse économique hexagonale, désormais entièrement possédée ou presque par les milliardaires, en qualifiant la France de « démocratie sociale sous-financée, croisée avec une oligarchie. »

Les grandes fortunes ont toujours détenu un grand pouvoir, tension fondamentale au cœur de toutes les sociétés démocratiques. Mais avec l’explosion de leur richesse au cours des quinze dernières années, la démultiplication de leurs investissements dans les médias et la mise au pas de ces derniers, la donne a changé. Le fragile équilibre des pouvoirs économiques et politiques de la social-démocratie d’après-guerre s’est effondré.

Comme d’autres pays avant elle, la France est entrée dans l’ère de l’extrême richesse.

Ce déséquilibre se trouve au cœur du blocage budgétaire et du dérapage de nos finances publiques. Il empêche les investissements nécessaires dans l’éducation, l’innovation, la santé, les infrastructures, qui constituent la clé de notre prospérité future. Il alimente une spirale où la richesse achète le pouvoir, qui en retour cimente les fortunes établies. Il vient vicier le fonctionnement de nos marchés, corrompre le jeu démocratique, et nourrir le sentiment d’impuissance qui fait le lit des partis nativistes contemporains.

Il s’agit du problème économique et politique fondamental auquel notre pays est désormais confronté."

A comprendre, méditer et voter en conséquence.

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