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Miracles ! Miracles ?

 Lors d’un accident d’avion, d’un séisme ou d’un incendie, il est fréquent d’entendre un survivant dire : « Je suis un miraculé ». Pourtant, dans nombre de cas, tous les autres membres de sa famille sont morts. Super !

Ce paradoxe psychologique s’explique par trois mécanismes :

  • Biais de survivance : seuls les survivants parlent. Les morts ne témoignent pas.
  • Biais anthropocentrique : l’humain interprète les événements en fonction de son vécu personnel, non des statistiques globales.
  • Biais de sens : le cerveau cherche une signification à l’improbable, même lorsque l’événement est purement stochastique.

Scientifiquement, un survivant n’est pas « choisi » : il se trouve simplement dans une configuration spatiale et temporelle qui, dans un système chaotique, a produit un résultat différent de celui des autres.

Mais l’improbable n’est pas surnaturel pour autant. Le chaos déterministe décrit des systèmes où des lois strictes produisent des résultats imprévisibles du fait de la sensibilité extrême aux conditions initiales. La météo, les turbulences atmosphériques, les effondrements de structures, les incendies, les avalanches… sont des systèmes chaotiques.

Dans un tel cadre, chaque événement a une cause naturelle, même si elle est complexe ou inaccessible. L’imprévisibilité n’est pas l’indétermination : le système n’est pas magique, il est simplement trop complexe pour être calculé. Les attracteurs étranges montrent que des trajectoires divergentes peuvent émerger à partir de conditions presque identiques. Ainsi, lorsqu’un survivant échappe à un effondrement ou à une explosion, il n’est pas « protégé » : il se trouvait dans une zone où les forces physiques ont produit un résultat différent.

Cette vision est cohérente avec les analyses matérialistes de la science contemporaine, qui rejettent toute violation des lois naturelles.

Pourquoi l’idée de miracle persiste ?

Les humains ont une aversion profonde pour l’idée que leur vie dépend du hasard. Le « miracle » est une manière de réintroduire une intention dans un univers indifférent.

Les traditions religieuses ont historiquement valorisé les récits de survivance comme des signes divins. La théologie chrétienne, par exemple, a longtemps défini le miracle comme une violation des lois naturelles (Hume) ou comme une intervention divine dans l’ordre causal.

Si un survivant est « miraculé », pourquoi les autres ne le sont-ils pas ? Les religions évitent généralement cette question, car elle impliquerait que la divinité choisit de sauver certains et de laisser mourir les autres, ce qui contredit l’idée d’un dieu juste ou bienveillant.

Et puis, il y a les pseudo‑miracles démasqués par la science. L’exemple emblématique en est peut-être la croix dorée de Notre‑Dame (2019). Lors de l’incendie de Notre‑Dame, une photo montrait la croix dorée intacte au milieu des décombres. Des milliers de personnes y ont vu un « signe divin ». Pourtant, la science a immédiatement expliqué que le bois brûle à des températures bien inférieures au point de fusion de l’or (1.064°C). La croix n’a donc jamais été en danger.

Pour canoniser un saint, l’Église exige des « miracles » attribués à son intercession. Mais ces cas sont systématiquement non reproductibles, non mesurables, non soumis à protocole scientifique, et souvent explicables par des rémissions spontanées, des erreurs de diagnostic ou des biais de confirmation. L’exemple de la canonisation du cardinal Newman en 2019 illustre ce problème : les guérisons attribuées à son intercession ne présentent aucune preuve scientifique d’un phénomène surnaturel.

Les statues qui pleurent sont le plus souvent expliquées par la condensation, la capillarité, les microfissures dans les matériaux. Les statues de la Vierge qui pleurent des larmes de sang constituent l’un des phénomènes religieux les plus spectaculaires et les plus médiatisés. Elles apparaissent régulièrement dans l’actualité, souvent dans des contextes de crise morale ou sociale, et sont immédiatement interprétées par certains fidèles comme des signes divins. Pourtant, chaque fois que la science a pu analyser ces “larmes”, aucune n’a jamais révélé un phénomène surnaturel. Toutes les enquêtes rigoureuses ont mis en évidence des causes naturelles, humaines ou frauduleuses.

Les chroniques religieuses italiennes et méditerranéennes rapportent depuis l’Antiquité des objets de culte “exsudant du sang”. Une étude publiée dans le Journal of Forensic Sciences rappelle que ces récits sont fréquents dans les archives, la littérature et les médias modernes, souvent associés à des périodes de tension sociale ou de catastrophes. Dans la tradition catholique, une statue qui pleure du sang n’est jamais un simple objet altéré : elle devient un message symbolique, un avertissement moral ou une manifestation de compassion divine. Cette charge symbolique explique en partie la persistance du phénomène. L’affaire Gisella Cardia (Italie, 2014–2025) est probablement le cas le plus médiatisé de la dernière décennie… Une statue de la Vierge Marie, achetée à Medjugorje, aurait versé des larmes de sang à plusieurs reprises. La voyante autoproclamée Gisella Cardia affirmait recevoir des messages de la Vierge et assister à des miracles (multiplication de nourriture, prophéties). Des foules de pèlerins se rendaient chaque mois à Trevignano Romano pour observer la statue.

Les laboratoires judiciaires de l’université de Tor Vergata ont effectué des analyses ADN sur les larmes : le sang est humain, non animal. Il est féminin. Le profil génétique est superposable à celui de Gisella Cardia elle-même. Quatre prélèvements différents renvoient au même ADN. Ces résultats confirment que les larmes provenaient du sang de la voyante (qui n’avait pas vu qu’elle pouvait être démasquée), et non d’un phénomène surnaturel. Le Vatican a officiellement réfuté le caractère surnaturel des apparitions et une enquête pour escroquerie a été ouverte. L’affaire est désormais considérée comme une fraude religieuse ayant généré un business lucratif.

Par ailleurs, une étude scientifique de référence, publiée en 1998, a analysé du sang séché trouvé sur une statue de la Vierge. Les résultats sont clairs : le sang est d’origine humaine ou primate, excluant les animaux domestiques. Le sang est féminin, démontré par l’absence du locus Y (SRY) et la présence du locus X (DXZ4). Cette étude constitue l’un des premiers démontages scientifiques rigoureux des statues pleurantes modernes, et c'est bien dommage : on n'aura pas l'ADN de la Vierge !

Un autre mécanisme naturel peut produire des “larmes rouges” : la prolifération de la bactérie Serratia marcescens qui produit un pigment rouge vif, la prodigiosine ressemblant à du sang. Cette bactérie se développe dans des environnements humides et peut se nourrir de nutriments présents dans les hosties (farine de blé). Dans plusieurs cas historiques, des statues “saignantes” ont été expliquées par la présence de cette bactérie qui colore les surfaces de manière irrégulière, donnant l’illusion de larmes.

Les “lumières miraculeuses” sont dues à la diffraction, la réflexion, les illusions d’optique, des phénomènes atmosphériques.

Les guérisons “instantanées” peuvent résulter de rémissions spontanées (connues en oncologie), des erreurs de diagnostic initial, des effets psychologiques (placebo, réduction du stress).

Les objets “intacts” après catastrophe comme la croix de Notre‑Dame - déjà vue plus haut - sont expliqués par les propriétés physiques du matériau, les zones de moindre exposition, les gradients thermiques.

Cerise sur le gâteau : aucun miracle n’a jamais été validé scientifiquement. Et les critères scientifiques pour valider un miracle sont stricts : violation démontrée d’une loi naturelle + observation reproductible ou vérifiable + absence totale d’explication alternative + preuves empiriques solides (Royal Society : Nullius in verba — « ne croire personne sur parole »).

À ce jour, aucun événement n’a jamais satisfait ces critères. Tous les « miracles » étudiés ont trouvé une explication naturelle ou sont restés non démontrés. La science n’a jamais observé la moindre suspension des lois physiques.

En conclusion : le miracle est une interprétation, pas un phénomène. Les survivants de catastrophes ne sont pas « choisis » : ils sont les produits d’un système chaotique où des trajectoires divergentes émergent naturellement. Les pseudo‑miracles sont des erreurs d’interprétation, des biais cognitifs, ou des phénomènes naturels mal compris.

La vision matérialiste - cohérente avec la physique moderne - montre que le monde n’a pas besoin de surnaturel pour produire l’extraordinaire, que le hasard n’est pas une absence de cause mais une conséquence du chaos déterministe, et que les miracles sont avant tout des récits humains "déterminés", pas des événements naturels.

Mais allez donc dire tout ceci à un croyant !!!

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Terre plate et libre arbitre

Il est de "bon goût" de se gausser des prétentions platistes concernant la "vraie" forme de notre bonne vieille Terre. 

Des "abrutis" incultes ces platistes, n'est-ce pas ? 

L’hypothèse centrale de cet article est que le sentiment de Terre plate et le sentiment de libre arbitre dérivent d’un même mécanisme computationnel : la production, par le cerveau humain, de modèles internes à faible coût énergétique, optimisés pour l’action locale plutôt que pour la vérité objective ; soit la tentative d'une analyse "technique" d’une homologie cognitive entre illusions perceptives et illusions agentives.

Dans les deux cas, platisme versus libre arbitre - l’architecture cognitive repose sur des heuristiques perceptives ou introspectives qui maximisent la rapidité de décision et la stabilité comportementale, au détriment de la fidélité ontologique. Cette homologie s’inscrit dans le cadre de la théorie des modèles internes (Friston, 2010 ; Clark, 2013), du predictive coding, de la Bayesian brain hypothesis, et de la philosophie matérialiste de l’esprit. Le cerveau minimise l’erreur de prédiction en produisant des représentations compressées, localement cohérentes, mais globalement fausses. 

La Terre plate et le libre arbitre sont deux manifestations de cette compression cognitive !

Illusion de Terre plate : mécanismes computationnels

La perception d’une Terre plate résulte de la limitation des systèmes perceptifs à des échelles spatiales locales. Le cortex visuel encode l’espace selon des cartes rétinotopiques dont la résolution décroît avec la distance. Les mécanismes de géométrie intuitive reposent sur des heuristiques euclidiennes locales, non sur la géométrie différentielle réelle de la surface terrestre. Les modèles internes de l’espace sont construits par intégration multisensorielle (vision, proprioception, vestibulaire) dans les aires pariétales, produisant une représentation plane par défaut. Le cerveau n’a pas accès directement à la courbure globale : il reconstruit l’espace par interpolation locale, ce qui génère une illusion perceptive stable. 

Les données géodésiques, astronomiques et satellitaires réfutent cette intuition, mais la réfutation nécessite des instruments, des modèles mathématiques et une échelle cognitive non accessible à l’expérience immédiate. 

L’illusion de Terre plate est donc un artefact de la compression perceptive et de la localité computationnelle.

Illusion de libre arbitre : mécanismes neuro‑agentifs

Le sentiment de libre arbitre provient de la manière dont le cerveau génère la conscience d’action. Les décisions sont préparées dans les réseaux fronto‑pariétaux avant l’accès conscient, comme démontré par les potentiels de préparation (Libet), les signaux prédictifs dans le cortex préfrontal (Soon, Haynes), et les dynamiques de compétition neuronale (Schurger, 2012). La conscience d’intention est un post‑dictif narrative module (Gazzaniga*) qui reconstruit une histoire causale après coup. Le cerveau produit une illusion d’agentivité pour stabiliser les comportements sociaux, renforcer la cohésion de groupe et optimiser la coordination. 

Le libre arbitre métaphysique est incompatible avec les modèles déterministes du cerveau, les dynamiques attractor‑based, les contraintes génétiques, les influences environnementales et les modèles de causalité multi‑niveaux. 

L’illusion de libre arbitre est donc un artefact de la compression introspective, de la narration interne, et de la post‑dictivité cognitive.

Homologie cognitive : structure formelle commune

Les deux illusions reposent sur une structure computationnelle identique :

  1. Localité des données : la perception de la Terre et la perception de l’action reposent sur des signaux locaux, non sur des données globales.
  2. Compression du modèle interne : le cerveau produit des représentations simplifiées pour réduire le coût métabolique.
  3. Heuristiques pré‑scientifiques : les modèles internes sont pré‑théoriques, antérieurs à toute formalisation scientifique.
  4. Narration interne : le cerveau génère une cohérence subjective par des mécanismes narratifs (plateur → stabilité visuelle ; liberté → stabilité sociale).
  5. Résistance à la falsification : les illusions sont robustes car elles sont intégrées dans les circuits perceptifs et agentifs.
  6. Réfutation empirique : seule la science, via des instruments, des modèles mathématiques et des données empiriques, peut corriger ces illusions. Cette homologie peut être formalisée dans le cadre du predictive processing : la Terre plate et le libre arbitre sont deux cas où le modèle interne minimise l’erreur de prédiction locale mais échoue à représenter la structure globale du réel.

Conséquences épistémologiques et matérialistes

Ces illusions démontrent que la rationalité humaine n’est pas intuitive mais instrumentale. La perception naïve de la Terre et l’introspection naïve de l’action sont des produits de l’évolution, non des accès privilégiés à la réalité. La science apparaît comme l’unique méthode capable de dépasser les limites de la cognition humaine. 

La réfutation de la Terre plate et du libre arbitre métaphysique impose une redéfinition matérialiste de la responsabilité, de la morale, du droit pénal et de la notion d'être "librement" l’auteur de soi-même. Le sujet n’est pas un initiateur causal mais un nœud dans un réseau, un chaos déterministe multi‑échelles. La cohérence matérialiste exige de distinguer radicalement responsabilité sociale (outil de régulation sociale) et culpabilité métaphysique (fiction introspective car on ne peut rien faire d'autre que ce qu'on fait). 

Les illusions de Terre plate et de libre arbitre montrent que la science n’a pas pour fonction de confirmer nos sensations, mais de corriger nos illusions. La Terre plate et le libre arbitre sont deux solutions optimales localement, fausses globalement, du même problème de minimisation bayésienne.

La Terre plate et le libre arbitre sont deux illusions cognitives homologues, produites par des mécanismes computationnels identiques : compression du réel, localité des données, narration interne, heuristiques pré‑scientifiques. Leur réfutation par la géodésie, l’astronomie, les neurosciences et la philosophie matérialiste démontre que seule la science peut servir d’arbitre rationnel. 

L’humain n’a pas un accès direct au réel : il possède un cerveau optimisé pour l’action, non pour la vérité. La rationalité est un effort permanent contre l’intuition erronée. 

Soit, un chouilla d'humilité dont l'humanité a plus que jamais besoin comme nous dit Trump tous les jours. 

Finalement, les "croyants" dans le libre arbitre : ne sont-ils pas aussi "abrutis" incultes que les platistes ?

"Vaste sujet" comme disait le Général.

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*Michael Gazzaniga, pionnier des études sur les patients au cerveau divisé (split‑brain), a montré notamment grâce aux études sur ces patients que l'hémisphère gauche possède un mécanisme qu'il a appelé “l'interprète”. Celui-ci cherche à donner une explication cohérente à nos perceptions, émotions et comportements. Lorsque l'information sur la véritable cause d'une action lui fait défaut, il peut produire a posteriori une explication plausible mais erronée. Gazzaniga a utilisé ces observations pour interroger la manière dont se construit notre sentiment d'unité psychologique et de contrôle conscient.

  • Gazzaniga, M. S., & LeDoux, J. E. (1978). The Integrated Mind. New York: Plenum Press (Springer).
  • Gazzaniga, M. S. (2000). Cerebral specialization and interhemispheric communication: Does the corpus callosum enable the human condition? Brain, 123(7), 1293–1326.

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THÉORÈME DE NOETHER et libre arbitre

Emmy Noether est une mathématicienne qui est restée dans l'histoire des sciences. Et pour cause !

Son théorème (1918) montre qu'à chaque symétrie de la nature correspond une quantité conservée.


Evident, non ? Plus en détail, cela donne (et tout s'éclaire) :



Et donc ?

Le théorème de Noether renforce le paradigme matérialisme de 3 manières :

a) Les lois physiques dérivent de structures mathématiques objectives : les symétries sont des propriétés du monde, pas de l’esprit. Elles ne dépendent pas d’un sujet qui perçoit : elles sont des invariants sous transformation.

b) Les lois de conservation ne sont pas des “essences” mais des contraintes structurelles. Cela soutient une vision anti-idéaliste/spiritualiste : les lois ne sont pas des idées, mais des relations nécessaires entre grandeurs physiques.

c) Le déterminisme structurel : les symétries imposent des contraintes fortes sur l’évolution des systèmes. Même si la physique quantique introduit de l’indétermination, les symétries restent contraignantes et universelles.

Noether montre que le comportement du monde est gouverné par des invariances, et non pas par des volontés ou intentions.

Et la décision, le choix sont contraints par l’énergie : le cerveau optimise le coût métabolique, la vitesse de traitement, la minimisation de l’incertitude et la stabilité des réseaux. Une décision “libre” violerait ces contraintes, ce qui est impossible dans un monde matérialiste excluant le surnaturel. La décision est un phénomène physique, pas une exception aux lois physiques. Le cerveau choisit ce qui coûte le moins, pas ce que l’on veut "librement".


Conséquences pour l’idéalisme 

L’idéalisme soutient que la réalité dépend de l’esprit ou de la représentation. Le théorème de Noether pose trois problèmes majeurs à cette position :

a) Les symétries sont indépendantes de l’observateur : elles existent même si personne ne les pense.

b) Les lois de conservation ne sont pas construites par l’esprit : elles découlent de la structure mathématique du monde physique.

c) L’esprit lui-même obéit à ces lois : le cerveau, système physique, est soumis aux mêmes invariances.

L’idéalisme peut toujours dire que les symétries sont “dans l’esprit”, mais cela devient une position ad hoc, sans aucun pouvoir explicatif ; une simple question de foi en somme...

Conséquences pour le libre arbitre 

Le théorème de Noether n’aborde pas directement le libre arbitre, mais il a des implications profondes : les lois de conservation limitent radicalement ce qu’un agent peut faire. On ne peux pas décider de violer la conservation de l’énergie ou du moment, ce qui renforce l’idée que la volonté n’est pas souveraine.

Les symétries imposent des contraintes globales : elles déterminent les formes possibles des équations du mouvement. Donc les comportements possibles d’un cerveau sont déjà contraints par les symétries fondamentales.

Le libre arbitre métaphysique devient incohérent : ce serait un libre arbitre capable de “dévier” des lois de conservation, soit un libre arbitre non physique, incompatible avec le matérialisme. Ce qui infirme par ailleurs - s'il en était besoin - le fameux clinamen (Lucrèce rapportant des propos d'Epicure) qui permettrait aux atomes de dévier "spontanément" de leur trajectoire sans qu'aucune force ne s'exerce... Un miracle donc, permettant l'existence d'un libre arbitre dans un monde par ailleurs déterministe/indéterministe. Une licorne.

Quant au compatibilisme avançant que “la liberté, c’est agir selon ses raisons” et qui veut rendre compatibles déterminisme/indéterminisme et libre arbitre : Noether montre que les raisons elles-mêmes sont des états physiques soumis à des invariances, ce qui renforce les critiques contre le compatibilisme. Si les symétries gouvernent l’évolution des états, alors la "liberté" n’est qu’un nom donné à un processus déterminé ou probabiliste. Le compatibilisme transforme le "moi" en entité magique avec de "gros morceaux de licorne dedans". Il confond liberté sociale (possibilité d'aller et venir etc.) et liberté ontologique (mes pensées, mes choix/décisions sont "libres" etc.). C’est une forme d’idéalisme psychologique qui n’est pas une théorie mais piteusement une stratégie de consolation.

En conclusion, le théorème de Noether ne parle pas de libre arbitre directement mais renforce massivement une vision matérialiste, anti-idéaliste/spiritualiste et anti-libertarienne du monde. 

Pas si compliqué que cela, la vie !

Merci Mme Noether !

Esclavage économique et Code noir

... soit la continuité d’une même logique de déshumanisation.

Alléluia ! Le Code noir va être abrogé en France en 2026 !!!!

Mieux vaut tard que jamais. On peut dire qu'il n'était de toute façon plus appliqué et que son abrogation n'est qu'une formalité symbolique. Pour autant, l’esclavage n’a pas disparu - il a changé de forme.

Les travaux juridiques et historiques récents montrent que l’esclavage n’est pas un phénomène révolu.
Les formes contemporaines d’asservissement — travail forcé, servitude domestique, traite humaine, exploitation économique extrême — touchent aujourd’hui près de 46 millions de personnes selon l’ONG Walk Free (estimation 2016) (Mission de recherche Droit et Justice.)

Les chercheurs soulignent une continuité historique entre l’esclavage colonial (notamment celui régi par le Code noir de 1685 promulgué par Louis XIV) et les formes actuelles d’exploitation.
Les ouvrages dirigés par Jean‑François Niort, Olivier Pluen ou Tanguy Le Marc’hadour montrent que l’esclavage colonial reposait sur une logique juridique de réification : faire de l’être humain une propriété, un objet, un capital (OpenEdition Books apu.univ-artois.fr.)

Cette logique n’a pourtant pas disparu : elle s’est déplacée dans les structures économiques mondialisées.

Le Code noir : une anthropologie de l’humain comme “chose”

Les analyses juridiques du Code noir montrent que l’esclave y est défini comme un être juridiquement hybride, à la fois personne et bien meuble.
Cette ambiguïté permettait :

  • de le punir comme un humain,
  • mais de l’exploiter comme un objet économique.

Les historiens du droit parlent d’une “semi‑réification” de l’être humain (Bibliographie numérique d'histoire du droit.)

Le Code noir construit une “autre humanité”, définie comme susceptible d’être mise en esclavage.
Cette altérité est mouvante : elle dépend des besoins économiques, des intérêts coloniaux, des rapports de force géopolitiques (Bibliographie numérique d'histoire du droit.)

Les travaux de Niort et Pluen montrent que l’esclavage colonial n’était pas seulement un système raciste : c’était un système économique, structuré pour maximiser la production sucrière, caféière, cotonnière, etc.
Le droit servait à sécuriser l’investissement et stabiliser la main‑d’œuvre (Mission de recherche Droit et Justice.)

L’esclavage économique contemporain : phénomène massif et globalisé

Les formes modernes d’asservissement — travail forcé, traite, servitude — touchent aujourd’hui des dizaines de millions de personnes dans le monde, selon les estimations internationales reprises par les chercheurs (Mission de recherche Droit et Justice.)

a) Travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement mondialisées

Dans de nombreux secteurs (textile, électronique, agriculture, pêche), des travailleurs sont :

  • endettés,
  • privés de papiers,
  • enfermés dans des contrats coercitifs,
  • soumis à des horaires extrêmes,
  • empêchés de quitter leur emploi.

Ces pratiques sont régulièrement documentées par les ONG et les institutions internationales.

b) Servitude domestique

Dans certains pays du Golfe, mais aussi en Europe, des femmes migrantes sont maintenues dans des conditions proches de l’esclavage : confiscation du passeport, isolement, absence de salaire, violences.

c) Traite sexuelle et exploitation des mineurs

La traite humaine à des fins d’exploitation sexuelle constitue l’une des formes les plus lucratives d’esclavage moderne.

d) Travail forcé dans l’agriculture

Dans plusieurs régions du monde, des travailleurs saisonniers sont soumis à des conditions de travail et de logement indignes, parfois sous la menace de violences.

Les mécanismes sont les mêmes qu’au XVIIe siècle.

Les chercheurs soulignent que les formes contemporaines d’asservissement reposent sur les mêmes logiques que l’esclavage colonial :

  • réduction de l’humain à une ressource économique,
  • contrôle de la mobilité,
  • violence ou menace de violence,
  • dépendance économique organisée,
  • déshumanisation culturelle,
  • profit maximal pour l’exploitant.

Une anthropologie détestable. 

Ce que Code noir et esclavage économique ont en commun :

Une vision utilitariste et instrumentale de l’être humain :

Dans les deux cas, l’humain est réduit à :

  • une force de travail,
  • un capital,
  • un coût,
  • un rendement.

Cette vision est explicitement décrite dans les analyses du Code noir, qui montrent comment le droit colonial organisait la propriété humaine pour des raisons économiques (OpenEdition Books.)

Une anthropologie fondée sur la négation de la liberté

Le Code noir nie explicitement la liberté de l’esclave.
Les formes modernes d’esclavage nient la liberté de manière plus subtile : par la dette, la précarité, la dépendance, la menace, la contrainte économique.

On construit un groupe humain perçu comme :

  • moins digne,
  • moins rationnel,
  • moins “méritant”,
  • moins “libre”.

Cette altérité justifie l’exploitation. 

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Pourquoi la méritocratie et le libre arbitre sont des fictions utiles à l’exploitation

Le matérialisme : l’humain comme produit de déterminations

Dans une perspective matérialiste, l’être humain n’est pas un sujet libre, auto‑créateur.
Il est le résultat :

  • de déterminations biologiques,
  • sociales,
  • économiques,
  • culturelles,
  • historiques.

Le libre arbitre est une fiction métaphysique sans fondement empirique. La méritocratie ne peu être qu'une idéologie justificatrice reposant sur l’idée que chacun “mérite” sa position sociale.

Or, si l’on adopte une perspective matérialiste :

  • personne ne choisit "librement" son milieu social,
  • personne ne choisit "librement" ses capacités initiales,
  • personne ne choisit "librement" ses opportunités,
  • personne ne choisit "librement" ses déterminants.

La méritocratie sert donc à légitimer les inégalités, comme le Code noir servait à légitimer la propriété humaine.

Pourquoi cette fiction est utile au capitalisme contemporain ?

Le capitalisme mondialisé a besoin :

  • d’une main‑d’œuvre très bon marché,
  • d’une mobilité contrainte,
  • d’une acceptation des inégalités extrêmes.

La fiction du libre arbitre permet de dire :

“S’ils sont pauvres, c’est qu’ils n’ont pas fait les bons choix.”

Exactement comme la fiction raciale du Code noir permettait de dire :

“S’ils sont esclaves, c’est du fait de leur nature.”

Dans les deux cas, la fiction sert à masquer les déterminations réelles et à déresponsabiliser les structures économiques.

Conclusion : une même "logique" défaillante à deux époques différentes.

L’esclavage colonial et l’esclavage économique contemporain ne sont pas strictement identiques, mais ils reposent sur une même structure anthropologique :

  • réduction de l’humain à un instrument,
  • négation de sa liberté d'action,
  • fabrication d’une altérité exploitable,
  • justification idéologique (race hier, méritocratie aujourd’hui),
  • profit économique comme moteur central.

Les analyses juridiques et historiques montrent que l’esclavage n’a jamais été un accident moral : c’est un dispositif économique, soutenu par une anthropologie dégradante de l’être humain.

Une lecture matérialiste permet de comprendre cette continuité : si le libre arbitre est une illusion, alors la méritocratie l’est aussi — et les systèmes d’exploitation reposent sur des fictions – plus ou moins conscientes chez les individus et les cultures - destinées à masquer les déterminations réelles.

A quand la fin de l'esclavage économique ?

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Audiovisuel public dans le viseur de l’extrême droite ?

Depuis deux ans, l’audiovisuel public français est devenu l’une des cibles privilégiées de l’extrême droite. On sent bien que l’horizon des Présidentielles se rapproche. La prise de contrôle de différents médias (magazines / chaînes de télévision / maisons d’édition etc.) - notamment par la galaxie Bolloré -, est au cœur de la bataille idéologique de ces prochains mois.


Pour les « intellectuels » de droite qui sont tombés un jour sur les écrits du "gauchiste" Antonio Gramsci, le pouvoir ne repose pas seulement sur la coercition (police, armée, lois), mais surtout sur le consentement. Ce consentement est produit par les institutions culturelles : école, Église, médias, arts, littérature. Elles diffusent une vision du monde qui sert les intérêts de la classe dominante tout en paraissant universelle. Chaque classe produit ses propres intellectuels, chargés de diffuser sa vision du monde. Il faut donc impérativement investir le terrain idéologique où se cristallisent les représentations dominantes en vue des élections prochaines. 


Antonio Gramsci

Ainsi, ce qui n’était autrefois qu’un discours périphérique - dénonciation d’une prétendue « gauchisation » des rédactions du service public- s’est transformé en offensive structurée, mêlant initiatives parlementaires, opérations médiatiques et campagnes d’opinion.

La création en 2025 d’une commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public, à l’initiative du groupe d’extrême droite UDR, marque un tournant notable. Officiellement destinée à examiner le fonctionnement des médias publics, elle s’est rapidement révélée être un instrument politique.

Le rapporteur de la commission, Charles Alloncle (UDR), a multiplié les accusations contre France Télévisions, Radio France et France Médias Monde.
Avant même la fin des auditions, il dénonçait déjà un « système idéologique » et une « orientation politique dominante » dans les rédactions.

Pourtant, au fil des travaux, aucune preuve solide n’est venue étayer ces affirmations.
Le président de la commission lui‑même, Jérémie Patrier‑Leitus (Horizons), a reconnu publiquement que les séances avaient été marquées par des attaques personnelles, des séquences de mise en scène et une recherche de « coups d’éclat » plutôt que d’analyse. Cette dérive a été relevée par plusieurs députés, qui ont dénoncé une instrumentalisation de l’outil parlementaire.

Le récit d’une “gauchisation” : un mythe utile

L’idée d’une « gauchisation » de l’audiovisuel public est devenue un élément central de la rhétorique de l’extrême droite.
Elle permet de présenter les médias publics comme un adversaire politique, un bastion idéologique à abattre.

Ce récit repose sur trois piliers :

  • La suspicion généralisée : toute ligne éditoriale non alignée est interprétée comme militante.
  • La confusion entre pluralisme et partialité : la diversité des voix est présentée comme un biais.
  • La personnalisation des attaques : dirigeants et journalistes sont accusés d’agir pour un “camp”.

Or, les études indépendantes sur les médias publics montrent au contraire une pluralité de sensibilités, une charte d’indépendance stricte, et un contrôle démocratique exercé par le Parlement et l’Arcom.

Dans ce contexte, le rôle d’Éric Morillot est révélateur. Animateur et polémiste, il publie en 2026 « Les intouchables de l’audiovisuel public », ouvrage qui compile et amplifie les accusations portées par l’extrême droite. Le livre reprend les thèmes désormais classiques : « caste » de privilégiés, dérives idéologiques, confiscation du débat public et dépenses injustifiées.

Ces affirmations reposent davantage sur une interprétation militante que sur les conclusions de la commission d’enquête. D'ailleurs le sujet n'est pas de contester le contrôle parlementaire mais d'en faire un levier idéologique au service d'une partie de l'échiquier politique.

Morillot va plus loin en appelant à un référendum sur l’avenir de l’audiovisuel public, proposition qui rejoint les programmes du RN et de l’UDR visant à privatiser France Télévisions, réduire drastiquement les budgets, voire supprimer le service public audiovisuel. La liste des signataires de cette pétition montre bien le combat idéologique en cours (Laurent Alexandre, Louis Aliot, Gilbert Collard, Nicolas Dupont-Aignan, Georges Fenech, Luc Ferry, Laurent Firode, Véronique Genest, Gilles-William Goldnadel, Daniel Guichard, Sarah Knafo, Jean Messiha, Robert Ménard, Thibault de Montbrial, Michel Onfray, Florian Philippot, Ivan Rioufol, Philippe de Villiers, Éric Zemmour...). 

Avec une mention toute particulière concernant Michel Onfray qui se déclarait matérialiste et déterministe dans sa "jeunesse" (pas de libre arbitre pour lui) et nous montre ici - s'il en était besoin - qu'il ne faut pas vieillir.

Une stratégie politique cohérente : affaiblir un contre‑pouvoir

L’offensive contre l’audiovisuel public n’est pas un accident.
Elle s’inscrit dans une stratégie politique plus large, observable dans plusieurs pays européens : affaiblir les institutions médiatiques indépendantes pour mieux contrôler la fabrique de l’opinion.

Car l’audiovisuel public représente un contre‑pouvoir qui garantit un accès égalitaire à l’information, échappe aux logiques de marché, est financé par les citoyens, et est soumis à des obligations de pluralisme. Pour l’extrême droite, il constitue donc un obstacle à la construction d’un récit politique homogène.

En le présentant comme un acteur partisan, elle cherche à délégitimer ses productions, affaiblir la confiance du public et préparer une privatisation ou une mise sous tutelle.

Un paradoxe démocratique : attaquer ce qui appartient à tous

L’audiovisuel public n’est pas un appareil idéologique.
C’est un bien commun, financé par l’impôt, contrôlé par le Parlement, et chargé d’une mission démocratique : informer, éduquer, cultiver.

L’attaquer au nom d’une supposée “neutralité” revient à fragiliser un pilier du pluralisme, réduire la diversité des voix et renforcer la dépendance aux logiques commerciales ou partisanes.

La commission d’enquête, loin d’avoir démontré une quelconque “gauchisation”, a surtout révélé la violence de l’offensive politique menée contre le service public

Un combat qui dépasse de loin les médias

Ce qui se joue autour de l’audiovisuel public dépasse largement la question des programmes ou des rédactions.
C’est une bataille pour la maîtrise du récit démocratique, pour la définition de ce qui est légitime, audible, acceptable.

En visant l’audiovisuel public, l’extrême droite ne cherche pas seulement à critiquer un secteur : elle cherche à affaiblir un contre‑pouvoir essentiel, afin de remodeler l’espace public à son avantage. Et l'on ne peut pas dire que CNews - qui dénonce le manque de pluralité dans l'Audiovisuel public - soit un modèle de ce point de vue comme le note l'Arcom :

« On ne juge pas les opinions, toutes ont le droit d’être exprimées et la Constitution le garantit. Nous nous prononçons simplement sur le fait qu’il y a un déséquilibre manifeste et répété du pluralisme d’opinions (...) le problème n’est pas la nature des propos tenus à l’antenne, mais l’absence ou la minimisation d’autres points de vue présents dans le débat sur les principaux thèmes abordés. »

... insiste l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle (Arcom) pour expliquer sa décision inédite du 13 février 2026 de mettre la chaîne d’information CNews en demeure de respecter ses obligations en matière de respect du pluralisme des courants de pensée et d’opinion.

Dans une démocratie, affaiblir ce qui garantit le pluralisme revient à affaiblir la démocratie elle‑même.

Si vous avez un peu de temps pour en savoir un peu plus, notamment concernant quelques "déterminants historiques" :


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