Il est assez fréquent d'entendre des "vérités" comme "la philosophie est l'art de poser les grandes questions existentielles (nature de la réalité, transcendance, connaissance, morale, existence de Dieu, immortalité de l'âme, libre arbitre et causalité, signification de la vie humaine) ... sans jamais donner de réponse définitive." Socrate ne savait qu'une chose, c'est qu'il ne savait rien. La philosophie ne servirait à rien ?
Tout ce discours quelque peu sceptique se heurte de plein fouet à une constatation du quotidien : chacun a sa vision du monde et une philosophie - le plus souvent par défaut - qui nous guide dans nos croyances, opinions et actions personnelles, familiales, sociales, politiques...
Un scepticisme absolu (est-on bien certain d'exister ?) n'aide en rien la survie de l'individu ou du groupe. Or nous sommes "fabriqués" pour cette survie à tout prix (dépression suicidaire mise à part : c'est une maladie). Dans ce cas, à quoi sert de "faire de la
philosophie" ? Et « se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher
» comme écrivait Blaise Pascal ?
Ou alors c'est un art comme un autre, un passe-temps du
niveau du scrabble, des échecs ; un concours d'intelligence, une affaire de
distinction façon Bourdieu ? Certains diront que c'est l'art de poser les
"bonnes" questions. Mais alors dans ce cas, ce serait déjà donner une
réponse à "quelles sont les bonnes questions" !
Nous sommes "embarqués" nous dit à raison Pascal, qu'on le veuille ou non : nos parents ont décidé pour nous, à moins de n'être qu'un accident orgasmique...
Et alors ?
Donc, embarquons. Mais dans quel bateau ?
Le choix - inévitable - ne peut s'effectuer que dans le cadre d'une alternative : le surnaturel existe ou n'existe pas.
Le "choix" du surnaturel, faisant référence à ce qui est au-delà ou en dehors de la nature et des lois physiques établies, ouvre des perspectives incommensurables : religions, chamanisme, énergies, magie, esprits et fantômes, télékinésie, précognition, voyance, médiumnité, anges et démons, réincarnation, astrologie, miracles... Le fait de ne pas tout savoir, tout comprendre et tout expliquer n'est pas la preuve de l'existence d'une quelconque transcendance. Puisque l'imagination humaine - comme la bêtise (Einstein) - n'a aucune borne connue, suffirait-il de penser à quelque chose pour lui donner un semblant de réalité empirique ?
Soit un beau terrain de jeu pour des cohortes d'illuminés et d'escrocs de tous poils très attentifs à manipuler les faiblesses humaines, usant d'un jargon ésotérique et proposant du "sens" métaphysique en carton-pâte.
Sans compter que les illusions d'optique peuvent nous embarquer - puisqu'on parle de bateau - dans des navires volant au dessus de l'eau, comme dans cette vidéo.
Cet effet d'optique (fata morgana) - probablement à l'origine de la légende du "Hollandais volant" - est assez bluffant. Evidemment un effet du surnaturel... jusqu'à ce qu'il soit expliqué scientifiquement.
Combien de "choses" autrefois surnaturelles ont été sagement rangées par la suite dans les tiroirs de la science ou de la supercherie (tables tournantes, boules de feu, foudre, aurore boréale, pluie de grenouilles, météores, stigmates religieux, larmes de sang coulant de la statue d'une vierge à l'enfant, crop circles, hallucinations auditives et visuelles, phénomènes de combustion spontanée, mirages, homéopathie...).
Les propriétés des particules quantiques sont certes surprenantes... mais naturelles, sans faire appel à une transcendance pour autant.
Quant au "soleil qui aurait dansé" réellement dans le ciel de Fatima (70.000 témoins !) : c'est de l'ordre de l'impossible, tout simplement.
La science n'expliquera probablement jamais tout, mais c'est la seule activité humaine permettant de comprendre et de connaître le monde qui nous entoure avec un certain degré de certitude par la découverte de lois naturelles universelles qui évoluent - comme le reste de l'univers - de paradigmes en paradigmes pour un esprit limité comme le nôtre. Certains choix de croyance sont pourtant des plus simples :
Imposition des mains ou chirurgie moderne ?
Cure de jus de betteraves ou immunothérapie ?
Prière ou restos du cœur ?
Télépathie ou portable ?
Création de la femme à partir d'une côte ou évolution darwinienne ?
En admettant même que tout est croyances, certaines sont manifestement plus fortes, plus étayées, plus crédibles que d'autres. Les péripéties concernant les vaccins contre la Covid nous ont un peu renseigné sur le sujet, comme auraient dû conclure les frères Bogdanoff (scientifiques, vraiment ?) qui semblent avoir préféré des injections de silicone dangereuses aux vaccins qui ont sauvé des millions d'humains.
Certaines croyances tuent quand d'autres sont bénéfiques.
Concernant la diversité des croyances, positions et choix des humains sur leur vision du monde, une question vient à l'esprit : comment se fait-il que des philosophes mais aussi des scientifiques (physiciens, médecins, sociologues, anthropologues etc.) - dûment diplômés - professent des avis très divergents en partant des mêmes bases académiques ? De deux choses l'une : ou le libre arbitre domine les déterminants (génétiques et environnementaux) et tout ce monde devrait avoir le même avis sur tout, ce qui n'est pas le cas ; ou ce sont les déterminants différents pour chacun (émotions, affects, culture reçue etc.) qui l'emportent... Et que devient dans ce cas le concept même de libre arbitre ? (voir https://librearbitre.eu/accueil/libre-arbitre/).
On en vient à souhaiter la création d'un "conseil scientifique" compétent au sein des médias publics afin de passer au crible toutes ces informations délirantes - mais lucratives - qui ne font que rajouter de l'eau dans la machine à brouillard.
On pourrait également espérer la création d'un "conseil politique" afin d'y voir plus clair dans les affirmations des uns et des autres.
Par exemple : nombre de collectivités locales - notamment les plus petites - sont actuellement au bord du gouffre financier. En 2023, cette dette a augmenté pour atteindre 208,5
milliards d’euros !! Les communes et les intercommunalités représentent 68 % de
cette dette, les départements 15 %, et les régions 17 %.
La gauche assure que cette dette des collectivités locales est stable depuis 30 ans malgré la décentralisation et du transfert de certaines
compétences de l’État vers les communes (hausse du coût de l'énergie, revalorisation salariale, investissement dans la transition écologique...). De l'autre coté, la droite fustige des dépenses injustifiées, un manque de gestion rigoureuse des collectivités de gauche etc.
Comment s'y retrouver sans base philosophico-idéologique ?
Pour la droite, moins de dépenses = moins d'impôts à prélever = plus d'enrichissement personnel pour ceux qui sont du côté du manche (culture / études / "mérite" et "talent" / héritage...). Chacun doit se débrouiller avec ses moyens, ce qui est plus facile... quand on a des moyens. C'est la vision libertarienne du chacun pour soi, et tant pis pour ceux qui n'ont pas de chance (voir Ayn Rand).
Pour la gauche, chaque humain devrait avoir les mêmes droits à la santé, à la culture, aux biens de première nécessité... car personne n'a choisi "librement" d'être pauvre, affamé, ignare ou malade. Pour viser autant que possible cette équité, une redistribution drastique des profits est nécessaire car personne ne "mérite" de gagner ou d'hériter 100 fois plus que son voisin.
Il est donc bien question de la vision du monde et des autres, de la place de chacun dans notre collectivité humaine : c'est bien de la philosophie au sens le plus noble et un "choix" par défaut serait la pire des calamités.
Pour conclure, la philosophie n'est pas un simple jeu de l'esprit sans conséquences et la philosophie matérialiste (tout est matière, énergie, et rien d'autre n'est connaissable / testable) est la mère de cette merveilleuse aventure qu'est la science qui nous dit que tout est déterminé / indéterminé sans laisser aucune place pour un Libre Arbitre, un "talent", un "mérite" quelconque ; de l'autre bord, la "philosophie du surnaturel", hors réalité, non testable, parlant de foi plus que de raison, n'aboutit qu'à des discussions stériles (voir les 2 visions du monde).
Le philosophe Laurent-Michel Vacher accuse la grande
majorité des philosophes de se détourner de la science et ainsi d’ignorer les
acquis de la pensée scientifique*. Il a malheureusement raison.
Doit-on se baser sur ce qu'on sait ou sur ce que l'on ne sait pas ? Va-t-on rester encore longtemps dans l'expectative, la suspension du jugement (épochè) qui promet l'ataraxie sans jamais la livrer, ou serait-il temps de regarder la réalité telle qu'on peut la connaître et en tirer les conséquences ?
Le philosophe Vladimir Jankélévitch écrit :
"On peut, après tout, vivre sans le je-ne-sais-quoi, comme on peut vivre sans philosophie, sans musique, sans joie et sans amour. Mais pas si bien."
Sinon quoi ? On ne pourrait plus régler les conflits ?
La plupart de nos concitoyens ont compris que fouetter son enfant n'était plus acceptable. C'était pourtant bien pratique, rapide et simple ; pour lui "apprendre à vivre", une fois pour toutes. Il fallait le faire pour être un "bon" parent.
"Bats ta femme tous les matins : si tu ne sais pas pourquoi, elle elle le sait". Simple, rapide, efficace ? Dans le doute, autant frapper (si on est en position de force évidemment) ; Dieu reconnaîtra les siens. Il faut bien en passer par là pour se faire obéir... et plaisir.
Car les neurosciences ont révélé que le système de récompense du
cerveau joue un rôle crucial dans le plaisir ressenti lors de la punition... des autres, principalement. Ce
système est associé à la libération de dopamine, un
neurotransmetteur lié au plaisir et à la satisfaction. Lorsque nous punissons, notre cerveau active les mêmes circuits de récompense que ceux impliqués
dans d’autres activités plaisantes, comme manger ou écouter de la musique. Une étude a montré que les participants ressentaient une activation accrue du striatum,
une région du cerveau associée à la récompense, lorsqu’ils infligeaient une
punition à quelqu’un qui avait enfreint une règle. Cette activation était
corrélée à un sentiment de satisfaction et de justice.
Donc, la sélection naturelle "culturelle" nous encourage à punir, avec plaisir... sans pour autant être considéré comme sadique. Plus généralement, le plaisir est souvent associé à des comportements qui - sans le plaisir associé - risquerait de nous faire disparaître (orgasme pour activer la reproduction, plaisir de se nourrir d'aliments sains, plaisir d'offrir dans le cadre de la consolidation des relations humaines indispensables à la survie etc.).
Mais pour que la punition-plaisir soit justifiable, il faut bien que le sujet à punir ait la possibilité de faire mieux que ce qu'il a fait, qu'il ne soit pas entièrement déterminé et possède un choix "libre" dans ses actions, bonnes ou mauvaises pour la société, la famille, l'école...
Prenons en compte quelques secondes les arguments suivants : si l'on punit, c'est bien pour "corriger" un libre arbitre "défaillant" qu'il faudrait "rééduquer". Ce qui signifie que ce fameux libre arbitre serait théoriquement sensible au déterminant externe qu'est la punition (généralement non souhaitée par le "délinquant"). Soit un déterminant qui agirait sur un arbitrage censé être libre de détermination quelconque. Voyez l'ineptie qui détruit ainsi les prémisses d'un libre arbitre tout puissant. Tout revient en somme à modifier les déterminant à travers un libre arbitre qui ressemble fort à un fantôme.
Mais les progrès philosophiques et scientifiques ont permis de douter à la fois de l'efficacité et du bien fondé moral concernant les maltraitances punitives destinées, par exemple, à guérir les malades mentaux. Les animaux et les enfants n'ayant "notoirement" pas de libre arbitre même pour les plus zélés des croyants dans cette chimère, il devenait difficile de les punir, physiquement en tout cas. Le déterminisme (même mâtiné d'indéterminisme quantique) étant le seul paradigme permettant la connaissance, le libre arbitre n'a plus d'existence possible et ne permet plus la punition, sauf à être sadique ou profane sur ces sujets (voir Libre Arbitre).
Croit-on vraiment que maltraiter va "redresser" les déterminants délétères d'un individu ? Faut-il frapper un enfant qui vient de frapper un camarade pour lui apprendre que frapper, c'est pas bien ? La peine de mort devrait-elle servir d'exemple pour supprimer les homicides ? Ça marche ? Vraiment ?
Tout ceci me rappelle un dessin des années 70 dans le journal Le Monde qui mettait en présence un américain libérant un prisonnier de longue date - sortant d'une cage trop exiguë - avec cette réflexion profonde : "voyez, je le libère et il n'est même pas capable de tenir debout."
Certes, la croyance en une "fée des
dents" pourrait conduire à se laver les dents tous les jours, de sorte que cette
croyance constituerait finalement un avantage adaptatif non négligeable... sans
en conclure pour autant que la fée des dents existe réellement, ontologiquement. Et si cette fée a rédigé quelque grimoire nous engageant à tuer ceux qui ne se lavent pas les dents 3 fois par jour, doit-on lui obéir ?
De manière similaire,
la liberté de la volonté (libre arbitre « réel ») ne peut être qu’une
illusion faisant partie d'une « carte mentale » utile du point de vue adaptatif à une époque mais qui ne tient pas
compte du « territoire » tel que décrit par la science et la
raison, car un libre arbitre « réel » ontologique surplombant nos
décisions est tout à fait incompatible avec les lois naturelles. Dès lors,
chacun ne peut faire que ce qu’il fait ; et n’aurait pas pu faire
autrement (à moins de modifier les déterminants en cause).
La volonté et les choix existent bien, mais ils sont tenus
totalement par nos déterminants ancestraux personnels à la fois génétiques et
environnementaux dans un processus stochastique (probabiliste) chaotique ne permettant pas des prévisions certaines... à moins de faire appel évidemment aux voyants, médiums, astrologues, cartomanciennes et autres haruspices etc. qui ne se trompent jamais.
Pour agir afin de "remettre en ligne" les contrevenants aux normes sociales du moment, il faut donc faire émerger de nouveaux déterminants en respectant le fait que chacun fait au mieux et ne peut faire autrement sans de nouveaux déterminants. Il n'est pas question de "faire du mal", de couper un doigt à son enfant chaque fois qu'il ne se lave pas les mains avant de passer à table, ou encore de couper la main gauche du voleur comme le font certains islamistes (avant de passer à la main droite en cas de récidive ; mais tiennent-ils compte du fait que le voleur peut être gaucher ???). Efficace ? Surtout terriblement inhumain - quand on a bien compris ce qu'implique l'absence de libre arbitre - et propice à rendre les "punis" encore plus féroces => voir Mais alors, sans culpabilité ni punition possible... que faire ?
Cultivons le plaisir de coopérer pour un monde sans punitions, haines, vengeances, humiliations, dominations, violences physiques et psychiques, jalousies et autres passions tristes.
Bannissons de notre vie commune les croyances métaphysiques surnaturelles.
Les discussions de première importance concernant le sexe des anges constituent un bel exemple des querelles proprement « byzantines ». Celles concernant la légitimité
d’utiliser les Indiens comme esclaves, les
rapports des hypostases de la Trinité*, la
double nature du Christ etc. ne sont pas mal non plus. Si l’on collectait toutes
les querelles et propos exégétiques de toutes les religions, nous aurions des millions de pages
et d’heures de discussions sur du vide : «
La grande confrérie de l'érudition inutile » pour reprendre Michel
Foucault. Les débats sur l'âme (comme ceux sur le libre arbitre) sont de cet ordre.
L’anthropologue Pascal Boyer cite dans son livre - qui mérite d'être lu (« Et l’Homme créa les Dieux »**) - une
anecdote savoureuse : alors qu’il venait de décrire au cours d’un dîner
certaines croyances des Fang d’Afrique centrale qui croient que les sorciers
s’envolent la nuit sous forme animale pour jeter des sorts, un théologien
catholique de renom eut cette formule d’une profondeur abyssale :
« C’est
cela qui rend si passionnante et si difficile votre spécialité (anthropologie). Vous devez expliquer comment les gens peuvent croire pareilles
inepties. »
Un pur génie, ce théologien...
... comme (St) Augustin considérant que "la perte d'une seule âme non munie du baptême est un mal bien plus grave que la mort d’innombrables innocents." Le salut d'une seule l'âme est donc bien supérieur à la vie physique de milliers d'innocents, ce qui permettra de justifier un certain nombre de saloperies ici et là.
Dans la conception spiritualiste, l’âme est considérée comme l’essence immatérielle et
éternelle d’un être vivant. Elle est au cœur de nombreuses croyances
spirituelles et philosophiques.
Pour la Kabbale juive, il
existerait cinq niveaux de l’âme, chacun représentant un degré différent de
conscience divine.
Pour le christianisme, l’âme - fabriquée lors de la conception charnelle -, est immortelle et
distincte du corps. Elle est jugée après la mort et peut accéder au paradis ou
à l’enfer. Pour l’Islam, l’âme (ou “nafs”) existe avant la naissance (soit des centaines de milliards d'âmes en "attente" ?), est également immortelle et
sera jugée par Allah après la mort. Les actions de la vie terrestre déterminent
le sort de l’âme dans l’au-delà. Hindouisme et Bouddhisme croient en la
réincarnation, où l’âme passerait par plusieurs vies jusqu’à atteindre la
libération (moksha ou nirvana). Du point de vue philosophique, Platon voyait l’âme comme
immortelle et divisée en trois parties : la raison, l’esprit et les désirs.
De son côté, René Descartes considérait
l’âme comme la source de la pensée et de la conscience, distincte du corps
physique, une dualité qui a toujours la peau dure de nos jours.
Bref : si tout le monde croit en l'existence de l'âme, c'est qu'elle doit exister, non ?
Mais qu'en est-il des Indiens découverts par Christophe Colomb (1492) ? Espagnols et Portugais entreprennent la colonisation du Nouveau Monde. La
population indigène se voit décimée par la variole, la rougeole et les
massacres. Les « Indiens » sont également dépossédés de leurs terres et enrôlés
de force, en esclavage.
Mais au fait, les Indiens sont-ils humains ? Grave question à
laquelle la « controverse de
Valladolid »*** va tenter de répondre en
1551 avec le secours d’une quinzaine de théologiens. La question est de savoir
qui sont ces Indiens : des êtres inférieurs... ou des hommes comme nous, les
Européens, fils de Dieu ?
Pour l’un des
intervenants, la réponse va de soi dans la lignée des arguments traditionnels.
Celui de la révélation primitive d’abord : comment se
fait-il que ces peuples lointains n’aient pas été instruits du christianisme,
puisqu’il est dit, dans les Évangiles, que les apôtres s’en sont allés
convertir toutes les nations ?
Ensuite, comment ne pas voir la main de Dieu
dans l’extermination des Indiens ? Si c’étaient vraiment ses enfants,
permettrait-il ces massacres ? En réalité la colonisation s’inscrit dans le
dessein divin. Dieu punit les Indiens de leur idolâtrie et les Espagnols ne
sont que son bras armé. Dieu est avec nous ! Comme disent toutes les religions pourtant différentes et concurrentes.
Bref, un raisonnement qui tient diablement la route... tout comme les reproches qui sont faits aux autochtones concernant les pratiques barbares de sacrifices humains pour faire plaisir au dieu, à ne pas confondre avec Abraham qui allait tuer son fils sur ordre divin, voire le sacrifice du Christ sur la croix par dessein (destin) divin. Ça n'a rien à voir, évidemment !
Finalement, on ne sait trop par quel miracle, les Indiens seront déclarés humains comme les autres (ouf !), contrairement aux noirs que l'on peut continuer de réduire en esclavage car il ne faudrait pas que le business souffre de cette extravagante lubie de la papauté.
Fort heureusement pour les porteurs de la "bonne" civilisation, la suite montrera que le statut d'humain "avec âme" ne préserve nullement des massacres.
Comme le rapporte le canadien Éric Plamondon dans son livre “Taqawan”:
"Ici, on a tous du sang indien. Ou dans les veines, ou sur les mains".
D'un point de vue "scientifique", si l'âme existe et
s’envole après de la mort, on peut envisager qu’elle ait un certain poids (une
masse en fait) que l’on pourrait mettre en évidence en mesurant le poids d’un
cadavre avant, puis après le décès. Hypothèse intéressante testée par le
médecin américain Duncan Mac Dougall en 1907.
Résultat : l’âme existe, si, si !
Elle pèse même 21 grammes. CQDF.
Las, les conditions de l’expérience et le résultat
sont immédiatement contestés par ses pairs. Qui plus est, cette éventuelle
perte de poids peut s’expliquer par des modifications physiologiques simples,
et ceci sans avoir besoin de recourir au surnaturel. Plus personne ne porte
crédit à cette pseudo étude scientifique, à part quelques spiritualistes
hermétiques à toute nécessité de preuve.
De nos jours, toute cette quincaillerie bigote est balayée par la science moderne en l'absence de preuve empirique sur l’existence de l’âme. Les neurosciences étudient la conscience et
les fonctions cérébrales sans recourir à des concepts spirituels. L'âme, pas plus que le libre arbitre, n'est retrouvée dans le cerveau ; ni même ailleurs.
Les concepts d'âme et de libre arbitre sont en fait les deux faces d'une même pièce surnaturelle, une dualité qui persiste dans les esprits spiritualistes. Le libre arbitre est devenue une sorte de "sécularisation" de l'âme, un avatar persistant de la dualité esprit/corps chère à l'humain (qui répugne à penser qu'il est d'origine animale), sans aucun support rationnel, mais avec des conséquences délétères bien visibles dans tous les compartiments de notre société (voir "Présentation 2").
Si vous avez quelques minutes (11), regardez ci-dessous cet
extrait passionnant de la controverse de Valladolid et la joute oratoire qui oppose Sepúlveda à Las Casas montrant, sans l'ombre d'un doute, en quoi "les indiens ne sont pas des créature reconnues par Dieu
!" Pour tout dire, la totalité de cette docufiction mérite d'être vue, réfléchie, montrée aux élèves, discutée en classe, tant ces questions sont à la base de notre concept d'humanité.
On en vient à espérer une "controverse" du même ordre, mais laïque cette fois, sur le concept de libre arbitre, entre philosophie et sciences... en direct sur Public Sénat.
* « Hypostases de la Trinité » : dans le christianisme, la Sainte Trinité est le Dieu unique en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, égaux, participant d'une même essence divine et pourtant fondamentalement distincts. Une évidence...
Selon les responsables de la droite et
de l'extrême droite, le « wokisme » était au centre de la cérémonie d’ouverture
des Jeux olympiques en France...
Et c'est pas bien !
Le terme “wokisme” dérive
de l’anglais “woke” qui signifie littéralement “éveillé”. Il désigne un
mouvement social et politique visant à sensibiliser et à lutter contre les
injustices et les discriminations systémiques basées sur la race, le genre, la
classe sociale, et autres axes de marginalisation.
Sans libre arbitre « réel » (ontologique), il est évident que toute
discrimination de minorités est foncièrement injuste. Et il n'est pas besoin d'être d'extrême gauche pour constater que les "hommes blancs hétérosexuels" subissent globalement moins de discriminations que
les autres groupes humains.
Et lesdiscriminations se cumulent comme l’indique la juriste
féministe américaine Kimberlé Crenshaw[1] :
dans notre société, il est plus difficile d’être homosexuel qu’hétérosexuel, et
encore plus difficile d’être homosexuel noir que blanc. Ce n’est qu’en
combattant pied à pied par la législation, l’éducation - dont sa composante
philosophique -, les débats dans les médias, les manifestations éventuelles...
que nous changerons les mentalités : c’est la marche de l’évolution
culturelle humaine, tout simplement.
Par exemple, il est compréhensible que
les discussions actuelles sur le genre suscitent des inquiétudes. Il y avait les femmes, les hommes, et rien entre les deux ; c'était plus simple, surtout du côté de ceux pour qui le genre de naissance ne posent pas problème, soit la majorité des humains.
Mais ce n'est pas une "mode" de changer de sexe comme on l'entend parfois ; c'est un sujet particulièrement douloureux qui peut amener au suicide. Imaginez-vous dans un corps d'homme alors que vous vous "sentez" femme (ou l'inverse) depuis presque toujours. Ce n'est pas non plus un sujet nouveau, mais on n'en parlait pas ouvertement. Tabou cette "incongruence de genre". Le genre est une construction biologique (XX, XY, XXY, XO etc.), neurobiologique* et sociale qui n'est pas "choisie librement", au même titre que l'orientation sexuelle d'ailleurs.
Dans une vision matérialiste, chaque individu a le droit de vivre selon son identité de genre et il est irrationnel de culpabiliser ceux qui ne seraient pas dans la norme statistique, quelque part dans le spectre entre femme et homme. Les religieux et les partisans de droite (pléonasme ?) sont généralement incapables d'accepter cette réalité scientifique : Dieu n'a pas pu se tromper si lourdement. Femme et homme, Yin et Yang, noir et blanc, OK ; mais gris clair ou gris foncé... Pas assez binaire sans doute.
Pourtant, permettre
aux gens de changer de prénom ou de genre est une question de respect des
droits humains fondamentaux. Le fait de pouvoir vivre selon son identité de genre peut
considérablement améliorer la santé mentale et émotionnelle des personnes
transgenres, permettant de réduire les taux de dépression, d’anxiété et de
suicide, tout en respectant une justice sociale.
Mais pas n'importe comment quand il s'agit de changer "définitivement" de genre avec l'aide de la médecine. La prescription de "bloqueurs de puberté" (accord parental nécessaire avant 18 ans) doit être évaluée - voire peut-être interdite si l'on considère que la croissance physique et psychique est loin d'être terminée à ces âges (entre 8 et 14 ans)**. Par ailleurs, avant de procéder à une chirurgie de réassignation sexuelle, il
est essentiel que la personne soit évaluée par des professionnels de la santé,
y compris des psychiatres et des endocrinologues. Cela garantit que la personne
est bien informée et prête pour les changements physiques. Les
personnes qui souhaitent changer de sexe doivent suivre un traitement hormonal
sous la supervision d’un endocrinologue. Ce traitement aide à développer les
caractéristiques physiques du sexe souhaité, mais il comporte aussi des risques
et des effets secondaires devant être surveillés. Après une chirurgie de réassignation sexuelle, un suivi médical régulier est
crucial pour surveiller la santé physique et mentale de la personne.
Pour en revenir au wokisme, il n’y a à mon sens aucun conflit entre cette démarche de justice sociale et l'universalisme républicain qui est bien plus mis à mal par les discriminations
que par le wokisme. Les "anti-wokistes" rassemblent des
conservateurs de droite et d'extrême droite aussi recommandables que le républicain américain
Ron DeSantis, le russe Poutine, le brésilien Bolsonaro, le RN[2], Éric Zemmour, le sociologue Mathieu Bock-Côté ou Alain Finkielkraut, ce dernier nous expliquant que le wokisme...
"est l'idéal égalitaire. On pourchasse les discriminations et ça montre bien que le wokisme... est un véritable vandalisme."
Bizarrement, cet aréopage ne peut que me donner "foi" dans le wokisme... à la
condition essentielle de ne pas aboutir à une polarisation excessive de la
société - une sorte de wokisme intégriste - avec éclatement du « vivre
ensemble » et des valeurs fragiles d’un universalisme cher à la
France.
Par exemple, il n’est pas question de remplacer la médecine scientifique
par des remèdes indigènes sous prétexte de reconnaissance des minorités ; ni de faire
du wokisme une nouvelle secte / religion comme semble s’en inquiéter le philosophe J.F.
Braunstein[3]...
Les outrances verbales et humiliations grotesques des étudiants envers l'administration et les professeurs que l'on peut voir dans la vidéo ci-dessous - tournée à la faculté Evergreen et commentée par un partisan de droite (extrême ?) - sont condamnables, sinon débiles... Mêmes critiques à propos de certains excès dénoncés dans la vidéo Jusqu'où va le wokisme à Sciences Po.
Mais cette haine ressentie par certains wokes est à la hauteur des ressentiments accumulés dans l'Histoire (colonisation / esclavage / Ku Klux Klan / humiliations / ségrégation / massacres...) et trop souvent réactualisés (George Floyd tué par des policiers le 25 Mai 2020...). Si le wokisme partage
les humains entre dominants et dominés, on peut difficilement ne pas être
d'accord sur ce point dès lors qu'on regarde le monde passé et actuel, bien
qu'il s'agisse d'une grille de lecture forte mais nécessairement incomplète.
Notons que les partisans de gauche ne sont pas en accord - pour la plupart d'entre-eux heureusement - avec les outrances woke de la vidéo ci-dessus.
Le wokisme semble être - pour la droite (extrême) - l'idéologie à abattre, non pas du fait de ses excès, mais parce qu'il met en cause l"hégémonie masculine ancestrale et plus largement la domination des uns sur les autres.
Exemple. Campus de Sciences PO de Grenoble avec les propos suivants du professeur Klaus Kinzler : "l'islamophobie est une propagande extrémiste, à ne pas mettre dans le même sac que le racisme et l’antisémitisme." Propos considérés comme islamophobes et fascisants par certains étudiants mais revendiqués par le professeur dans la presse nationale comme simple exercice de la liberté d'expression... en y ajoutant quelques coups de griffe à l'institution dont il fait partie. Institution qui a réagi à ce qu'elle considère constituer une diffamation... et suspend le professeur Klaus Kinzler.
Laurent Wauquiez (et la droite dans son ensemble) s'indigne de cette décision de l'institution et lui retire les subventions de la région !***
Cependant, confondre dans le terme "islamophobie" à la fois le rejet légitime de l'islamisme mortifère avec celui des musulmans paisibles dans leur grande majorité revient à confondre l'antisémitisme avec les massacres de Netanyahu. Sans oublier que les palestiniens musulmans et les juifs sont des sémites ; c'est dire s'il faudrait nuancer tous ces idiomes !
Cette guerre wokisme / anti-wokisme a pris des proportions planétaires, tout particulièrement aux USA... mais aussi en France. Nouvel épisode dans cette guérilla : les Presses universitaires de France (PUF) ont décidé de suspendre
la publication, début avril 2025, d’un livre sur « l’obscurantisme woke ». Dommage, ne serait-ce que pour voir l'argumentation déployée. Cela dit, on peut avoir un petit aperçu du fond au travers du Programme de résistance intellectuelle contre le wokisme qui se veut "neutre", a-politique... comme si c'était possible. Ce document émane de l'Observatoire d'éthique universitaire. Et là, problème de fond : de quel droit cet "observatoire" prétend être une référence de l'éthique universitaire ? Le terme "éthique" est nécessairement lié à des valeurs qui, elles-mêmes, sont inévitablement de nature politique. L'éthique, les valeurs et les conséquences politiques correspondantes sont en évolution constante à travers les siècles et les civilisations. Rien n'est neutre ici. D'autant que certains auteurs du livre anti-woke censuré ont montré une certaine proximité (certaine) avec Pierre-Édouard Stérin, milliardaire activiste de la "droite extrême" (voir Vous ne trouvez pas qu'il commence à faire un peu chaud ?). Emmanuelle Hénin - qui a collaboré à ce livre censuré - nous explique longuement dans cette vidéo ses critiques concernant le "déconstructivisme" et le "wokisme", tout en prenant ses distances officielles avec le Trumpisme, ce qui en dit long... en creux.
Un observatoire et un livre neutres, a-politiques ? Vraiment ?
Emmanuelle Hénin souhaite peut-être instrumentaliser la fameuse "neutralité axiologique" (Wertfreiheit) du sociologue Max Weber ? Mais, comme l'écrit l'encyclopédie :
"L'autorité de Max Weber était invoquée à l'appui d'une
orientation idéologique, la « neutralité », qui était très étrangère au
sociologue allemand mais se chargeait au contraire d'enjeux décisifs dans le
contexte d'une progression de l'engagement marxiste des intellectuels dans les
décennies de l'après-guerre. En France, la promotion de la notion de «
neutralité axiologique » permit d'apporter la caution fictive de Max Weber à
une épistémologie antimarxiste, dans le contexte de forte polarisation idéologique
des années 1960 et 1970.
Loin de prôner une quelconque neutralité politique du savant,
Max Weber (1864-1920) songea toute sa vie à délaisser sa carrière scientifique
pour briguer des positions de responsabilité publique ; il fut l'un des
universitaires allemands les plus prompts à exposer ses vues politiques dans la
presse (avec une moyenne de six interventions par an entre 1915 et 1920) ;
enfin, il participa à la fondation d'un parti, le D.D.P. (Deutsche
demokratische Partei, Parti démocratique allemand en français), en novembre
1918, et à la genèse de la constitution de la République de Weimar. La
propension de Weber à l'engagement n'était pas davantage mise entre parenthèses
dans le domaine de la science, où il dénonçait l'attrait pour les « voies
moyennes » et les compromis de la pensée : « Le "juste milieu" n'est pas le
moins du monde une vérité plus scientifique que les idéaux les plus extrêmes
des partis de droite ou de gauche », notait-il ainsi en 1904."
Patatras. De là à censurer un ouvrage... qui va de toute façon être édité...
Dans une vision matérialiste sans libre arbitre possible, il n'est pas question de
se flageller en permanence de façon anachronique mais de prendre nos responsabilités historiques,
sans fierté ni honte (voirHistoire : ni fierté, ni honte !). Nos règles
républicaines et démocratiques devraient chapeauter l’ensemble des mouvements sociétaux, le combat
contre toute discrimination, qu'on soit "woke" ou pas ; mais la place du curseur,
ici comme ailleurs, doit faire l’objet d’une délibération commune qui ne sera toujours
que provisoire.
Autre aspect controversé, la « cancel culture » - ou culture de l’effacement - est
souvent associée au wokisme.
Il peut sembler légitime de ne plus "honorer" actuellement certaines figures historiques comme dans cet exemple concernant le général Louis Juchault de Lamoricière qui se serait très mal conduit durant la colonisation de l'Algérie :
La droite n'est pas la dernière à vouloir effacer ce qui gêne. Ainsi, le Journal du dimanche (Boloré) écrit à propos de Trump :
« Du récit de l’esclavage aux spectacles de drag-queens
pour enfants, le président veut purger l’Amérique de cet endoctrinement
idéologique. »
Le récit de l'esclavage : "un endoctrinement idéologique" ? Les esclaves définis comme des "meubles" dans le Code noir (1685) : "un endoctrinement idéologique" ? La traite négrière globale (toutes traites confondues) aurait
causé la déportation de 28 à 100 millions de personnes, selon les sources, en
tenant compte des victimes collatérales (morts lors des captures, marches
forcées, ou détention). Une paille à oublier.
La guerre idéologique fait rage. Mais si je suis contre les violences de toutes sortes qui
se réclameraient de cetteculture de l’effacement, il me semble totalement idiot de
déboulonner des statues et autres plaques de nom de rue, à la condition de préciser en quoi les propos ou actes de telle figure historique sont devenus insupportables de nos jours. Avec quelques
garde-fous cependant : pour ne prendre qu’un exemple limite de reductio ad Hitlerum, baptiser
actuellement en France une rue au nom d'Hitler ou de Staline serait
évidemment une provocation insupportable, comme le serait de créer une chaîne de magasins à la gloire de Vladimir Poutine...
... à moins qu'il ne s'agisse que d'un plat emblématique du Canada particulièrement populaire au Québec.
Décidément, rien n'est simple.
Sur le fond, nous devrions autant que possible sauvegarder le patrimoine historique et culturel au sens large, aussi bien dans ses lumières que dans ses ombres (voir Séparer l'Homme de l'Oeuvre ?).
A propos de culture, je veux souligner ici les enjeux actuels mis en exergue par l'ouvrage de B. Lahire ("Savoir ou périr" - 2025 - SEUIL) qui souligne la menace concernant la survie de sociétés humainesqui, depuis leurs
lointaines origines, dépendent de la création continue de connaissances pour
s'adapter à des environnements changeants.
"À l'heure où les sciences sont attaquées de toutes
parts, il devient vital de rompre avec ces logiques destructrices et de mettre
en œuvre une politique révolutionnaire de l’enseignement et de la création
scientifique."
Pouvoir faire autrement (possibilités alternatives) semble être une compétence/condition nécessaire pour parler de libre arbitre ontologique permettant ainsi de punir.... car le délinquant aurait pu (dû) faire autrement !
C’est ce que pensent nombre de philosophes dont Christian List qui concède que le libre arbitre et ses conditions préalables – l’action intentionnelle,
les possibilités alternatives et le contrôle causal de nos actions – ne peuvent
pas être trouvés parmi les caractéristiques physiques fondamentales du monde
naturel. Dont acte.
Il semble donc a priori se positionner en faveur d'un paradigme naturaliste.
Mais,
selon lui, ce n’est pas là que nous devrions chercher !
"Le libre arbitre est un
phénomène de « niveau supérieur » qui se situe au niveau de la psychologie. Il
ressemble à d’autres phénomènes qui émergent de processus physiques mais sont autonomes et ne sont pas mieux compris en termes physiques fondamentaux,
comme un écosystème ou l’économie. Lorsque nous le découvrons dans son contexte
approprié, reconnaître que le libre arbitre est réel n’est pas seulement
scientifiquement respectable ; c’est indispensable pour expliquer notre monde !"*
Comment peut-on se déclarer naturaliste (matérialiste) et parler d'émergence qui serait autre chose que la "simple" complexité des phénomènes régis par les lois naturelles dans le cadre d'un chaos déterministe ?
L'exemple de Lenia (voir Emergence de LENIA) devrait pourtant être suffisant pour se convaincre de la possibilité matérialiste de création de structures particulièrement élaborées. En quoi - et comment - la psychologie humaine échapperait-elle à ce processus ?
Par ailleurs, les exemples de l'auteur - écosystème et économie - ne sont effectivement pas cernées totalement par l'analyse à partir des lois fondamentales, non du fait de l'existence d'un fantôme surnaturel dans la machine mais de par la complexité des causes, des conséquences et du chaos qui en découle. Les prévisions climatiques sont de cet ordre et je ne comprendrais pas que Christian List nous invite, s'il est réellement matérialiste, à penser autrement.
Puis vient l'argument que le libre arbitre "réel" est scientifiquement respectable : pourquoi pas ! Mais il faudrait autre chose, une preuve quelconque, pour commencer à adhérer à ce concept incompréhensible dans un paradigme naturaliste scientifique.
Enfin, List nous affirme que le libre arbitre est indispensable pour expliquer notre monde... Mais avant l'Humain, le monde existait sans libre arbitre (LA) et l'animal n'en a toujours pas selon les zélés zélotes du LA alors que les animaux non-humains possèdent bien des éléments primitifs de morale régissant les groupes, des embryons de culture, voire de techniques... ; le tout sans besoin de LA. C'est autant de merveilles montrant l'émergence lente de structures complexes, notamment du point de vue psychologique.
En bon "compatibiliste" (libre arbitre ontologique et lois naturelles font bon ménage), List pense que pour définir le libre arbitre, il suffirait que je soutienne mes choix/actions
d'une manière ou d'une autre : si je les soutiens, les défends, les trouve
raisonnables, mes raisons justifient/prouvent la réalité du LA.
Entourloupe ! Car un LA qui serait "réel" nécessiterait un choix, une volonté libre indépendamment des "raisons", "causes" et "contraintes" externes etinternes. Si List a "choisi" ce matin de se faire un thé plutôt qu'un café comme la veille, c'est qu'il pense n'avoir pas bien dormi à cause du café (cause interne pour simplifier), mais comme il se doit d'être en forme pour le séminaire cet après-midi (cause externe)... Mais il aurait tout aussi bien pu choisir le café plutôt que le thé pour justement se rebooster du fait le manque de sommeil.
Bref, tout semble possible dans un sens et l'autre. Comment se fait-il qu'on parte d'un côté ou d'un autre ? Finalement, List a pris un café en se rappelant que la fois précédente, dans des conditions similaires, ce choix du café l'avait bien requinqué, soit une "raison interne", biologique, sur laquelle il n'a eu aucune prise. Mais il aurait pris plutôt un thé si le café lui avait déclenché une crise de tachycardie en plein séminaire la fois précédente, une autre "raison interne" indépendante de sa "volonté"..
Animaux humains et non-humains sont les produits de la génétique et de l'environnement. Ils font en permanence des choix de survie, chacun avec ses "raisons", plus sophistiquées chez l'humain que chez l'animal, mais fondamentalement reposant sur les mêmes processus mentaux. Rien ne permet scientifiquement d'affirmer le contraire et tous ne font pas les mêmes choix pour des raisons tenant non pas à une liberté de la volonté fictive, mais à des déterminants différents, conscients ou non.
Finalement, nos choix sont déterminés par des causes externes et internes dont nous n'avons souvent même pas connaissance (voir https://librearbitre.eu/accueil/psychiatrie-neurosciences/), et qui remontent... très loin dans le passé.
Par exemple, que domine-t-on vraiment lors d'un "coup de foudre" qui relève en grande partie d’un phénomène
chimique et hormonal. En l’occurrence, le cerveau produit de la
phényléthylamine responsable de la transmission de la sensation de plaisir
entre les neurones (effet euphorisant puissant).Puis l’organisme
produit de la dopamine qui joue un rôle essentiel dans le mouvement, la
motivation, le plaisir et la récompense selon l’institut du Cerveau. Elle rend
euphorique dans le cas d’un coup de foudre et la sensation d’hébétude
s’intensifie. L’ocytocine, molécule de l’attachement, est également produite,
ainsi que l’adrénaline : le cœur bat la chamade, on rougit, on a chaud. Mais
la science n’explique pas ce qui fait que l’on tombe fou d’amour pour l’un(e)...
et pas pour l’autre.
Quid du Libre Arbitre dans cette cascade biologique et psychologique bien souvent impossible à contenir ? Désir de premier ordre... que le désir de second ordre (libre arbitre ?) pourrait annuler comme nous l'affirme le philosophe Harry Frankfurt ? (voir "Saucisse" de Frankfurt et courant alternatif).
Appliquée à l'Histoire, on parle d'une uchronie (Charles Renouvier) lorsqu'on prend une situation historique existante et que l'on modifie un événement "déterminant" pour ensuite imaginer les différentes
conséquences possibles. Ce qui rappelle la phrase de Blaise Pascal :
« Le
nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait
changé »
Si les dinosaures n’avaient pas disparu, si l’Empire romain
ne s'était pas effondré, si, si, si...
Et alors ? Sans doute des fictions sympathiques qui peuvent partir dans toutes les directions, à la mesure de l'imagination humaine... mais sans aucun intérêt ni philosophique, ni scientifique, ni même historique.
Convenons plutôt que les faits sont plutôt du genre têtus et que le réel ne prend qu'un chemin déterminé, certes trop souvent imprévisible à notre goût.
En conclusion, le naturaliste List est un spiritualiste qui s'ignore, comme beaucoup, malheureusement ; et personne ne peut faire autrement que ce qu'il fait comme le montre cette étude "Sur l'argument descendant en faveur
de la possibilité de faire autrement" ; ou alors il faudrait le prouver (ce qui est absolument impossible).
Et ce n'est pas du fatalisme pour autant, car rien n'est écrit dans un grand livre du futur... ou alors la charge de la preuve est à nouveau de ce côté (voir Fatalisme ? Fatal error !).